Les élections palestiniennes une nouvelle fois reportées "à cause des mesures israéliennes" : réalité ou prétexte ?

D’après les dirigeants de l’Autorité palestinienne, la grave situation humanitaire à Gaza, ainsi que les opérations militaires israéliennes et les attaques de colons en Cisjordanie occupée seraient la raison de ce report.
Ce report de scrutins pose plusieurs questions : peuvent-ils être organisés librement sur les territoires occupés, alors qu’à Gaza - malgré le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 - Israël contrôle plus de 60 % du territoire et poursuit ses frappes contre le Hamas ? Des centaines de milliers de personnes vivent encore sous des tentes de fortune.
En Cisjordanie, Israël impose un nombre record de 925 barrages militaires, selon Oxfam, dont certains restreignent l’accès aux services essentiels. Les opérations militaires ont également provoqué le déplacement forcé de 30 000 à 40 000 Palestiniens et rendu les camps de réfugiés du nord du territoire "inhabitables".
Ces élections peuvent-elles se tenir à Jérusalem-Est, annexée par Israël, où vit une importante population palestinienne, régulièrement menacée d’expulsion ?
Dans ces conditions, les autorités palestiniennes dénoncent le fait que leurs responsables électoraux se voyaient refuser par Israël l'accès à Jérusalem-Est et à la bande de Gaza.
La tentative d'impliquer Israël dans cette affaire (...) n'est qu'un nouveau mensonge ridicule destiné à se soustraire à ses responsabilités et à éviter d'avoir à rendre des comptes
Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères
Pour Israël ces arguments sont un prétexte. La "tentative d'impliquer Israël dans cette affaire (...) n'est qu'un nouveau mensonge ridicule destiné à se soustraire à ses responsabilités et à éviter d'avoir à rendre des comptes", tacle le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar.
Des élections municipales ont pu se tenir le 25 avril dernier, dans les territoires de l’Autorité palestinienne. Mais dans la bande de Gaza, ravagée par la guerre, elles n’ont eu lieu qu’à Deir el-Balah. En Cisjordanie, le Fatah est arrivé en tête dans plusieurs villes. Et à Gaza, malgré une faible participation, les alliés de Mahmoud Abbas ont remporté la majorité des sièges. La plupart des listes étaient alignées avec la formation de Mahmoud Abbas ou sans étiquette. Aucune ne se réclamait du Hamas.
Quelle place le Hamas occupe-t-il aujourd’hui dans l’opinion palestinienne ?
Selon un sondage réalisé en août par le PCPSR (Centre palestinien de recherche politique et radiodiffusion), dirigé par le politologue Khalil Shikaki - jugé crédible par de nombreux experts - le soutien au Hamas a nettement reculé (24 % contre 35 % dix mois plus tôt), plaçant le mouvement islamiste à égalité avec le Fatah. 14 % des personnes sondées soutiennent des tierces formations, tandis qu’une majorité (38 %) se déclare sans préférence ou indécise.
Dans ce paysage, une nouvelle offre politique émerge, avec des figures comme Samer Sinijlawi. Issu du Fatah et opposant à Mahmoud Abbas, il est le fondateur d’un parti récent, New Path (Nouveau chemin), crédité de 7 à 8 % des voix dans les sondages. Il est favorable à la coexistence avec Israël.
Mohammed Dahlan, de son côté, tente de remettre un pied à Gaza, "avec une stratégie de billard à trois bandes, puisqu'il accepte d'intégrer un certain nombre d'hommes et de femmes politiques qui sont proches du Hamas et du djihad islamique", explique David Khalfa, co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès. "Son objectif, c'est d'abord de se débarrasser d'Abbas, et il estime que dans un second temps, une fois revenu à Gaza, il pourra damer le pion au Hamas".
Quoi qu’il en soit, les interlocuteurs occidentaux sont prêts à soutenir l’AP, à condition d’écarter le Hamas et d'engager de profondes réformes. D’où leur appel à une future réunification de la Cisjordanie et de la bande de Gaza sous une "Autorité palestinienne revitalisée".
Historiquement, le noyau dur de l’Autorité palestinienne, c’est le Fatah, anciennement de Yasser Arafat et actuellement de Mahmoud Abbas. Or l’AP aujourd’hui, est totalement discréditée pour son incurie, son népotisme et sa corruption.
La "revitalisation" de l’AP passerait nécessairement par un renouvellement de sa direction, mais aussi par une réforme structurelle de sa gouvernance. Les Palestiniens semblent partager le premier objectif : le même sondage du PCPSR montre qu’une écrasante majorité de palestiniens souhaite la démission de Mahmoud Abbas. Emmanuel Macron l’a appelé à "mettre en œuvre les réformes indispensables", dans "la perspective de reconnaissance de l’État de Palestine".
Dans le même temps, une large majorité de palestiniens (72 %) s'oppose au désarmement du Hamas avant un retrait militaire israélien complet. Le vote palestinien dépend donc aussi de la politique Israélienne. Pour les interlocuteurs occidentaux, "le risque" à l’issue des élections, à mesure que la guerre se prolonge, serait d’obtenir une victoire du Hamas (ou de sa coalition), et pas du Fatah. C’est en quelque sorte la quadrature du cercle de la question palestinienne.
Comment alors sortir de ce conflit tout en donnant une voix aux Palestiniens ?
David Khalfa en est persuadé, la solution doit venir des deux camps : "Si les conditions politiques changent en Israel (à l’issue des élections du 27 octobre 2026, ndlr), et si elles changement du côté palestinien, on pourra enfin avancer dans la bonne direction".
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