Midterms 2026 : après le Congrès, les démocrates vont-ils reprendre la Maison blanche en 2028 ?

Faites vos paris, la succession de Donald Trump à la tête des Etats-Unis est lancée. Vous misez sur les démocrates ? Les élections de mi-mandat semblent vous donner raison : les républicains en sortent sérieusement affaiblis, et en particulier le vice-président JD Vance, grand favori à l’investiture de son parti.
Mais est-ce que le malheur des uns va nécessairement faire le bonheur des autres ? Aujourd’hui, les démocrates semblent dans une position idéale. Ils pourraient se servir de leur victoire historique aux midterms comme d’un tremplin pour la présidentielle de 2028.
Les Américains auraient voté pour les Schtroumpfs !
Une analyse plus pointue des résultats de ce novembre appelle à la prudence. "Ce n’est pas un vote d’adhésion pour les idées du parti, pour sa stratégie", tempère d’entrée de jeu Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS. "Il n’y avait pas de stratégie. Il y a eu des candidats de grande qualité ici ou là, mais il n’y a eu aucune cohésion de stratégie au sein de ce parti durant cette campagne."
Par leur vote, les électeurs américains ont fondamentalement rejeté la politique de Donald Trump. Ce que Romuald Sciora exprime à sa manière : "Ce n’est pas une victoire des démocrates. Les Américains auraient voté pour les Schtroumpfs ! "
Derrière ce bon mot, il y a une réflexion approfondie. "Le parti démocrate a été incapable de s’opposer de manière constructive à Donald Trump depuis un an et demi", poursuit Romuald Sciora. "Ses grandes voix ont été totalement aphones, absentes de la scène publique : Barack Obama s’est juste réveillé, Bill Clinton a passé son temps planqué sous son lit à cause du dossier Epstein. Bref, c’est un succès énorme, mais dû au rejet puissant de Trump."
Ces élections de mi-mandat montrent que "l’offre des républicains version MAGA a été rejetée par les électeurs", confirme Paul Schor, maître de conférences en histoire des Etats-Unis à l’Université de Paris Cité. Mais il nuance : "Il n’y a pas seulement eu un rejet des républicains, il y a eu aussi un enthousiasme d’une partie des électeurs, notamment des électeurs des classes populaires, des minorités, mais aussi des blancs populaires qui se sont éloignés des républicains et ont voté pour les démocrates. Il n’y a pas juste eu de l’abstention".
Le Parti démocrate a compris une des raisons de sa défaite à l’élection présidentielle en 2024
Le Parti démocrate a réussi à répondre aux attentes des Américains face à l’inflation, la hausse des prix de l’essence, du diesel ou du logement, conséquences des politiques de l’administration Trump.
"Le parti démocrate a compris une des raisons de sa défaite à l’élection présidentielle en 2024", explique Tanguy Struye de Swielande, professeur de relations internationales à l’UCLouvain. "Ils ont compris qu’ils n’avaient pas suffisamment mis en avant toutes les questions économiques et sociales. Et là, on a vu que les campagnes se sont surtout concentrées sur ces questions et beaucoup moins, et certainement au niveau de l’aile gauche, sur les approches "woke" qu’on a beaucoup vues au sein du Parti démocrate dans les années 2015-2024."
Mais là encore, Romuald Sciora se montre critique et dénonce une forme d’opportunisme de la part du parti. "Les démocrates ont mis de côté le "wokisme". Il est vrai que ses excès sont évidemment insupportables, mais il y a eu aussi des choses merveilleuses dans le "wokisme", comme les droits LGBT. Où est passé tout cela aujourd’hui ?", s’interroge celui qui reconnaît pourtant être membre du Parti démocrate.
"Il y a quelques jours, j’entendais des analystes me dire : Vraiment, ils se sont ‘trumpisés’. Et c’est vrai. Nous assistons aujourd’hui à une révolution ultraconservatrice aux États-Unis qui fait que tous les grands médias, les plateformes Netflix, Disney, etc., ont supprimé les personnages gays, transgenres ; les Noirs sont invisibilisés dans les séries, etc. Malheureusement, les démocrates ont suivi le vent de cette contre-révolution conservatrice. C’est là où je parle d’un manque de stratégie."
