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Monday, October 19, 2026

Poser des questions, et refuser les réponses

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L’éditorial de Marie-Andrée Chouinard sur l’obligation de rigueur tombe à point, et nous y souscrivons entièrement. Mais il s’arrête au seuil du problème. Le rétropédalage de la députée de La Peltrie, Maïté Blanchette Vézina, qui voulait « brasser la cage » jusqu’aux consensus scientifiques avant de se raviser le lendemain, n’est pas l’accident de parcours d’une recrue mal préparée. C’est le symptôme d’un rapport à la science qui traverse le Parti conservateur du Québec, et qui ne se limite pas au climat.

Prenons sa collègue de Montmorency, Marie-Josée Hélie, élue le 5 octobre avec 44 % des voix. En septembre, le 98,5 a exhumé un enregistrement de 2022 où elle se demandait si la Santé publique n’imposait pas la vaccination parce que des gens s’y enrichissent, ou pour instaurer une « identité numérique » au service de la mondialisation, avant de qualifier de « génocidaire » la vaccination obligatoire. Mise face à ces propos en conférence de presse, aux côtés d’Éric Duhaime, elle s’en est dite « très fière », a refusé de dire si sa pensée avait évolué et a promis de continuer à poser ces « questions » à l’Assemblée nationale, où siègent, selon elle, trop de « plantes vertes ». Il n’y a pas eu de rétropédalage, cette fois.

Aux Sceptiques du Québec, ce genre de dossier tombe dans nos cordes. Depuis près de 40 ans, notre association examine les prétentions extraordinaires, du paranormal aux médecines alternatives, en leur appliquant un critère unique : que valent les preuves ? Cela vaut aussi pour la médecine, dans les deux sens. Notre revue, Le Québec sceptique, a publié depuis 1991 une vingtaine d’articles critiquant la façon dont des principes médicaux bien établis sont parfois appliqués, et Fernand Turcotte, professeur émérite de médecine préventive à l’Université Laval, est venu quatre fois à notre tribune dénoncer le surdiagnostic et les exagérations commerciales de l’industrie. Mais dès 1995, nous répondions aussi à « la mafia médicale » de Guylaine Lanctôt, qui prétendait déjà que la vaccination servait à enrichir l’industrie et à asservir la population. La question du profit en médecine est légitime. Elle se pose avec des données.

Yves Gingras, que l’éditorial cite avec raison, est l’un de nos conférenciers réguliers. Sa distinction entre consensus social et consensus scientifique, l’un négociable au salon Bleu, l’autre révisable seulement par des données et par des pairs, est précisément celle que nous tentons d’inculquer. Elle permet de démonter l’argument favori de Mme Hélie : elle ne ferait que poser des questions, même quand ça dérange. Poser des questions est le fondement même de la science. Mais une question cesse d’être innocente quand elle porte sa réponse.

Demander si des gens s’enrichissent sans produire le moindre chiffre, si l’on veut nous imposer une identité numérique sans la moindre preuve, c’est affirmer sous forme interrogative en se ménageant une porte de sortie. Le sceptique pose des questions pour obtenir des réponses ; le conspirationniste en pose pour n’en pas recevoir. Les questions de Mme Hélie sont celles de Mme Lanctôt, 30 ans plus tard, et elles avaient reçu leurs réponses avant même qu’elle les pose : les vaccins contre la COVID-19 ont été évalués par des centaines d’études indépendantes, et aucune identité numérique n’a été imposée à quiconque.

Mme Hélie en demeure « très fière ». C’est la signature de la pensée conspirationniste : la réfutation ne l’ébranle pas, elle la confirme.

Climatoscepticisme et conspirationnisme antivaccin ne sont pas deux dossiers distincts ; c’est le même mécanisme. Les trois premiers chapitres de mon essai Vers l’abrutissement de l’espèce humaine (2022), consacrés aux dérives de la droite, en traitent justement côte à côte. Le deuxième décrit le conspirationnisme antivaccin comme une forme d’apophénie, cette propension à percevoir des intentions cachées là où il n’y a que du bruit. La méthode est toujours la même, et l’éditorial la résume bien : amplifier l’incertitude inhérente à toute science, opposer l’anecdote à la mesure, prêter un intérêt caché aux experts. Qu’on l’applique au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ou à la santé publique, le ressort cognitif est identique.

Ce ressort est puissant. Lorsque notre président, Michel Belley, a commenté sur Facebook les propos de Mme Hélie, sa publication a récolté plus de 250 réactions, pour la plupart agressives. Nous avons l’habitude des réactions vives ; nous en recevons des adeptes de l’astrologie comme de l’homéopathie. Mais elles n’avaient jamais eu le poids d’un caucus parlementaire derrière elles.

C’est là que l’obligation de rigueur prend tout son sens. Mme Hélie siégera en commission parlementaire. Elle y lira, ou non, les avis de l’Institut national de santé publique du Québec et du scientifique en chef. Elle y posera des questions, elle l’a promis, et c’est son rôle. Mais elle devra ensuite accepter les réponses lorsqu’elles sont documentées par des centaines de chercheurs, même quand elles dérangent. Faute de quoi, ce ne seront pas les plantes vertes qui auront fait reculer le débat à l’Assemblée nationale.

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