Violences sexuelles au hockey : « encore trop difficile de dénoncer »

Pourquoi la violence sexuelle est-elle toujours présente au hockey? Pourquoi les victimes hésitent encore à dénoncer les agresseurs dans ce sport? Comment peut-on mieux protéger les victimes dans le système judiciaire? Dans la foulée d’un rituel d’initiation en Nouvelle-Écosse qui s’est soldé par des accusations d’agression sexuelle, des experts déplorent la culture du silence qui persiste dans le sport.
La criminologue Kim Dubé s’intéresse à la violence dans le hockey depuis plusieurs années. Elle estime que Hockey Canada n’en fait pas assez pour aider les victimes à dénoncer les agressions.
Malheureusement il y a encore des personnes dans différentes organisations qui ferment les yeux sur ces situations-là, ils ne vont pas intervenir quand ils vont voir ce qui se passe.

Kim Dubé, criminologue à l'Université de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Rachel Gauvin
Kim Dubé trouve ça inquiétant que des jeunes de 13 et 14 ans se prêtent encore à des rituels d’initiation comme le cas qui se retrouve devant les tribunaux en Nouvelle-Écosse ces jours-ci.
C’est vraiment triste de voir le cas en Nouvelle-Écosse. Ce sont des jeunes. Ces jeunes-là, ils grandissent puis ils continuent dans les échelons du hockey et puis ça continue.
Une fête qui devait servir à bâtir l’esprit d’équipe
En octobre 2025, des familles de la même équipe de hockey étaient rassemblées dans une maison privée du comté de Colchester, en Nouvelle-Écosse. Pendant que des parents étaient rassemblés au rez-de-chaussée, les joueurs, eux, étaient à l’étage. Cette fête qui devait servir à bâtir l’esprit d’équipe aurait dégénéré en violente initiation entre les joueurs.
Un des deux jeunes accusés dans cette affaire a récemment plaidé coupable d’agression sexuelle armée.
Lors de son audience le 29 septembre , le jeune de 15 ans a admis avoir agressé sexuellement un de ses coéquipiers.

Le procès des jeunes joueurs de hockey accusés d'agression sexuelle au palais de justice de Truro est très médiatisé.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Bernier
Le procureur de la Couronne, Patrick Young, a rappelé que le jeune joueur de hockey agressé avait seulement 13 ans au moment des faits, et qu’il aurait supplié ses agresseurs d’arrêter avant de se mettre à pleurer.
Lors de cette soirée, une des victimes était étendue sur le ventre sur un lit en train de regarder son cellulaire. Deux joueurs l’ont cloué au lit pour l’empêcher de bouger et ont baissé ses pantalons et ses sous-vêtements. Un des deux joueurs aurait poussé un mini-bâton de hockey entre ses fesses, la victime leur a demandé d’arrêter avant de se mettre à pleurer.
L’autre jeune accusé dans cette histoire a plaidé non coupable et devra subir son procès en février 2027.
D’autres victimes?
En février 2026, lorsque la GRC de la Nouvelle-Écosse a envoyé son communiqué de presse, elle n'écartait pas la possibilité qu'il y ait eu d'autres victimes lors de cette soirée.
S’il y a d’autres victimes, nous voulons qu’elles sachent que nous les écouterons, que nous les soutiendrons et que nous prendrons leurs expériences au sérieux. Elles peuvent se manifester en toute sécurité et à leur propre rythme
, pouvait-on lire dans ce communiqué.
La GRC nous confirme qu'à ce jour il n'y a pas eu d'autres dénonciations.

Kim Dubé explique qu'une victime qui raconte son histoire plusieurs fois dans le cadre du processus judiciaire peut revivre son traumatisme.
Photo : Radio-Canada / Rachel Gauvin
Kim Dubé n'est pas surprise. Elle croit que tant et aussi longtemps que les associations n’auront pas réussi à briser la culture du silence dans ce sport, plusieurs victimes ne vont pas se manifester. Dénoncer égal conséquences négatives dans leurs yeux. Il n’y pas de personnes qui dénoncent vraiment parce qu’ils veulent faire partie de cette équipe-là.
Tu as des rêves, tu as des désirs, tu veux te rendre plus loin, alors dénoncer quand tu es jeune, tu as trop peur de perdre tout ça.
Le procureur de la Couronne, Patrick Young, est conscient qu'il faut beaucoup de courage pour dénoncer les actions de ses coéquipiers. On est conscient que ces cas de violence sexuelle sont trop souvent non rapportées. On encourage les victimes à venir nous voir comme l’ont fait ces jeunes joueurs de hockey.
Le hockey victime de ses scandales
Dans les dernières années, le sport national a été plongé dans la tourmente au Canada. En 2018, cinq joueurs de l'équipe junior ont été accusés de viol collectif. Ils ont été acquittés à la suite d'un procès très médiatisé en Ontario en 2025.

