La revue de presse : "11 vies emportées par la chaleur"

C’est l’article qu’il faut lire, ce vendredi matin : "qui sont les morts de la canicule ?" Le lire, car – au-delà de nous présenter onze personnalités tuées "par la chaleur", le quotidien français donne aussi à entendre les réflexions des proches, douloureuses et dérangeantes : "On nous renvoie l’impression que la mort des personnes vulnérables est acceptable."

Ils s’appellent Joëlle, Serge ou Marc-Oshny-Xavi. Ils avaient 18, 91 ou 45 ans. Tous ont succombé cet été à l’un ou l’autre effet de la chaleur. Infarctus. Hyperthermie. Déshydratation extrême, noyade, malaise cardiaque, etc.
Il n’y a – de ces gens – pas grand-chose à raconter, sinon leur vie d’humain. L’une qui allait fêter l’anniversaire de sa fille. L’autre qui s’employait à cultiver un champ. Un troisième passionné de musique. Un jeune homme sportif, mort de noyade. Une octogénaire qui ne récupérera pas de son infarctus.
Dans l’édition papier, l’article fait 16 colonnes. 3 pages pour décrire ces vies qui se sont brutalement arrêtées. Sur son site internet, le quotidien français a l’élégance de réserver à chacun une page et un portrait noir et blanc.
Qui sont les morts de la canicule ? L’article répond : onze vies emportées par la chaleur. Le bilan officiel des personnes mortes "en excès" s’établit, pour l’été en France à 8124.

Intelligement, encore, le quotidien français le reconnaît :
"Ces portraits ne dessinent qu’une image parcellaire et non représentative, mais ils racontent qu’il y avait des femmes et des hommes derrière les "morts en excès" – un fan de metal, un bricoleur, une tireuse de cartes… Que tous, qu’ils aient eus 18 ou 91 ans, ont été fauchés de manière brutale, sans autre explication apparente qu’un corps ne supportant plus la chaleur.
Ils racontent aussi l’inadaptation des logements, du monde du travail, de la société. La douleur des derniers jours ou d’un enterrement dans une atmosphère étouffante. Ils rappellent que la crise climatique, sans laquelle les canicules de l’été n’auraient quasiment eu aucune chance de survenir, tue déjà en France."

Une autre démarche éclaire ce choix éditorial : l’interview de l’historien Pierre Rosanvallon, qui explique la difficulté de nos démocraties à prendre en compte le long terme.
Or, ce qui vaut, pour la catastrophe climatique s’applique avec autant d’acuité à la dette publique, explique l’historien. "Qu’est-ce que la dette sinon un report des difficultés d’arbitrage du présent sur les futures générations."
En deux articles, le quotidien français démontre donc toute la puissance de la presse écrite. La capacité à nous raconter des histoires. Et celle de nous amener à réfléchir.
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