Référendum 101 : quatre leçons de l’Alberta

Les mouvements souverainistes en Alberta et au Québec ne sont pas faits de la même pâte. Mais la campagne référendaire qui s’est déroulée dans l’Ouest est quand même riche en enseignements. Regardons-y de plus près…
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Un référendum est une boîte de Pandore
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a prouvé qu’en lançant un référendum, même voué à l’échec, il est difficile de prévoir où cela mènera.
Oui, les souverainistes ont perdu. Mais les fédéralistes n’ont pas vraiment gagné non plus, car le référendum a donné du carburant à un mouvement qui risque de poursuivre sa route.
Aux élections générales, les partis indépendantistes, très marginaux, n’avaient jamais obtenu plus que des poussières. Depuis les années 1980, aucun parti séparatiste n’avait fait élire le moindre député.
Voilà maintenant qu’un électeur sur quatre appuie le mouvement !
Danielle Smith a ouvert une boîte de Pandore en facilitant la tenue de ce référendum pour satisfaire l’aile séparatiste du Parti conservateur uni (PCU) qu’elle dirige, même si elle est contre la séparation.
En jouant sur les deux tableaux, elle a divisé les Albertains… et surtout son propre parti qui pourrait se retourner contre elle, alors que des élections générales sont prévues en 2027.
Les souverainistes du PCU pourraient être tentés de remplacer Mme Smith par un chef qui soufflera plus fort sur les braises de l’indépendance. Pour eux, cette option est plus prometteuse que la création d’un parti indépendantiste qui diviserait le vote conservateur et aiderait les néo-démocrates à gagner.
Le bluff est un jeu risqué
Sans être pour la séparation, bien des électeurs albertains appuyaient cette option strictement pour envoyer « un message » à Ottawa. Fâchés contre le fédéral, ils voulaient donner un levier de négociation à la province.
D’où la formulation ambiguë de la question.
On ne demandait pas aux électeurs s’ils voulaient que l’Alberta se sépare du Canada, mais si la province devrait organiser ultérieurement un référendum sur l’indépendance. Autrement dit, c’était un référendum sur un référendum.
Cette formulation, sans conséquences immédiates, encourageait les gens à voter « oui ».
Une question plus directe (voulez-vous que l’Alberta se sépare du Canada ?) aurait reçu 6 points de pourcentage de moins d’appui, selon un sondage de l’Université Athabasca.
En bonne partie, le référendum était donc un bluff qui a permis à l’Alberta d’obtenir des cadeaux d’Ottawa, dont une promesse de pipeline. Mais maintenant que les cartes sont sur la table, la province risque de ne plus être prise au sérieux.
Surtout que l’appui aux neuf autres questions référendaires, qui portaient sur l’immigration et des changements constitutionnels, ont obtenu un appui très mitigé, entre 49 % et 64 %.
Cela ne donne pas un vrai rapport de force à l’Alberta, face au fédéral. Pas plus que son référendum de 2021 sur le retrait de la péréquation de la Constitution canadienne. Ottawa avait ignoré le résultat de cet exercice purement symbolique.
L’ingérence américaine n’est pas une vue de l’esprit
Au Québec, les craintes d’ingérence américaine durant la campagne électorale se sont avérées un pétard mouillé. Mais la campagne référendaire en Alberta a prouvé que le risque est très réel.
Des leaders albertains se sont rendus aux États-Unis pour obtenir de l’aide de stratèges républicains qui ont aidé Donald Trump à remporter la présidence. En échange, ils ont offert aux Américains un accès à l’eau canadienne, des redevances sur l’énergie et même du territoire pour permettre aux Américains de construire un chemin de fer vers l’Alaska, selon un reportage choc du Globe and Mail.
Dans la foulée, les données de la liste électorale contenant les informations de millions d’Albertains ont été compromises.
Cela est extrêmement inquiétant, alors que Donald Trump répète sans vergogne que le Canada devrait être son 51e État. Les mouvements souverainistes, en Alberta ou au Québec, sont du pain bénit pour le président américain qui cherche ouvertement à affaiblir le Canada.
Une dérive vers la droite n’est pas rassembleuse
En Alberta, le mouvement séparatiste est extrêmement conservateur.
Par exemple, le nativisme – une idéologie qui valorise la population de « souche » au détriment des immigrants – y est beaucoup plus fort chez les souverainistes (4,3 sur 5) que chez les fédéralistes (2,8 sur 5).
La séparation crée un fossé entre les néo-démocrates, à 98 % contre, et les conservateurs unis, en faveur à plus de 30 %.
Plusieurs radios et médias sociaux très à droite ont accentué cette polarisation, en mobilisant la base souverainiste, constate Alexandre Rivard, de l’Université d’Athabasca.
Frédéric Boily, de l’Université de l’Alberta, constate aussi à quel point les médias non traditionnels ont transformé la dynamique d’une campagne référendaire, par rapport à l’expérience vécue au Québec en 1995.
En Alberta, les souverainistes ont vu qu’on ne rassemble pas la population autour d’un projet de nation en restant enfermé dans sa chambre d’écho.
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