Les démocrates ne pourront pas se contenter de surfer sur leur victoire aux midterms, aussi écrasante soit elle, pour décrocher la Maison blanche dans deux ans. Ils vont devoir mener plusieurs chantiers de front.
"Il va falloir que les démocrates démontrent que leur contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat ne sera pas que de l’obstruction ou de l’opposition à Trump", détaille Paul Schor. "Il faut que les Américains voient leurs conditions de vie s’améliorer dans les deux ans qui viennent et qu’ils déduisent que c’est grâce aux démocrates. Et ce n’est pas gagné parce qu’il va y avoir une sorte de guerre de tranchées entre le Congrès et le Président. Et si pas grand-chose n’est fait, et que le système reste bloqué comme il l’a beaucoup été par le passé, les électeurs ne seront pas nécessairement emballés par une offre démocrate."
Or pour proposer une offre séduisante, cohérente les démocrates devront dépasser leurs divisions internes. Est-ce qu’ils vont pouvoir repenser leur stratégie, leur projet pour 2028 ? Romuald Sciora en doute. "Car qu’est-ce que le Parti démocrate aujourd’hui ? C’est un vaste ensemble au sein duquel coexistent des sensibilités très diverses".
Ce sont des gens qui n’ont pas grand-chose en commun et qui sont obligés de coexister au sein du Parti démocrate.
Diverses et inconciliables ? Pour comprendre la nature de ces divers courants, le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS se lance dans une comparaison avec la politique française.
"Il y a à la gauche du parti des gens comme Bernie Sanders, Zohran Mandani, Abdul El-Sayed ou Alexandria Ocasio-Cortez, qu’on pourrait comparer en gros à la France insoumise en France ou au PS français. Et puis à l’autre bout de l’échiquier, vous avez des gens comme Kamala Harris, Joe Biden, qu’on pourrait comparer à François Bayrou au centre droit. Ce sont des gens qui n’ont pas grand-chose en commun et qui sont obligés de coexister au sein du Parti démocrate car ils ne pourraient pas survivre économiquement et médiatiquement en dehors de ce parti. Le problème pour eux est de pouvoir parler d’une seule voix."
L’entreprise paraît difficile mais peut-être pas insurmontable. "Si les démocrates mettent l’accent sur les questions économiques et sociales, ils peuvent tomber sur une plateforme qui va pouvoir concilier les différentes approches, que ce soit la gauche ou les centristes", affirme Tanguy Struye de Swielande. "Par contre, s’ils rentrent dans des logiques beaucoup plus idéologiques, sur les questions "wokes", des divisions fortes risquent d’être très problématiques pour eux au moment de la présidentielle en 2028. Donc, il s’agira vraiment de mettre l’accent sur les questions économiques et sociales, d’autant plus qu’ils ont pour l’instant un boulevard puisque la situation n’est pas très bonne."
Et certaines prises de position récentes de figures montantes du parti laissent entrevoir un possible rapprochement entre les divers courants démocrates. "Alexandria Ocasio-Cortez (députée de New York réélue il y a deux jours, ndlr), qui a été très impliquée dans la logique "woke", a fait une déclaration très intéressante il y a quelques mois", pointe le spécialiste des Etats-Unis de l’UCLouvain "Elle a dit que les années 2015-2020 avaient été beaucoup trop loin, et qu’en fait les démocrates voulaient devenir à nouveau beaucoup plus pragmatiques. Et si vous prenez, par exemple, la campagne menée par Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman aux États-Unis, vous verrez qu’il a mis beaucoup plus l’accent sur les questions économiques et sociales."
Les divergences politiques au sein du Parti démocrate laissent entrevoir des oppositions de personnes. Or des figures aussi centristes que de gauche ont remporté des victoires éclatantes aux midterms et pourraient vouloir se lancer dans la course à la Maison blanche.
