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Friday, October 30, 2026

Le marché des originaux de BD : entre passion, nostalgie et records aux enchères

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Depuis quelques années, les ventes aux enchères de planches originales de bande dessinée atteignent des sommets. Il y a un mois et demi, la couverture originale d'"Astérix chez les Bretons", dessinée en couleurs par Albert Uderzo, a été vendue à 1,474 million d’euros (frais compris). Quant au record absolu, on le doit à un dessin préparatoire d’Hergé pour la couverture du "Lotus bleu". Il a été vendu à 3,175 millions d’euros (frais inclus) en janvier 2021.

Les auteurs contemporains font eux aussi, parfois, de beaux résultats aux enchères. C’est le cas de Sixtine Dano, qui a eu un beau succès éditorial avec sa bande dessinée "Sibylline", et qui vendait pour la première fois des planches aux enchères lors du Festival d’Angoulême 2024. "Une de ses planches s’est très bien vendue", s’enthousiasme Pauline Testut, experte dans l’estimation des bandes dessinées pour différentes maisons de vente aux enchères. "Preuve que même si les auteurs installés et les grands noms sont plébiscités, il y a quand même un goût pour le dessin et un goût pour la nouveauté et la belle planche de bande dessinée tout simplement".

Mais les originaux de bande dessinée (couvertures, planches, dessins, croquis, présentations, ex-libris, etc.) n’ont pas toujours eu autant de succès, même il y a une cinquantaine d’années. "Au début, on était sur des échanges ou des achats entre passionnés", explique Pauline Testut. "On n’avait pas toute cette démarche d’exposition et de démonstration des œuvres de bande dessinée en tant qu’œuvre d’art."

Petit à petit, les galeries et les grandes maisons d’enchères ont investi le marché. "Sachant que le premier marché reste celui des galeries", précise l'experte. "Celui des enchères est le second marché, avec des œuvres qui potentiellement ont déjà été mises à la vente."

Qui sont ces gens, parfois prêts à dépenser des millions d’euros pour acquérir une planche de BD ? "Pour la bande dessinée franco-belge et les planches originales de comics américains", nous répond le galeriste Frédéric Lorge, "le client est en général un homme blanc de 40 à 65 ans". "Les collectionneurs veulent l’œuvre phare", ajoute Pauline Testut, "soit celle qui n’a jamais été vue, soit celle qui résume toute une série de bandes dessinées, qui est iconique en quelque sorte".

Dernièrement, la clientèle se diversifie, en partie grâce aux dessins originaux d’animation japonaise. "Quand on vend des dessins originaux de production qui ont servi à fabriquer 'Dragon Ball', 'Capitaine Flam', 'Albator', 'Les Chevaliers du Zodiac' et bien d’autres séries, l’impact télévisuel joue beaucoup", constate Frédéric Lorge. "Et donc j’ai une génération plus jeune, beaucoup plus variée, avec des gens âgés de 25 ans jusqu’à 55 ans."

Pauline Testut appelle cela le "marché de la nostalgie". "Les acheteurs aiment bien acquérir des planches ou des dessins des œuvres qu’ils ont pu lire pendant leur jeunesse", précise-t-elle. "Ce qui explique qu’il y ait des différences d’achat parmi les générations."

Un autre type d’œuvre permet d’attirer un public différent : l’illustration. "Pour les illustrations de livres jeunesse, là, j’ai beaucoup plus de collectionneuses et beaucoup plus de couples", poursuit le galeriste, "parce qu’on est dans quelque chose qui va être purement émotionnel. Ce n’est pas nécessairement attaché à la lecture : la plupart des gens qui achètent une illustration jeunesse n’ont pas spécialement lu le livre, mais ils vont être touchés par le dessin, par l’illustration, et ont envie de l’exposer chez eux pour se faire du bien."

Le galeriste Frédéric Lorge insiste : il n’est pas "gestionnaire de fortune". D’ailleurs, quand il voit partir des planches à plus de 2 millions d’euros, il se demande toujours si l’acquéreur est un collectionneur passionné ou un spéculateur. "Souvent, ces derniers sont conseillés par des gens qui ont intérêt à avoir des ventes extrêmement élevées, parce que ça fait aussi de la communication pour eux, et donc ils viennent bousculer un marché établi. Ce n’est pas parce qu’une œuvre va partir à un million de dollars que le lendemain, elle ne serait pas partie à 500.000 euros. Il faut prendre de la distance par rapport aux résultats des enchères. Et si on veut vraiment collectionner, il faut passer du temps en galerie et sur les sites internet, il faut lire et il faut s’informer. Il faut également comparer les prix et se demander s’il est juste ou pas."

Aimer ce qu’on achète : voilà le conseil que donne Fédéric Lorge à ses clients. "Quand on achète de l’art, cela ne doit pas être un investissement, mais plutôt un cadeau à nous-même ou à nos proches. On va vivre avec cette œuvre d’art pendant 10 ans, 15 ans ou 20 ans."

Un conseil que ce passionné de bande dessinée depuis 47 ans applique également à la manière dont il choisit les artistes qu’il va représenter. "Les artistes dont je conseille le travail à mes clients, ce sont avant tout des autrices et des auteurs qui ont provoqué chez moi une émotion. Ça peut être par la qualité de leur travail esthétique, mais aussi et surtout par leur travail narratif, qui va être d’une certaine subtilité, limpide, efficace, qui va pouvoir jouer avec la perception du temps et de l’espace qui nous entoure."

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