La base de Wainwright, en Alberta, « une zone d’entraînement exceptionnelle »

Pour se représenter ce qu’est la base militaire de Wainwright, en Alberta, frappée samedi par une tragédie inédite qui a fait au moins 4 morts et 39 blessés, il faut commencer par décrire l’environnement dans lequel elle se situe.
Située à l’est d’Edmonton, à deux heures de route environ, la base se trouve dans un paysage essentiellement constitué de prairies, avec de nombreux peupliers faux-trembles et un relief vallonné, ce qui est idéal pour la circulation des véhicules [militaires]
, décrit le major général de division à la retraite David Fraser, qui y a passé beaucoup de temps au cours de sa longue carrière militaire.
Cette topographie variée en fait un site exceptionnel pour l’entraînement des Forces armées canadiennes, souligne-t-il.
Le site, d'environ 600 km2, appartient au ministère de la Défense nationale depuis 1939, date à laquelle il a commencé à accueillir des entraînements des Forces armées canadiennes. Avant cela, c'était un parc national dédié à protection des bisons.
En 1945-1946, plus de 1000 officiers allemands y ont aussi été internés.

Le passage de l'incendie à Wainwright est bien visible.
Photo : La Presse canadienne / John Ulan
Manœuvres en conditions réelles
La base abrite aujourd’hui le Centre canadien d’entraînement aux manœuvres, qui relève du Centre de la doctrine et de l’instruction de l’Armée canadienne, et le centre d’instruction de la 3e Division du Canada, qui comprend toutes les unités de la force régulière et de la réserve de l’Ouest canadien, de l’océan Pacifique à Thunder Bay, en Ontario.
C’est là, par exemple, que les membres des Forces armées canadiennes envoyées en Afghanistan à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 se sont formés.
Les militaires canadiens qui participent à des opérations de maintien de la paix ou qui vont rejoindre des zones de guerre sont envoyés à Wainwright pour participer à des exercices proches de ce qu’ils vont connaître dans les zones de combat et qui sont souvent les derniers avant le déploiement sur le terrain.
La base de Wainwright est un endroit qui permet de faire des manœuvres à grande échelle, c’est là qu’on peut apporter nos véhicules, nos armes, nos troupes en grand nombre. On va jusqu’à utiliser de la munition réelle dans le cadre de ces exercices
Chaque année, la base accueille par exemple l’exercice Maple Resolve, réalisé conjointement avec l'armée américaine, une vaste simulation de combat effectué dans ce relief varié, où les espaces découverts alternent avec des zones boisées.
Des milliers de soldats peuvent manœuvrer [à Wainwright], synchronisés par un commandant. C’est très complexe mais nécessaire pour avoir cette expérience avant de quitter notre pays pour faire le combat
, illustre Denis Thompson, major-général à la retraite.
Certains exercices sont individuels, précise de son côté David Fraser. Les exercices sont progressifs. On commence avec une seule personne et on finit probablement avec 5000 ou 6000 personnes.
Des bâtiments permettent aussi de se préparer à des scénarios de guerre urbaine. C’est là qu’on apprend aux forces régulières et de réserve à utiliser toutes les armes de l’arsenal militaire, y compris les aéronefs
, précise encore le major Fraser.

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Regardez le reportage de Nathalie Cloutier
Vents extrêmes
Gaston Côté, un autre brigadier-général à la retraite, met en évidence d’autres spécificités du site, notamment les vents extrêmes qui balaient cet endroit, été comme hiver.
Un vent de 100 km à l’heure peut changer bien des choses
, fait-il remarquer. Le rôle négatif du vent dans la catastrophe ressort d’ailleurs d’une déclaration du major-général Wade Rutland lors d’une conférence de presse ce dimanche 18 octobre.
Il a évoqué un feu d'herbes, déclenché hier près de la zone où s'entraînait le 3e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, stationné à Edmonton. De grands vents ont changé la direction du brasier, le rendant ainsi imprévisible, selon lui.
C'était inhabituel, rapide et je n'avais certainement jamais vu quelque chose comme ça
, a-t-il témoigné.