Hockey Canada a mis sur pied un processus indépendant pour traiter les plaintes d'agression sexuelle. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Michael McLeod, Carter Hart, Cal Foote, Dillon Dubé et Alex Formenton ont tous été déclarés non coupables d’agression sexuelle.
Dans sa décision, la juge Carroccia a indiqué que le témoignage de la plaignante n'était ni crédible ni fiable
.
Dans le cadre de ce procès, le témoignage de la plaignante a duré neuf jours, un processus médiatisé qui pourrait décourager les victimes à porter plainte dans d’autres cas de violence sexuelle, selon la criminologue Kim Dubé.

En Nouvelle-Écosse, un projet pilote a été mis sur pied pour outiller plus de 2000 joueurs de moins de 15 ans devant d'éventuelles situations problématiques.
Photo : Radio-Canada
Si on regarde le procès Hockey Canada, le contre interrogation de neuf jours que la plaignante a subie, où on a remis en question sa crédibilité [...] il y a des victimes qui vivent des situations comme ça, qui voient ça et se disent, "mais pourquoi je vais dénoncer?"
Le procureur de la couronne, Patrick Young, croit que le processus judiciaire est efficace. Je comprends que c’est une décision personnelle de dénoncer et que c’est difficile. Pour les personnes qui décident de le faire, nous avons des ressources en place pour aider les victimes.
Comment protéger les victimes?
Lors de l’audience préparatoire au procès des jeunes hockeyeurs en Nouvelle-Écosse, la Couronne a déjà évoqué des mesures pour protéger les victimes lors de leur témoignage.

Le procureur de la Couronne, Patrick Young, a l'intention de proposer des mesures pour protéger les victimes qui témoigneront dans le procès d'initiation au hockey en Nouvelle-Écosse.
Photo : Radio-Canada / Rachel Gauvin
J'ai déjà prévenu la cour de mon intention d’utiliser une procédure qui permet de se servir d’un témoignage enregistré d’une personne de moins de 18 ans comme preuve dans un procès. Nous voulons aussi utiliser un écran protecteur pour les mineurs qui devront témoigner.
De telles mesures sont importantes, croit Kim Dubé. De réduire le montant de temps que cette personne-là doit raconter son histoire. Tu racontes la pire situation que tu as vécue dans ta vie, plusieurs fois. Tu te fais aussi remettre en question pour savoir si tu l’as réellement vécue. Faut continuer à développer le processus judiciaire pour qu’il soit beaucoup plus centré sur la victime.
Des mesures insuffisantes
à Hockey Canada
En 2022, après plusieurs scandales ayant éclaboussé Hockey Canada, le Parlement avait suspendu le financement de l'organisation.
Hockey Canada a dû adopter une série de recommandations pour retrouver son financement et regagner la confiance du public.

La culture de violence sexuelle et les problèmes de masculinité toxique dans le sport ont fait les manchettes depuis les allégations d'agression sexuelle impliquant des membres de l'équipe nationale junior de 2018. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / Ethan Miller
Il existe maintenant un tier indépendant qui mène des enquêtes sur toutes les plaintes formulées, mais c'est un processus confidentiel et les enquêtes ne sont pas rendues publiques.
Des mesures insuffisantes, selon Kim Dubé de l'Université de Moncton. Hockey Canada n’en fait pas assez. Je considère que ce sont des étapes de surface, pour bien paraître. On n'adresse pas la culture organisationnelle de cette association-là. On ne discute pas de la masculinité toxique. Il y a encore des personnes qui sont vieux jeu et qui se disent "ok c’est juste des initiations, on les laisse faire".
Ni Hockey Canada, ni Hockey Nouvelle-Écosse ne veulent commenter le cas d’initiation dans le comté de Colchester.
Hockey Canada prend très au sérieux toutes les allégations de maltraitance. Afin de préserver la confidentialité, nous ne sommes pas en mesure de commenter les dossiers gérés par le tiers indépendant
, nous répond par courriel Jérémie Knight, chef de bureau à Hockey Canada.
En ce début de saison, Hockey Nouvelle-Écosse a mis sur pied un projet pilote pour offrir de la formation à plus de 2000 joueurs de moins de 15 ans et prévenir d'autres rituel d’initiation violents.
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