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Thursday, October 29, 2026

La ligne à très haute tension de la Boucle du Hainaut, un tracé politique ?

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Le trajet retenu par le gouvernement wallon fait passer la ligne à très haute tension à Silly plutôt qu’à Lens (Cambron-Saint-Vincent). Il s’agit de deux communes MR.

La bourgmestre MR de Lens, Isabelle Galant a accueilli la nouvelle avec une joie teintée de prudence voire de scepticisme "parce que le corridor retenu reste un périmètre de réservation et que la procédure sera encore longue" avant que le dossier soit définitivement bouclé. Elle ajoute que "de nombreux recours sont attendus".

Mais la bourgmestre se réjouit que le corridor ne passe plus par le village bucolique de Cambron-Saint-Vincent, le deuxième en importance de l’entité de Lens, où plusieurs habitations se trouvaient sur le tracé initial. "Je suis consciente que la Boucle du Hainaut est utile mais il faut reconnaître que personne n’en veut sur son territoire", conclut la bourgmestre. Le tracé ne passe plus non plus dans le village adjacent de Cambron-Casteau, dans l’entité de Brugelette, là où se niche le parc Pairi Daiza.

Quant à Jacqueline Galant, ministre MR de la fonction publique et bourgmestre de Jurbise, commune voisine de Lens, elle ne souhaite plus s’exprimer sur le sujet. Son cabinet nous précise que "la Boucle du Hainaut est un dossier que la Ministre Galant connaît bien et qu’elle a suivi tant dans ses fonctions de Bourgmestre que de Parlementaire. En 2023, la commune de Jurbise avait d’ailleurs adopté une motion à ce sujet". Une motion qui demandait l’enfouissement total de la ligne THT, quel que soit le tracé retenu, comme on peut le lire au point 12 du procès-verbal du Conseil communal de Jurbise du 28 février 2023.

Si le passage de la Boucle par Jurbise a été envisagé dans l’une des propositions antérieures, il n’a toutefois été repris ni dans le projet de tracé d’Elia, ni dans le périmètre de réservation adopté par le gouvernement wallon.

Le cabinet de la ministre ajoute que la ministre se défend d’avoir pesé sur le choix du corridor : "Concernant le nouveau tracé, il est important de préciser que celui-ci résulte d’une proposition élaborée par l’administration et le bureau d’études compétents. La Ministre Galant n’a pris aucune part à son élaboration, ce dossier ne relevant pas de ses compétences ministérielles."

Concrètement, Stratec a étudié le tracé initialement proposé par Elia et a ensuite réfléchi aux autres corridors possibles. "Il y avait pas mal d’alternatives parce que le territoire étudié est très grand, précise le directeur d’études chargé de la Boucle du Hainaut chez Stratec, Pierre-Yves Ancion. Sur la totalité de l’itinéraire Wavelgem – Courcelles, on peut imaginer des petites ou des grandes variantes, des variantes technologiques, etc. C’est l’objectif même du rapport, voir si des itinéraires différents réduisant les incidences environnementales peuvent être imaginés."

Les 238 tronçons et l’itinéraire de base ont été analysés selon une grille de critères, pour essayer de dégager ce qui avait un intérêt environnemental

Pierre-Yves Ancion, directeur d’études chargé de la Boucle du Hainaut chez Stratec

Et l’ampleur de la tâche donne le tournis. Dans le rapport sur les incidences environnementales, le RIE, Stratec a en effet étudié 238 tronçons, près de trois millions de combinaisons et 40 tronçons alternatifs. Tous ces itinéraires alternatifs ont ensuite été confrontés à une grille de lecture. "On avait une quarantaine d’indicateurs auxquels on a chaque fois assigné une pondération. Les 238 tronçons et l’itinéraire de base ont été analysés selon cette grille de critères, pour essayer de dégager ce qui avait un intérêt environnemental", explique encore Pierre-Yves Ancion.

Une deuxième analyse, de terrain cette fois, a été réalisée sur un nombre plus restreint de tronçons alternatifs. "On est retourné sur le terrain pour réaliser une analyse beaucoup plus sensible. Tout ne se trouve pas dans les chiffres. Une appréciation de valeur patrimoniale d’un bien, de la valeur d’un paysage ou de paysages singuliers étaient nécessaires."

On essaie d’objectiver les différents choix, de montrer les avantages et les inconvénients de chacun. C’est à l’administration et aux ministres de tirer des conclusions

Pierre-Yves Ancion, directeur d’études chargé de la Boucle du Hainaut chez Stratec

Ce travail minutieux a permis de dégager cinq grandes familles d’itinéraires. "Et quand on passe à la loupe ces cinq grands itinéraires, on observe que chacun permet de réduire fortement les incidences, notamment le nombre d’habitations concernées par le périmètre de réservation", ajoute Pierre-Yves Ancion. Le nombre d’habitations directement situées sur ce périmètre – le couloir de 200 mètres de large de la ligne THT – tourne autour de cent sur toute la longueur de la Boucle en Wallonie, entre Mont-de-L’Enclus et Courcelles.

