Produits canadiens interdits d’importation aux États-Unis : quel effet sur notre économie?

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Les États-Unis vont interdire l'importation de certains produits canadiens à compter de mardi, marquant ainsi une nouvelle escalade dans le conflit commercial opposant les deux voisins. Selon plusieurs experts, l'impact de ce nouveau chapitre sera négligeable, la stratégie de Washington visant surtout à accentuer la pression sur le Canada.
L'interdiction, qui doit entrer en vigueur à 0 h 01, le 29 septembre, concerne notamment certaines boissons alcoolisées, des sous-produits laitiers, de la mélasse et des motos.
Même si ces restrictions arrivent après plusieurs mois d’incertitude, elles auront un impact négligeable, car le Canada exporte très peu de ces produits, souligne Derek Holt, vice-président et responsable de l’économie des marchés de capitaux à la Banque Scotia.
Ces mesures visent à sauver la face de l’administration américaine; elles ne sont pas de nature substantielle, ce qui est positif
, écrivait M. Holt dans une note adressée aux investisseurs le 9 septembre.

L'interdiction d'importer certains produits canadiens aux États-Unis est le plus récent chapitre d'une longue et imprévisible guerre commerciale entre les deux pays. (Photo d'archives)
Photo : Christopher Katsarov/The Canadian Press
Selon un haut responsable de l’administration de la Maison-Blanche et des experts en commerce international, ces interdictions visent surtout à dissuader le Canada et d'autres pays de prendre de nouvelles mesures de rétorsion envers les États-Unis.
C’est simplement un moyen d’essayer de mettre des bâtons dans les roues du Canada. Les États-Unis ont décidé d’intensifier encore un peu la pression
, soutient Barry Appleton, codirecteur du Centre de droit international de la New York Law School.
Les interdictions sont vraiment difficiles à lever. On peut négocier une baisse des droits de douane — c’est un chiffre —, mais une interdiction est généralement là pour durer. Donc, ce que Washington dit au Canada, c’est que la donne a changé et de faire attention.
Voici un aperçu des impacts de l’interdiction sur certains des produits concernés.
Alcool
L'année dernière, les exportations d’alcool vers les États-Unis – les plus importantes parmi les marchandises qui seront interdites – ont atteint environ 1,2 milliard de dollars.
Les interdictions à venir concernent la plupart des produits alcoolisés, dont la bière, divers types de vin, le whisky, le bourbon, le rhum, la vodka, le vermouth, la tequila, le mezcal et le brandy produits au Canada. Les spiritueux représentent la majeure partie des produits alcoolisés exportés vers le sud.
Environ la moitié des 2 milliards de dollars de spiritueux produits chaque année au Canada est vendue aux États-Unis, précise Cal Bricker, PDG de Spirits Canada. Selon lui, la nouvelle interdiction ne fait qu’aggraver des mois d’inquiétude.
Un producteur ontarien rappelle pour sa part que les producteurs d'alcool subissent déjà les effets des droits de douane américains, dont les conséquences s'apparentent à celles d'un moratoire. Pour plusieurs de ces entreprises, l'impact de la nouvelle interdiction ne devrait ainsi pas être décisif.
En réalité, dès lors que l’on applique des droits de douane de 50 %, il devient extrêmement difficile d’accéder au marché
, déclare Matt Johnston, de la brasserie artisanale Collective Arts, située à Hamilton, en Ontario.

