Exploit rare, mandat fragile
Le nouveau premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a obtenu un mandat fragile l’invitant à la prudence et à l’humilité, deux qualités sans lesquelles il ne pourra pas laisser une marque distinctive sur l’avenir du Québec.
Parti de rien pour arriver quelque part, M. St-Pierre Plamondon a reconstruit le Parti québécois en l’espace d’un cycle politique. Il a réussi ce tour de force en remettant à l’avant-scène le débat sur la souveraineté malgré l’impopularité de l’option. Ce triomphe remarquable sera de courte durée avec son statut minoritaire.
Les problèmes du Québec sont les siens, maintenant. Il devra agir sur le coût de la vie, ainsi que sur l’accès aux soins de santé, au logement et à la propriété (les principales préoccupations des Québécois), en honorant des promesses dont il ne contrôle plus la mise en application.
Son pronostic de survie politique sera limité, avec l’appui d’à peine un électeur sur trois. Pour arriver à des résultats, il devra faire preuve d’un talent qui le sortira de sa zone de confort : la concertation avec une vive opposition formée principalement par les libéraux de Charles Milliard et les conservateurs d’Éric Duhaime, le véritable gagnant de la soirée. Le Parti libéral du Québec était pressenti pour former l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, mais la formation a fait mieux que prévu avec une quarantaine de députés.
La percée étonnante des conservateurs (près de 20 sièges pressentis) rappelle celle de la défunte Action démocratique du Québec, avec ses 41 députés de 2007. L’élection d’autant de néophytes avait causé une petite commotion. Cette cuvée avait quand même généré de grands talents, parmi lesquels figuraient les Sébastien Proulx, Éric Caire et François Bonnardel.
Le Parti conservateur du Québec (PCQ) sera-t-il taillé de la même étoffe ? La mouvance est d’une méfiance encore plus farouche à l’égard de l’État québécois. Malgré son vernis de communicateur chevronné, Éric Duhaime reste un marchand d’idées populistes assez ordinaires. Sous le paravent d’une critique légitime des errements de la bureaucratie se cache avec lui une idéologie libertarienne qui est de mauvais augure pour la justice sociale. Heureusement que Québec solidaire a sauvé les meubles grâce à la campagne rafraîchissante de Ruba Ghazal, consacrée comme la conscience de gauche à l’Assemblée nationale.
L’élection de M. Duhaime reste une bonne nouvelle, car ses troupes et lui seront forcés de défendre leurs idées dans l’enceinte politique plutôt que de crier au loup en marge des institutions. En 2022, le PCQ avait obtenu près de 531 000 voix (près de 13 % des suffrages), sans même faire élire un seul député. Notre mode de scrutin obsolète est responsable de ce genre d’anomalie, qui s’est reproduit encore cette année avec la dégelée subie par la Coalition avenir Québec, littéralement rayée de la carte.
De nouvelles crises de la représentation nous attendent si nous ne migrons pas vers la proportionnelle. C’est le seul mode de scrutin qui garantira la pérennité du pluralisme politique, essentiel à la gauche comme à la droite du spectre idéologique.
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