238 tronçons, près de trois millions de combinaisons et 40 tronçons alternatifs et le directeur d’étude insiste : "Nous ne prenons pas position pour l’un ou l’autre tronçon. On essaie d’objectiver les différents choix, de montrer les avantages et les inconvénients de chacun. C’est à l’administration et aux ministres de tirer des conclusions." Et de conclure que, quel que soit le corridor retenu, "il y aura un impact. Comme partout en Belgique, la population se répartit un peu partout sur le territoire et il est impossible d’épargner tout le monde."

Notons que la proposition du groupement de citoyens Revolht figure parmi les solutions alternatives étudiées par Stratec. Selon la porte-parole de Revolht Marie Deman, malgré les diverses réunions organisées, ni Stratec ni Elia n’ont réellement pris au sérieux leur proposition consistant à enfouir une ligne de courant continu sur un territoire bien plus large, au lieu du projet de ligne aérienne de courant alternatif entre Mont-de-L’Enclus et Courcelles. Et pourtant, poursuit-elle, il faut "think outside the box. Mais pour ça, il faut élargir le cadre pour que d’autres solutions apparaissent".

Revolht questionne aussi l’indépendance de Stratec : être agréé par la Région wallonne ne signifie pas être indépendant, argumente la porte-parole de Revolht qui souligne par ailleurs qu’Elia a financé l’étude d’incidence. Pierre-Yves Ancion rétorque que "le CoDT (le Code du développement territorial, autrement dit la législation qui régit l’aménagement du territoire en Wallonie, NDLR) précise que c’est celui qui initie la demande de révision du plan de secteur, en l’occurrence ici Elia, qui choisit l’auteur du RIE. Le gouvernement peut récuser l’auteur s’il voit un problème dans ce choix. Le CoDT ne précise pas qui paie l’étude mais dans la pratique quand la demande émane d’un acteur privé ou parapublic c’est aussi celui qui a initié la demande qui paie l’étude. Il n’y a donc pas de flou à ce sujet, c’est Elia qui paie l’étude d’incidences".

Est-ce que cela remet en cause l’indépendance de Stratec ? "Je ne le pense pas, poursuit le directeur d’études. Nous sommes actifs depuis plus de 40 ans dans l’élaboration d’études d’incidences et de rapport d’incidences et ce qui compte par dessus de tout est notre notoriété de faire des études robustes et scientifiquement correctes, d’objectiver les incidences des projets et de contribuer ainsi à un développement plus durable de la société. Et par ailleurs, il est essentiel pour pouvoir perpétuer nos activités de conserver nos agréments. Il est donc primordial qu’ils ne puissent pas nous être retirés pour manque d’indépendance".

Le tracé retenu se déploie par ailleurs à proximité de grandes infrastructures existantes (autoroute A8/E429, ligne TGV Lille-Bruxelles, canal Bruxelles-Charleroi, N59) et de six parcs d’activités économiques, pour "minimiser les impacts sur la population, l’environnement et le territoire", comme précisé dans le communiqué du gouvernement wallon publié sur son site le 12 octobre dernier.

Le choix de réaliser l’enfouissement de la ligne sur un tronçon plutôt que de le segmenter est rationnel au niveau technique

Pierre-Yves Ancion, directeur d’études chargé de la Boucle du Hainaut chez Stratec

Quant à la décision de faire passer la ligne THT à Silly plutôt qu’à Lens, les deux itinéraires faisaient partie des propositions finales mentionnées dans le RIE. Selon Pierre-Yves Ancion, "Le tracé nord via Silly permet de favoriser davantage le regroupement des infrastructures que le tracé sud passant par Lens puisque le tracé suit le chemin de fer sur une plus longue distance". Le tracé nord concerne par contre plus d’habitations et passe au travers d’une zone d’intérêt paysager et patrimonial, notamment près des châteaux de Thoricourt et de Launoy.

C’est la raison pour laquelle un enfouissement de la ligne THT est sérieusement envisagé à cet endroit, ce qui fait dire à Pierre-Yves Ancion que ce tronçon est "cohérent". "Le choix de réaliser l’enfouissement de la ligne sur un seul tronçon plutôt que de le segmenter est rationnel au niveau technique. On aurait pu penser que l’enfouissement serait réparti pour contenter tout le monde."

Il est aussi à noter que Brugelette est moins touchée dans le périmètre de réservation approuvé par le gouvernement wallon (2 villages de l’entité traversés) que dans le tracé initial (5 villages traversés). Certaines rumeurs ont circulé, y voyant l’influence d’Eric Domb, le patron du parc Pairi Daiza situé à Brugelette (Cambron-Casteau). Interrogé par nos confrères de No Télé alors qu’il se trouvait à l’étranger, Eric Domb a qualifié ces insinuations "d’idiotes".

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