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Saturday, September 26, 2026

Des framboises vendues au Canada auraient dépassé les limites légales de pesticides

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Un des plus grands joueurs dans la vente de petits fruits en Amérique du Nord, la compagnie américaine Driscoll’s, est accusé d'avoir délibérément dissimulé des informations concernant les niveaux de toxicité des framboises vendues au Canada entre 2022 et 2024.

Un ancien employé de l'entreprise devenu lanceur d'alerte a confié à CBC News que des fruits importés au Canada avaient des teneurs en produits chimiques supérieures aux limites autorisées.

David Harada, qui réside en Californie, allègue qu'environ 50 % des exportations de framboises de Driscoll's vers le Canada entre 2022 et 2024 contenaient des fruits dont la teneur en pesticides dépassait les limites de sécurité canadiennes. Le lanceur d'alerte indique que ces données proviennent de l'entreprise elle-même.

Vue sur des bacs de framboises dans des casseaux de la compagnie Driscoll's.

Le géant américain a conclu des partenariats avec des producteurs indépendants pour commercialiser ses baies dans les épiceries. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / CHRISTINNE MUSCHI

L'homme qui était responsable de la sécurité alimentaire et de la conformité réglementaire pour les États-Unis et le Canada poursuit aujourd'hui son ancien employeur pour représailles illégales. Dans la plainte, M. Harada a déclaré qu’il avait l’impression d’avoir été désigné comme bouc émissaire pour des problèmes de conformité et qu’il faisait l’objet de représailles pour avoir dénoncé ces faits.

D'après le témoignage de David Harada auprès de CBC News, ce dernier a été poussé à démissionner après avoir exprimé ses inquiétudes quant au taux de produits chimiques contenu dans les baies.

Je suis intimement convaincu d’avoir pris part à une opération de dissimulation, car ils ont choisi de ne pas divulguer ces informations au grand public, a-t-il déclaré à CBC News.

Les baies dans le viseur des inspecteurs canadiens

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a confirmé à CBC News avoir mené des inspections sur les baies Driscoll’s vendues dans les épiceries du pays entre 2022 et 2024. Les inspections ont révélé des concentrations de substances chimiques - notamment la bifenthrine, l'iprodione et le captane - supérieures aux limites légales canadiennes.

Toutefois, l’ACIA précise que ces inspections n’ont mené à aucun rappel de produits, ou qu’une mesure corrective a été mise en œuvre et que les enquêtes ont été classées.

Des enquêtes ont également été lancées à la suite de signalements de cas présumés de maladie après la consommation de bleuets Driscoll’s, ou de plaintes concernant un goût et une odeur chimiques. L’ACIA a indiqué que les cas de malaise signalés ne pouvaient pas être liés de manière définitive aux framboises contaminées.

Un étalage de framboises, bleuets et fraises du Québec.

Un étalage de framboises, bleuets et fraises.

Photo : Getty Images / Linda Raymond

Les cas que vous avez identifiés concernent différents produits, résidus de pesticides, importateurs et lieux sur une période de plusieurs années, a écrit l’ACIA dans un courriel adressé à CBC News. La présence de la marque Driscoll’s sur les produits ne permet pas, à elle seule, d’établir que les non-conformités provenaient d’un seul producteur ou d’une seule source.

L'ACIA indique qu'elle réagit toujours selon le risque pour la santé que pose la situation. Les mesures que l'agence peut prendre incluent la notification des producteurs, importateurs et fournisseurs concernés, ainsi que des inspections de suivi.

Santé Canada émet des rappels si un produit présente un risque sanitaire inacceptable.

Des impacts sur la santé humaine?

Des signaux d’alarme sur les problèmes de sécurité des pesticides et leur utilisation excessive ont été signalés dès 2022, selon David Harada, qui avait à l'époque aussitôt informé ses supérieurs. Ces derniers lui ont répondu qu'il devait gérer la situation lui-même.

Son hypothèse est que Driscoll’s a supprimé le système de suivi de la salubrité alimentaire et de la conformité qu’elle avait mis en place pour le Canada afin d’augmenter ses ventes dans ce pays.

