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Tuesday, October 20, 2026

Un demandeur d’asile risque l’expulsion à deux mois et demi de la naissance de son enfant

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Un demandeur d’asile sera renvoyé dans son pays natal au moment où son épouse entame son troisième trimestre de grossesse. Après avoir épuisé tous ses recours, son entourage souhaite maintenant une intervention ministérielle de dernière minute pour lui permettre de rester au pays et d’assister à la naissance de son enfant.

Citoyen de l’Équateur, Alfredo, qui demande de taire son nom de famille, sera expulsé mercredi le 21 octobre après que sa demande de sursis a été refusée dimanche dernier par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Entré au pays par le chemin Roxham en février 2023, il a vu sa demande d’asile être rejetée deux ans plus tard. Ses recours en appel ont également été déboutés.

« C’est très très difficile d’être renvoyé du Canada et de laisser derrière ma femme qui est enceinte », raconte-t-il au Devoir par le biais d’une traductrice, à quelques heures de son expulsion.

« Je vais respecter ce qu’on me dit de faire, mais j’espère qu’on va voir que c’est une situation humanitaire spéciale », poursuit celui qui dit avoir fui la persécution de groupes armés en Équateur.

Le renvoi de l’homme de 28 ans aura aussi un impact sur deux autres enfants : son beau-fils, avec qui il vit, et son fils de cinq ans né d’une union précédente et qui est sous la garde de sa mère.

« Demain [mardi], je lui rends visite et je dois lui annoncer que je me fais déporter et qu’il ne me reverra plus. Je suis dévasté, explique Alfredo à propos de son premier enfant. J’ai espoir que le gouvernement canadien puisse reconnaître ma situation et fasse une exception pour moi ».

Sa conjointe Lennyber, avec qui il est marié depuis le mois de juillet, devrait donner naissance le 4 janvier prochain. Elle aussi demandeuse d’asile, elle attend une décision de la part de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR).

Affectée par des ennuis de santé, elle redoute le départ du père de son bébé à naître, qui joue aussi un rôle paternel auprès de son premier enfant de 3 ans.

« Mon fils a créé un lien très fort avec mon conjoint. Il l’appelle papa et ne va pas dormir avant d’avoir un baiser de bonne nuit de sa part. Alors, je n’arrive même pas à imaginer comment il va se sentir quand il va être obligé de lui dire adieu », exprime la jeune femme originaire du Vénézuela.

Enceinte de 29 semaines, elle dit ressentir « douleur et tristesse » à l’idée de perdre le soutien émotionnel, parental, physique et financier de son époux, deux mois et demi avant la naissance de leur enfant.

« Je me sens tellement mal que j’ai dû me rendre à l’hôpital », affirme-t-elle au Devoir.

« Une famille brisée »

Le consultant en immigration Alejandro Arias Gallego, qui a piloté la demande d’Alfredo, déplore « la cruauté » de la décision de l’ASFC de refuser un sursis et de procéder à son renvoi.

« C’est une famille qui va être brisée, c’est un enfant qui n’aura pas le droit d’avoir son père auprès de lui au moment de sa naissance », relate M. Gallego.

Selon des documents consultés par Le Devoir, la décision d’ASFC a été rendue le 18 octobre, soit seulement 72 heures avant le départ du vol qu’on a retenu pour Alfredo vers l’Équateur.

Un délai très serré pour organiser un recours et préparer son client à un retour forcé en Amérique du Sud.

« On ne parle pas d’objets ici. On parle de personnes, de vies, de familles qui vont être séparées à cause de ce genre de décision », dénonce le consultant en immigration.

En mai dernier, la Cour fédérale a accordé un sursis de six mois à un ressortissant mexicain pour lui permettre d’assister à la naissance de son enfant, un dossier rapporté par La Presse.

Or, dans le cas d’Alfredo, les délais sont trop courts pour interpeller les tribunaux, soutient Maryse Poisson, directrice de l’intervention sociale au Collectif Bienvenue, qui vient en aide aux migrants en situation précaire.

« Il est trop tard pour réussir à aller en Cour fédérale avant mercredi. C’est vraiment cruel. Les droits de cet homme ne pourront pas être entendus, alors que la Cour fédérale a estimé il y a quelques mois, dans un dossier extrêmement similaire, qu’il fallait donner un sursis au père pour assister à la naissance de son enfant. »

Les derniers espoirs du couple résident maintenant dans une intervention d’un ministre fédéral.

« Dans une situation exceptionnelle comme celle-là, il y a toujours un pouvoir d’intervention discrétionnaire de la part d’un ministre, que ce soit le ministre de la Sécurité publique ou de l’Immigration, qui peut octroyer un permis de séjour temporaire », explique Mme Poisson.

Alfredo pourrait aussi obtenir la résidence permanente si la demande d’asile de son épouse est acceptée. Arrivée au pays en 2023, cette dernière n’a encore pas eu droit à une audience devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada. Elle devrait se tenir dans la prochaine année, estime Mme Poisson.

« SI elle gagne son audience, un jour je vais pouvoir revenir au Canada », espère Alfredo, sans savoir quand il pourra tenir son nouveau-né dans ses bras pour la première fois.

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