Les succursales de la SAQ encouragent la population à acheter locale en identifiant clairement les produits en provenance du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marianne Lachapelle
Pour le président américain, l’interdiction des produits alcoolisés canadiens sur le territoire américain est une conséquence naturelle du traitement discriminatoire que le Canada continue d’appliquer à des exportations américaines essentielles, allant des boissons alcoolisées aux produits laitiers en passant par les véhicules à moteur
.
Pour contexte, en février 2025, l’alcool américain a été retiré des étagères dans toutes les provinces canadiennes en riposte à l’imposition de droits de douane par les États-Unis. L'Alberta et la Saskatchewan ont toutefois recommencé à le vendre trois mois plus tard.
Protéines de lactosérum
L'interdiction d'importation de produits laitiers vise principalement le lactosérum, un sous-produit de la fabrication du fromage utilisé pour enrichir d'autres produits en protéines, notamment les poudres protéinées.
Près de la moitié des 73 millions de dollars de lactosérum importés aux États-Unis l'année dernière provenait du Canada, selon des données commerciales américaines. Toutefois, les huit types de lactosérum qui seront interdits, dont les concentrés de protéines et le lactosérum modifié, ne représentent qu'une fraction de ce chiffre.
Selon les entreprises canadiennes, les perturbations commerciales des derniers mois ont déjà causé plus de tort que ne le fera l'interdiction.
Si aucun allègement tarifaire n'est accordé, les conséquences seront désastreuses pour les consommateurs, les détaillants et notre entreprise
, prévient Jim McMahon, PDG de Fit Foods LP, un fabricant de poudre protéinée en Colombie-Britannique.
C’est très difficile
, confirme également Dan Crosby, PDG de BioSteel Sports Nutrition à Windsor, en Ontario, fournisseur d'équipes sportives professionnelles et d'athlètes.
Par ailleurs, la forte demande pour les produits riches en protéines a déjà entraîné des pénuries de protéines de lactosérum et fait grimper les prix à des niveaux records.

La demande pour la poudre protéinée est en forte hausse depuis quelques années. (Photo d'archives)
Photo : iStock
Mélasse
L'interdiction à venir concerne également les produits à base de mélasse, notamment la mélasse invertie et la mélasse de canne.
Elle fait suite à des mois de pressions exercées par les producteurs de sucre américains sur leur gouvernement, qui se plaignaient d'un désavantage commercial en raison de produits moins chers provenant de l'étranger.

La mélasse fait partie des produits visés par l'interdiction d'importations en sol américain. (Photo d'archives)
Photo : iStock
Ces producteurs accusent également les raffineries canadiennes d'importer des mélanges de sucre brut, de mélasse et d'eau en les faisant passer pour de la mélasse pure afin de contourner les droits de douane et les quotas.
Motos
Le Canada n’a exporté que 5092 motos en 2025.
La nouvelle interdiction frappera toutefois le Québec de plein fouet, où Bombardier Produits récréatifs (BRP) fabrique des motoneiges Ski-Doo et des véhicules Can-Am. BRP a annoncé que deux de ses modèles de roadsters à trois roues — le Can-Am Spyder et le Canyon —, assemblés dans une usine située près de son siège social à Valcourt, au Québec, se verront refuser l’accès au marché américain à compter de mardi.

L'impact de l'interdiction américaine sur le secteur des motos affectera particulièrement le Québec et l'Ontario. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui/CBC
Les impacts financiers devraient surtout se faire ressentir à compter du printemps prochain.
L’impact de ces nouvelles mesures américaines devrait être limité sur notre exercice 2027, car la grande majorité de la production et des expéditions pour la saison en cours est déjà achevée
, a expliqué jeudi la porte-parole de l'entreprise, Émilie Proulx.
Achats gouvernementaux
En ce qui concerne la décision de Donald Trump d'écarter les entreprises canadiennes du programme Multiple Award Schedule (MAS), qui permet aux agences fédérales américaines d’acheter des produits et des services auprès de fournisseurs préapprouvés, les effets devraient, encore une fois, être limités.
Selon une analyse de CBC, seules 58 entreprises canadiennes ont obtenu des contrats dans le cadre de ce programme au cours de l'exercice 2024-2025. La valeur totale des contrats obtenus par ces entreprises s’est élevée à seulement 57,3 millions de dollars américains, sur un programme de 50,6 milliards de dollars.
D'après un texte de Rhianna Schmunk de CBC News
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