Le Canada dans son ensemble mérite mieux, et les consommateurs, quels que soient les produits qu’ils achètent, méritent de se sentir en sécurité lorsqu’ils les consomment, a-t-il ajouté.

Les framboises du géant américain vendues entre 2022 et 2024 présentent-elles un risque pour la santé des Canadiens?

Pas nécessairement, a indiqué le professeur associé au Département des sciences alimentaires et de chimie agricole de l’université McGill, Stéphane Bayen.

Il a expliqué qu'il arrive fréquemment que des baies puissent contenir des résidus chimiques supérieurs à la limite légale, mais ce n’est certainement pas ce que nous souhaiterions voir et nous voulons réduire ce phénomène.

Un tracteur fumige les fraises d'un verger de fraises.

Des fraises en cours de fumigation dans un verger du Michoacán.

Photo : Getty Images / ENRIQUE CASTRO / AFP

Le toxicologue Daniel Green abonde dans le même sens. Pour qu’il y ait un effet, il faudrait en manger 19 kilogrammes, a expliqué M. Green à titre d’exemple. Selon lui, le problème réside dans l’exposition cumulée aux toxines contenues dans l’alimentation et l’environnement.

C’est l’exposition chimique sur l’ensemble d’une vie qu’il faut prendre en compte, a-t-il souligné.

Une pratique répandue?

Radio-Canada a contacté la directrice générale de l'Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, Jasmine Sauvé, qui dit n’en avoir jamais entendu parler avant la publication de CBC News.

Bien que certains cultivateurs québécois aient choisi il y a quelques années de vendre leurs récoltes sous la bannière Driscoll's, la directrice générale a insisté sur le fait que cela concernait peu d’entre eux.

Un employé tient des framboises dans un casseau.

Un employé tient des framboises chez Masse, une exploitation de baies située à Saint-Paul-d'Abbotsford, au Québec, qui vend ses produits à Driscoll's. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / CHRISTINNE MUSCHI

Mme Sauvé a déploré les révélations de CBC News et a réclamé davantage d'inspections de l'ACIA, qui sont présentement effectuées de manière aléatoire.

Il existe la marque Les Fraises du Québec, qui est une marque à 100 % détenue par les producteurs [locaux], c'est autant pour les fraises que pour les framboises, a-t-elle tenu à rappeler aux consommateurs qui désirent encourager les entreprises locales.

Les mains d'une personne au-dessus d'un étal de casseaux de framboises.

NutriQuébec présente un premier portrait de l'alimentation des Québécois.

Photo : Radio-Canada

Driscoll's rejette les accusations

Même si M. Harada affirme que l’entreprise lui a demandé de remettre en place le système de suivi, celle-ci n’a pas rendu cette information publique et il affirme avoir été poussé à démissionner.

Il a témoigné qu’il n’a pas été facile de vivre avec la stigmatisation liée à son rôle de lanceur d’alerte, mais il estime que c’était la bonne décision.

Par courriel, la compagnie américaine indique ne pas pouvoir commenter les détails de la situation professionnelle de M. Harada pour des raisons de confidentialité.

L’entreprise précise toutefois qu’elle reste convaincue que l’ensemble des faits démontrera qu’elle a réagi de manière appropriée aux préoccupations soulevées par M. Harada, qu’elle a toujours agi de bonne foi et qu’elle s’est toujours comportée de manière appropriée.

Vue de framboises emballées chez Masse, dans des casseaux de la compagnie Driscoll's.

Vue de framboises emballées chez Masse, une exploitation de baies située à Saint-Paul-d'Abbotsford, au Québec, le 11 août 2022.

Photo : Reuters / CHRISTINNE MUSCHI

Elle nie également avoir supprimé le système de traçabilité en matière de sécurité alimentaire et réfute les autres allégations de M. Harada, ajoutant que l’entreprise n’a jamais sciemment expédié des produits qu’elle estimait dangereux.

Le moment viendra, au cours de la procédure judiciaire, où Driscoll’s pourra présenter ses propres preuves, qui, selon nous, brosseront un tableau très différent de celui que M. Harada a présenté publiquement, peut-on lire dans un extrait du communiqué de Driscoll’s.

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