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Wednesday, September 16, 2026

Appréhension et services réduits pour les enfants à besoins particuliers dans les garderies

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Les répercussions de récents changements effectués aux allocations destinées à faciliter l’intégration d’enfants à besoins particuliers dans les milieux de garde se font déjà sentir, a appris Le Devoir. Certains établissements ont fait des coupes radicales dans leur recours aux professionnels, comme les orthophonistes, mais aussi dans des postes d’éducatrices spécialisées. Et le pire est à venir, selon des acteurs du milieu.

Le total alloué par Québec à ces subventions n’a pas changé. « L’enveloppe budgétaire est maintenue en totalité et les sommes continuent d’être versées aux services de garde », assure par courriel le ministère de la Famille. Québec révisera toutefois progressivement, d’ici 2029, les règles entourant la répartition de ce financement au sein des milieux de garde de la province. Celui-ci variera donc à terme en fonction du nombre total d’enfants accueillis par les milieux de garde, qu’ils aient ou non des besoins particuliers.

Le modèle précédent permettait plutôt aux établissements comptant plus d’enfants ayant reçu un diagnostic d’avoir accès à un financement majoré en conséquence.

Résultat : certains milieux de garde qui accueillent actuellement peu d’enfants faisant l’objet d’un plan d’intervention pourraient bénéficier financièrement de ces changements. D’autres, qui ont fait d’accueillir des enfants à besoins particuliers leur mission, constatent déjà une baisse de leur financement, une situation qui ne fera que s’aggraver à mesure qu’augmentera dans les prochaines années la part basée sur ces nouvelles règles budgétaires, d’abord dévoilées par Le Devoir à la fin août.

Dans les dernières semaines, l’orthophoniste Stéphanie Poirier a ainsi vu cinq des sept garderies en Montérégie dans lesquelles elle intervenait en soutien de façon ponctuelle depuis quelques années mettre fin à leur « collaboration de façon drastique, sans retour en arrière possible pour le moment », et ce, pour des raisons budgétaires, confie-t-elle en entrevue téléphonique.

Certains milieux de garde ont par ailleurs entrepris, en plus de réduire leur recours à des professionnels externes, de supprimer des postes d’éducatrices spécialisées à l’interne « parce qu’ils n’étaient plus en mesure de les payer », ajoute Stéphanie Poirier.

Marie-Josée Trottier est pour sa part à la tête d’une firme privée comptant une trentaine de professionnelles, principalement des orthophonistes et des psychoéducatrices qui interviennent dans de nombreux milieux de garde dans la grande région de Montréal. Elle indique qu’une dizaine de CPE ont tout récemment « réduit leurs contrats de moitié » avec l’entreprise, sabrant ainsi dans le nombre de jours de présence de ces professionnelles dans ces milieux de garde.

Des inquiétudes pour la suite

Or, le pire est à venir, prévient Mme Trottier. Elle craint que les garderies avec lesquelles elle collabore aient perdu d’ici quelques années la « petite marge de manœuvre » qu’il leur reste pour financer le recours à des services de professionnels issus du secteur privé. « Même s’ils croient à l’expertise du soutien que ça apporte à leur équipe, ils n’auront pas la marge financière pour pouvoir maintenir ces services en place », appréhende-t-elle.

Jointe par Le Devoir, la présidente du conseil d’administration de l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes, Marie-Philippe Rodrigue, confirme avoir reçu plusieurs témoignages de spécialistes qui relèvent que des milieux de garde ont révisé à la baisse la fréquence de leurs visites dans ces établissements — ou ont carrément mis fin à celles-ci — en attendant de comprendre comment les changements mis en place par Québec vont se répercuter sur leurs finances.

« Dans un contexte où on ne sait pas trop comment gérer les budgets, souvent, il y a des coupures », relève Mme Rodrigue, qui prévient que cette situation risque d’entraîner des « bris de services » pour certains enfants à besoins particuliers. Or, si ceux-ci ne bénéficient pas d’un accompagnement personnalisé en bas âge, leur parcours scolaire en pâtira par la suite, soutient-elle.

Le ministère de la Famille affirme pour sa part que la révision de ces allocations qu’il a entreprise « vise d’abord à rendre le soutien plus simple, plus rapide et mieux adapté aux besoins des enfants », notamment en faisant en sorte que ceux-ci n’aient pas besoin d’attendre d’avoir obtenu un diagnostic auprès d’un spécialiste pour obtenir de l’accompagnement. Il souligne à cet égard que l’ancien modèle de financement pouvait « créer des iniquités importantes entre les régions ».

« Certains milieux avaient davantage accès aux professionnels requis pour obtenir les documents nécessaires, alors que d’autres avaient plus de difficulté à y accéder. Le nouveau financement vise à répartir les ressources de façon plus équitable entre les services de garde », fait valoir le ministère.

Or, cette redistribution du budget doit tenir compte du fait que certains secteurs comptent plus d’enfants à besoins particuliers que d’autres, réplique Marie-Philippe Rodrigue. Des « nuances » que Québec a négligé de considérer, selon elle.

Des parents inquiets

Le Devoir s’est par ailleurs entretenu avec Geneviève Bégin, une mère de famille dont le fils de 2 ans présente une affection génétique rare qui touche sa motricité et sa capacité à s’alimenter. Jusqu’à maintenant, l’enfant bénéficie d’un accompagnement personnalisé dans son milieu de garde de Montréal, qui a réduit en conséquence le ratio d’enfants par éducatrice.

Le mois dernier, la mère s’est toutefois fait demander par son milieu de garde d’effectuer une requête auprès de Québec afin d’obtenir le Supplément pour enfant handicapé. Un processus qui s’est avéré d’une importante complexité pour la mère de famille, déjà surchargée, bien qu’elle ait obtenu du soutien de deux organismes communautaires pour l’aider dans cette démarche.

« C’est vraiment lourd », soupire Mme Bégin. Elle craint d’ailleurs que sa demande soit refusée et donc que son fils perde l’accès aux services dont il bénéficie dans son milieu de garde. Ce qui pourrait nuire à son développement, voire à sa sécurité, entrevoit la mère de famille.

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