Cet Australien pensait avoir trouvé une pépite d'or, il tenait en réalité un fragment plus vieux que le Système solaire

La découverte remonte à mai 2015. David Hole prospecte alors avec un détecteur de métaux dans le parc régional de Maryborough, à environ deux kilomètres au sud de la ville, dans l'État de Victoria, en Australie. La région a connu une ruée vers l'or au XIXe siècle, et les chercheurs d'or amateurs y sont encore nombreux.
Il déterre une pierre rougeâtre, anormalement lourde, qu'il pense renfermer de l'or. La roche résiste pourtant à toutes ses tentatives pour l'ouvrir : scie, meuleuse, perceuse, acide et même coups de masse.
Une pierre trop lourde pour être terrestre
Intrigué, il finit par l'apporter en 2018 au musée de Melbourne. Deux géologues du musée, Dermot Henry et Bill Birch, soupçonnent presque aussitôt une météorite. Leur attention est attirée par sa densité, bien supérieure à celle d'une roche terrestre de même taille, et par sa surface creusée de petites cupules, comme modelée.
La météorite de Sutter's Mill : une mine d'or pour l'exobiologie ?
Le 22 avril 2012, non loin de Sutter’s Mill, un site associé à la ruée vers l'or en Californie, un corps céleste dont la masse est estimée à plusieurs dizaines de tonnes s'est désintégré dans l'atmosphère. Les fragments découverts au sol sont ceux d'une météorite faisant partie des chondrites carbonées. Leur analyse vient de révéler des molécules organiques jamais vues dans les autres météorites. La chimie prébiotique à l'origine de la vie sur Terre a donc pu commencer avec un éventail de molécules plus riche que ce que l'on pensait.... Lire la suite
Ce diagnostic rapide est inhabituel. Le musée reçoit régulièrement des pierres que leurs propriétaires prennent pour des météorites. Selon Dermot Henry, seules deux de toutes celles qu'il a examinées au cours de sa carrière en étaient réellement.
Les chercheurs prélèvent une fine tranche à la scie diamantée pour l'analyser. Les résultats sont publiés en juillet 2019 dans les Proceedings of the Royal Society of Victoria par Bill Birch, Dermot Henry et le géologue Andrew Tomkins.
Sa rareté impressionnante confère à la météorite de Maryborough une valeur scientifique bien supérieure à celle d'une pépite d'or. © Petesphotography, iStock
Une chondrite ordinaire de type H5
La météorite mesure environ 39 centimètres de long pour 14 de large et 14 d'épaisseur. Elle appartient à la famille des chondrites ordinaires, les météorites les plus courantes, qui proviennent en général de la ceinture d'astéroïdes située entre Mars et Jupiter.
Les chondrites doivent leur nom aux chondres, de petites sphères de silicates qu'elles renferment. Ces grains, qui mesurent ici jusqu'à un millimètre, se sont formés lorsque des poussières du jeune Système solaire ont été brièvement fondues par un échauffement soudain, puis se sont solidifiées.
Un trésor cosmique en France : cette météorite contient des grains plus anciens que le Soleil
Les météorites fascinent, d'abord parce qu'elles viennent de l'espace interplanétaire et qu'il nous est ainsi permis en quelque sorte de le toucher des mains sur Terre, mais aussi parce que nous sommes bien conscients qu'elles nous connectent aux plus vieilles archives de la formation du Système solaire et même à l'origine de la vie. Une météorite prometteuse à cet égard a été découverte au Maroc il y a quelques années et les recherches en cours à son sujet montrent qu'elle est exceptionnelle, contenant des grains pré-solaires en grand nombre. Son nom : Chwichiya 002.... Lire la suite
La lettre H signale une teneur élevée en fer. Le chiffre 5 indique que la roche a été fortement réchauffée au sein de son astéroïde d'origine : la matrice a recristallisé et les chondres y sont devenus peu distincts. Les principaux minéraux métalliques identifiés sont des alliages de fer et de nickel, la kamacite, la taénite et la tétrataénite, souvent associés à un sulfure de fer, la troïlite.
L'analyse ne révèle aucune trace de choc violent subi dans l'espace. Une légère altération apparaît sous la forme de fines pellicules d'oxyde de fer autour des grains métalliques, signe d'un séjour encore court à la surface de la Terre.
Une chute de date inconnue
Une datation au carbone 14 indique que la météorite est tombée sur Terre il y a moins de mille ans. Aucun cratère n'a été retrouvé. Des journaux locaux ont rapporté plusieurs observations de météores dans la région entre 1889 et 1951, mais aucune ne peut être reliée au site de la découverte.
Des météorites révèlent l’histoire cachée du Système solaire !
Peu après la formation du Système solaire, les planètes qui le composent étaient bien plus rapprochées du Soleil qu’elles ne le sont aujourd’hui. Cependant, les scientifiques comprennent encore mal les dynamiques migratoires qui ont eu lieu au début de son histoire. Grâce à l’analyse de météorites, une équipe de scientifiques suggère que ces migrations majeures ont eu lieu entre 60 et 100 millions d’années après la formation du Système solaire. Ces migrations ont peut-être même permis la formation de la Lune…... Lire la suite
L'âge d'environ 4,6 milliards d'années correspond à celui de la formation du système solaire. Les chondrites comptent parmi les matériaux les plus anciens qui soient accessibles, et sont un peu plus anciennes que la Terre elle-même.
Plus rare que l'or
La météorite de Maryborough n'est que la dix-septième recensée dans l'État de Victoria, et la troisième chondrite de type H5. C'est aussi la deuxième plus grosse masse chondritique jamais trouvée dans l'État, après celle de Kulnine, qui pèse 55 kilos.
Pour les géologues du musée, cette rareté lui confère une valeur scientifique bien supérieure à celle d'une pépite. Les météorites renseignent sur l'âge, la formation et la composition chimique du système solaire. Certaines, d'un autre type que celle de Maryborough, contiennent aussi des molécules organiques, comme des acides aminés, ou des grains de poussière d'étoiles plus anciens que le Soleil.
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