Le major-général Wade Rutland, lors d'une conférence de presse, le 18 octobre 2026
Photo : Radio-Canada / Kory Siegers
Gaston Côté rappelle qu’il y a très peu de sources d'eau dans la base, sauf dans le nord, où se trouve un lac, qui peut servir aux pompiers,
détaille-t-il. Une rivière, la bien-nommée Battle River, traverse aussi le site sur le flanc ouest.
On ne sait pas si le feu s’est déclaré près de ces sources d’eau
, poursuit Gaston Côté. Le déroulement de la tragédie pourrait avoir été influencé par cette géographie.
Une base intégrée à la communauté de Wainwright
Non loin de la base de Wainwright, au nord, se trouve la ville de Wainwright, qui compte environ 7000 habitants.
Les gens ici sont habitués à ces exercices militaires, d’entendre des coups de feu, des détonations, parce que c’est une base les plus actives
, écrivait cet été Robert Falcon Ouellette, un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan, dans sa chronique publiée sur Radio-Canada.
Il se trouvait sur la base à l’occasion de l’exercice Western Sabre, un entraînement militaire collectif de la Réserve de l'Armée canadienne, à titre d’aumônier et de gardien du savoir autochtone.
Wainwright est en effet situé sur le territoire du Traité numéro 6, négocié et signé pour la première fois à Fort Carlton, dans le Saskatchewan le 23 août 1876.
Les habitants de Wainwright tissent des liens avec les militaires présents sur la base, témoigne de son côté son maire, Bruce Pugh, très ému par cette tragédie.
Nous avons des voisins qui servent ou qui sont d’anciens membres des Forces armées canadiennes. Nos enfants jouent dans les mêmes équipes de hockey, vont dans le même école. Nous partageons nos vies.

Le maire de Wainwright, Bruce Pugh
Photo : CBC / Jessica Campbell
La base accueille en général un millier de personnes, dont des civils, et plus de militaires encore à l’occasion des grands exercices. Un porte-parole de l’OTAN rapporte que des membres de forces armées alliées du Canada s’y trouvaient au moment de la catastrophe, pour des entraînements.
Le risque zéro n’est pas possible
Bien que les procédures de sécurité soient très strictes, le risque zéro, pour les Forces armées qui s’entraînent sur cette base, n’existe pas, explique le brigadier-général à la retraite Richard Giguère. Et ce, même si des équipes médicales sont constamment sur place pendant les exercices.
Quand on fait ces grands exercices, dans les grands territoires de Wainwright, il y a des normes de sécurité très strictes, des gabarits de tirs qui sont très précis mais on s’entraîne avec de la munition réelle, avec des canons, des chars d'assaut.
Malgré toutes les précautions prises, il y a quand même un facteur de risque qui n’est pas négligeable. On fait tout ce qu’on peut pour minimiser ce risque, mais le risque zéro n’est pas possible
, ajoute-t-il.
Les exercices sont très encadrés mais on ne peut pas éliminer tous les risques. C’est important qu’ils soient exposés à ces risques avant d’être dans une zone de guerre
, appuie Denis Thompson, major-général à la retraite.
La base de Wainwright a connu plusieurs accidents mortels ces dernières années.
En 2014, un véhicule blindé léger s'est renversé lors d'un exercice de grande ampleur impliquant des soldats américains et britanniques, tuant le lieutenant-colonel Daniel Bobbitt. La même année, le soldat Steven Allen a été tué par l'effondrement d'une tour d'observation.
En 2017, c’est un autre véhicule blindé qui a été impliqué dans un accident, causant le décès du sergent Robert J. Dynerowicz, vétéran de deux missions en Afghanistan.
Enfin, en 2020, le caporal James Choi a été mortellement touché par balle lors d'un exercice de tir à munitions réelles sur un terrain d'entraînement.
Une tragédie sans équivalent
L’ampleur de ce qui s’est passé à la base de Wainwright samedi est tout autre. Mark Carney et le ministre de la Défense, David McGuinty, ont déclaré que la tragédie n'a pas d'équivalent dans l'histoire récente des Forces armées canadiennes.
Selon le brigadier-général à la retraite Richard Guigère, elle va peser sur tous ces militaires qui travaillent ensemble en ce moment à s’entraîner pour des missions. Les commandants vont devoir expliquer ce qui s’est passé, mettre en perspective.
Mais malgré la peine, il va falloir reprendre les entraînements le plus rapidement possible, dès les résultats de l’enquête, selon lui. Oui, il y a un secteur qui est affecté, mais il y en a d’autres.
Avec les informations de Nathalie Cloutier et La Presse canadienne
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