La collection de René Homier-Roy entre au Musée d’art de Rouyn-Noranda
La vingtaine d’œuvres d’art du défunt animateur, critique culturel et amoureux du cinéma René Homier-Roy a pris le chemin de l’Abitibi. C’est son amour pour le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) qui a convaincu sa succession de laisser ses Guido Molinari, Claude Tousignant, Serge Lemoyne et autres Fernand Leduc trouver leur dernier repos dans l’écrin nordique du Musée d’art de Rouyn-Noranda.
« Je ne sais pas combien de fois il est allé au festival, mais il m’en parlait chaque fois qu’il en revenait », lâche au bout du fil Pierre Giguère, ami, comptable et liquidateur de sa succession. « Il était surpris du fait qu’il y ait autant de cinéphiles dans cette petite ville et de la chaleur des gens qu’il rencontrait là-bas. Il était ému de ça. »
Les indications du défunt sur la manière de disposer de sa collection n’étaient pourtant pas si claires, poursuit M. Giguère, qui les résume ainsi : « donner les œuvres d’art à un organisme muséal ». « J’ai tout de suite pensé au Musée d’art de Rouyn-Noranda, parce qu’il avait une connexion avec cette ville. »
Mais encore fallait-il répertorier les œuvres — une tâche « pas toujours évidente », selon Pierre Giguère, qui précise avoir fait appel au directeur général de la Société des musées du Québec, Stéphane Chagnon, pour l’accomplir. « Des fois, [il y avait des informations] sur le dessus, des fois à l’endos. Il a travaillé pour identifier les œuvres, pris des dimensions », explique-t-il, précisant qu’une fois consigné dans un seul document, l’inventaire a été acheminé au Musée d’art de Rouyn-Noranda.
Un beau problème
Ce genre d’offres a priori alléchantes, l’institution muséale rouynorandienne dit en recevoir entre 200 et 250 par année. Mais la majorité doivent être refusées, explique son directeur général et conservateur en chef, Jean-Jacques Lachapelle, en raison du manque d’espace et de la capacité limitée de son équipe, qui gère déjà une collection de près de 2500 œuvres.
« Il y a toujours quelque chose de délicat quand on travaille avec des gens qui veulent faire un don », précise M. Lachapelle, rappelant que l’époque est aux « baby-boomers qui commencent à se défaire de leurs collections ». « L’enjeu est d’abord : est-ce qu’on peut l’accueillir ? Est-ce qu’on est en mesure d’en assurer la conservation ? »
Les œuvres léguées par René Homier-Roy sont toutefois cohérentes avec la mission que s’est donnée le jeune musée, dont la vocation remonte à peine à 2017, poursuit Jean-Jacques Lachapelle.
L’un des axes de cette mission est celui de l’art local — d’artistes locaux, bien sûr, mais aussi de ceux qui embrassent l’imaginaire des grands espaces du Nord-Ouest québécois et du Nord-Est ontarien. « On génère quelque chose localement, dans nos cercles concentriques. On va continuer à documenter ça », dit Jean-Jacques Lachapelle, qui note aussi que cette étendue recoupe pratiquement le territoire anichinabé. Dans cette posture géographique, il est d’ailleurs difficile d’éviter l’art autochtone. Et la « conséquence de travailler avec les Autochtones », c’est de s’intéresser aux représentations des Amériques.
De plus, « quand on veut travailler avec une collection, il faut qu’elle dise quelque chose. Vu qu’on est très loin des grands centres — à la même distance de Montréal que de Toronto —, on ne s’est pas seulement concentrés sur l’art contemporain », explique-t-il. D’ailleurs, « pour les jeunes, ça peut être intéressant de découvrir des noms qui font partie de l’histoire de l’art du Québec », fait valoir Jean-Jacques Lachapelle.
Donner accès à l’art
La mission du Musée d’art de Rouyn-Noranda, détenteur de la « première réserve ouverte au public » du Québec, est aussi de mettre la population en contact avec les œuvres. De multiplier les occasions de lui présenter ses collections. Et de lui donner accès aux coulisses.
« On a rencontré les gens du Musée d’anthropologie de Vancouver, initiateur de la première réserve ouverte au public au Canada. Ils sont rendus à mettre les conservateurs en contact avec les publics même quand ils font de la restauration. Parce que le public aime voir ces détails-là », explique M. Lachapelle.
Le « déballage » de la collection d’œuvres léguée par René Homier-Roy a donc eu lieu devant la trentaine de curieux ayant répondu présents à l’invitation du musée, lancée à quelques jours d’avis. « Je n’avais pas le courage de la déballer seul, avoue Jean-Jacques Lachapelle. Et comme on ne savait pas ce qu’il y avait dans chaque boîte, il y avait une sorte de plaisir qui pouvait peut-être être partagé avec les gens. »
Leduc, Tousignant, Molinari, Lemoyne
Ahurissement, incrédulité, applaudissements : voilà de quoi étaient faites les réactions des gens réunis dans la grande salle du musée pour découvrir les œuvres des Plasticiens et autres chercheurs de couleurs du Québec déballées par un Jean-Jacques Lachapelle affublé de gants blancs.
Le peintre Fernand Leduc, signataire de Refus global, marque d’ailleurs particulièrement bien ce passage à la couleur, selon lui. « Il faisait partie des Automatistes, mais il est allé franchement vers la génération qui suit, les Plasticiens, avec des œuvres très géométriques. Tousignant, Molinari : ce sont les premières œuvres de notre collection aussi, donc ça revêt une certaine importance », dit-il.
Le conservateur du musée se dit fébrile de présenter toutes ces œuvres plus largement au public — y compris la toile de l’emblématique série Bleu, blanc, rouge de Serge Lemoyne, qui sied si bien à la ville de hockey.
Si la collection René-Homier-Roy (tout comme l’expérience multimédia Mixtape, portant sur l’univers musical du cinéaste Jean-Marc Vallée) peut déjà être vue par les Rouynorandiens, son inauguration aura lieu le 30 octobre prochain en présence des proches du défunt. À la veille de la soirée d’ouverture du FCIAT, qu’il aimait tant…
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.