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Friday, September 25, 2026

La potasse, un atout du Canada pour tenir tête à Donald Trump?

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Donald Trump a menacé cette semaine de s’approvisionner en potasse auprès de la Biélorussie pour réduire sa dépendance envers le Canada, mais son plan était truffé de failles et il a vite changé d’avis. Retour sur une semaine mouvementée qui a braqué les projecteurs sur un secteur stratégique pour le Canada.

Pourquoi la potasse est-elle si importante ?

La potasse est un groupe de minéraux et de produits chimiques qui est surtout utilisé pour produire de l’engrais. En 2024, le Canada a produit 33 % de la potasse dans le monde, devant la Russie (22 %) et la Biélorussie (16 %), selon les données de Ressources naturelles Canada.

« L’engrais est essentiel à l’agriculture et à la sécurité alimentaire », soulève le professeur à l’Université de la Saskatchewan Devan Mescall. « En ce moment, le Canada est le plus grand exportateur de potasse au monde », ce qui lui confère une grande importance géostratégique. Et c’est d’autant plus vrai depuis que plusieurs pays ont cessé de s’approvisionner en Russie et en Biélorussie dans la foulée de la guerre en Ukraine.

Signe de l’importance de la ressource, les États-Unis ont réservé un traitement particulier à la potasse lors des multiples attaques tarifaires à l’endroit du Canada, rappelle M. Mescall. « Soit elle était totalement exclue, soit elle était soumise à un taux nettement inférieur à celui des autres marchandises. »

Pourquoi Donald Trump a menacé d’aller voir ailleurs ?

En début de semaine, le président américain a affirmé vouloir acheter de la potasse à la Biélorussie afin de réduire la dépendance des États-Unis envers le Canada. « Je crois que ce qui est arrivé cette semaine est le résultat d’une tactique de négociation du président Trump qui consiste à essayer de donner à l’autre partie l’impression que tout est sur la table », poursuit Devan Mescall.

Les prix élevés du diesel, les tarifs sur la machinerie et la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis exercent une pression sur les marges bénéficiaires des agriculteurs, explique l’expert. Le président aurait voulu importer de la potasse à moindre coût de la Biélorussie.

Or, si le prix des engrais a aussi augmenté, ce n’est pas vraiment en raison de la potasse, précise M. Mescall. La flambée est surtout attribuable coût d’un autre ingrédient, l’azote, dont une part importante vient d’Iran, en proie à un conflit armé.

Qu’est-ce qui explique que le présent ait retiré ses menaces ?

Le message de Donald Trump au Canada était le suivant, selon le professeur : « On n’a pas besoin de la potasse du Canada, tout comme on n’a pas besoin de quoi que ce soit d’autre. » Or, il n’en est rien, et les agriculteurs américains lui ont tôt fait savoir.

« Trump a confondu l’engrais avec la potasse, mais ce n’est pas cette composante de l’engrais qui a causé la hausse des prix, dit M. Mescall. Les agriculteurs américains ont vite compris que ce ne serait pas dans leur intérêt [de s’approvisionner ailleurs]. »

Des raisons logistiques expliquent aussi la volte-face du président. Les exportations canadiennes peuvent parvenir facilement aux États-Unis en train, tandis que pour s’approvisionner à partir de l’Europe de l’Est, il faudrait ajouter entre autres un trajet maritime. « La géographie et le réseau mondial de distribution ne peuvent pas changer facilement en une journée. »

Quelles ont été les réactions en Saskatchewan ?

La Saskatchewan est la seule province qui produit de la potasse au Canada. Elle en a exporté pour un peu plus de quatre milliards de dollars vers les États-Unis en 2024.

Les Saskatchewanais n’ont pas cédé à la panique ces derniers jours, malgré les déclarations de Donald Trump, observe Devan Mescall. « Je crois que les gens ici connaissent bien les rouages du marché » et savaient que les États-Unis pourraient difficilement se passer de leurs ressources.

Et cela, c’est sans compter qu’on commence à s’habituer aux façons de faire du président, qui distribue les menaces à tous vents, mais qui change aussi souvent d’avis, pense le spécialiste.

Est-ce que la potasse peut être un levier de négociation pour le Canada ?

« Toute cette histoire illustre bien pourquoi les produits canadiens sont importants pour les États-Unis, ajoute l’expert. Lorsqu’il est question de la valeur d’un fournisseur et d’une chaîne d’approvisionnement, ce n’est pas que le prix qui compte, mais aussi la fiabilité et la facilité d’accès au produit. »

Sachant que les Américains ont besoin de la potasse du Canada, le pays pourrait-il s’en servir pour accentuer la pression dans le cadre des négociations commerciales avec les États-Unis ?

« Je ne pense pas que l’utiliser comme levier permettrait d’accroître la pression sur Donald Trump, affirme M. Mescall. Je ne crois pas que de refuser d’exporter de la potasse aux États-Unis aurait des conséquences économiques importantes, sauf envers nous-mêmes. »

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