"Tout le monde va vouloir se positionner et se différencier par rapport aux autres candidats, Donc ça pourrait entraîner quelques tensions", selon Tanguy Struye de Swielande.
"Cette victoire imposante devrait leur permettre de préparer un programme d’intelligence. Mais le risque, c’est qu’on se retrouve un petit peu comme avec la gauche française aujourd’hui, avec une multitude de candidats qui vont se tirer dans les pattes pendant près de deux ans, jusqu’à la fin du printemps 2028, sans qu’il y ait une véritable cohésion", craint de son côté Romuald Sciaro.
Je pense que les défaites d’Hillary Clinton et de Kamala Harris suggèrent qu’une partie de l’électorat américain n’est toujours pas prête à avoir une femme présidente.
À ce stade, il n’y a pas encore de candidats officiels à la présidentielle, mais "il y a des noms qui circulent, évidemment. Un nom revient avec insistance, c’est celui de Jon Ossoff, sénateur assez jeune, de l’Etat de Géorgie", commence par expliquer Paul Schor. "Il s’est révélé comme étant un excellent débatteur, très fort en communication, très fort au Sénat, dans les travaux en commission. Il s’est construit une sorte de stature un peu présidentielle."
Le maître de conférences en histoire contemporaine des Etats-Unis enchaîne avec le nom d’Alexandria Ocasio-Cortez. "Elle suscite beaucoup de dynamisme chez une partie de la population, mais elle a des positions très à gauche du centre de gravité politique du Parti démocrate. Et je pense que les défaites d’Hillary Clinton et de Kamala Harris suggèrent qu’une partie de l’électorat américain n’est toujours pas prête à avoir une femme présidente."
On va probablement se retrouver avec 4 ou 5 candidats au grand maximum qui ont des chances de gagner la primaire.
"Dans les sondages, il y a quelques semaines, on avait quatre noms qui ressortaient ", ajoute Tanguy Struye de Swielande. "C’était AOC (surnom de d’Alexandria Ocasio-Cortez, ndlr), Pete Buttgieg (ancien ministre des Transports de Joe Biden, ndlr), Gavin Newsom (gouverneur de Californie, ndlr) et Kamala Harris. Mais une fois de plus, on doit faire très attention avec ces sondages parce que plein de candidats ne se sont pas encore vraiment présentés. Et il ne faut pas oublier que même si dans quelques mois, on a une vingtaine de candidats, quand les primaires commencent, on va probablement se retrouver avec 4 ou 5 candidats au grand maximum qui ont des chances de gagner la primaire."
Sans oublier les surprises, "comme on avait eu avec Barack Obama en 2008, un candidat qui sort de quasi nulle part et qui s’impose."
Le problème, c’est qu’à l’heure qu’il est, tout ce petit monde refuse de se parler.
Quels que soient les candidats, Romuald Sciora estime qu’il faudra tenir compte de la percée des démocrates de gauche et que tous les courants du parti sont condamnés à s’entendre.
"Si vous avez un candidat de la gauche radicale tout en haut du ticket, vous n’aurez absolument pas le soutien des démocrates de droite, des indécis et encore moins des républicains modérés qui auraient pu voter pour un démocrate au lieu de voter pour JD Vance. Si vous avez, par contre, quelqu’un comme le gouverneur de Californie, Gavin Newsom ou Josh Shapiro de Pennsylvanie sont assez marqués au centre droit et pourraient faire figure de repoussoir pour une grande partie de l’aile gauche du Parti démocrate. Le problème, c’est qu’à l’heure qu’il est, tout ce petit monde refuse de se parler."
Le parti démocrate a gagné les midterms mais un succès à la présidentielle de 2028 est loin d’être assuré. Rien ne dit que les démocrates réussiront à finaliser tous leurs chantiers. Rien ne dit que les républicains ne pourraient pas garder la Maison blanche. Par le passé, des présidents battus à mi-mandat ont réussi à se maintenir à la Maison blanche. Il est donc encore bien trop tôt pour parier pour un camp ou pour un autre.
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