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Tuesday, October 6, 2026

«Il est essentiel de sécuriser les lycéens», pour Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance

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Alors que les mobilisations lycéennes se multiplient et que la répression violente des forces de l'ordre s'intensifie, Agnès Pannier-Runacher – députée Renaissance du Pas-de-Calais et co-responsable du programme de la campagne de Gabriel Attal – appelle au retour au calme. « On ne devrait pas exposer des lycéens à ce type de violence ». L'ancienne ministre reconnaît aussi que « personne n’est au-dessus de la loi », tout en affirmant que les violences policières feront l’objet d’enquêtes. Sur le fond, elle dit vouloir répondre aux revendications des jeunes, notamment sur le manque de professeurs, les inégalités entre établissements et l’avenir face à l’intelligence artificielle et au dérèglement climatique. Elle plaide enfin pour « une loi de programmation de l’éducation nationale » à partir de 2027 et pour un effort budgétaire « juste » et « le mieux réparti ».

RFI : Les blocages et les manifestations se multiplient en France pour la journée de mobilisation lycéenne. Un adolescent a perdu une main à Lens, un autre a perdu un œil, il y a eu aussi des mâchoires fracturées, et tous sont des mineurs. Comment peut-on en arriver là dans un pays démocratique lors d'une mobilisation lycéenne ?

Agnès Pannier-Runacher : Vous savez, moi je suis une mère de trois enfants, plus un quatrième qui est aujourd'hui en sixième, qui est celui de mon compagnon. Et la première chose que cela m'inspire, c'est de la désolation et de la tristesse, parce qu'on ne devrait pas exposer des lycéens à ce type de violence. Et j'appelle tous les adultes, parce que nous avons une responsabilité, à faire en sorte de revenir au calme et de ne pas mettre en danger, de s'assurer que ces lycéens ne se mettent pas en danger dans le cadre de leur mobilisation. Et je ne suis pas dupe effectivement qu'il y a des éléments extérieurs qui soufflent sur les braises, des black blocks, qui mettent dans la main des lycéens des mortiers d'artifice, et tout ça est très dangereux, et donc il faut effectivement recadrer ça.

Mais quand on a 5 060 gardes à vue en deux semaines, dont 4 400 mineurs, est-ce que vous trouvez ce chiffre normal pour une mobilisation lycéenne ?

Non, je ne trouve pas ce chiffre normal. Vous savez, j'ai manifesté lorsque j'étais lycéenne, et on avait déjà des black blocks infiltrés. Et effectivement, il est essentiel de sécuriser les lycéens. Et c'est une responsabilité de parent, c'est une responsabilité d'adulte. Et j'appelle aussi tous ceux qui soufflent sur les braises à arrêter de mettre les lycéens dans cette situation. Personne n'est au-dessus de la loi, pas plus ceux qui sont en train de violences sur les violences policières que les policiers. Et vous savez qu'il y a des enquêtes de l'IGPN [l'Inspection générale de la police nationale, NDLR] qui ont été lancées, et qu'elles seront strictement faites, parce que c'est une question de confiance entre nos lycéens et, je dirais, les représentants de l'État.

Mais il ne faut pas que ces violences occultent le fond du sujet. Il faut qu'on parle des revendications des lycéens. Parce que moi, c'est ce qui m'inquiète aussi, c'est qu'il faut parler des revendications des lycéens. Ces revendications pour avoir un avenir et une éducation qui soient à la hauteur de leur ambition. On entend les notions d'inégalité entre établissements. Votre reportage le montrait à l'instant. On a besoin de mettre plus de professeurs, de remplacer les professeurs et de rendre la carrière plus attractive pour les professeurs dans des lycées qui sont de la périphérie, qui sont moins recherchés aujourd'hui par les professeurs. Et c'est ce que nous portons avec Gabriel Attal.

Il y a aussi toute la notion de locaux dignes, c'est-à-dire, ça c'est une responsabilité, vous le savez, des régions. Et je salue les présidents de régions qui sont mobilisés pour améliorer les locaux, qui ont pris la mesure de ces difficultés. Et il y a les inquiétudes par rapport à l'avenir de nos jeunes face à l'intelligence artificielle. Et nous avons des propositions sur ça, face au dérèglement climatique, parce qu'il y a ça aussi dans l'inquiétude des lycéens.

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Toutes ces revendications des lycéens, elles ne datent pas de la semaine dernière : la génération des lycéens qui est en ce moment dans les rues, ce sont ceux qui sont nés en 2010, lors du pic démographique, dont la scolarité dans le secondaire a été marquée par des milliers de suppressions de postes, décidées justement par Emmanuel Macron. Alors, qu'est-ce que vous voulez répondre à ces jeunes qui disent qu'ils n'ont pas les moyens ? Est-ce que ça n'a pas été fait bien trop tard, cette feuille de route avec ces chantiers prioritaires ?

Alors, je rappelle que Gabriel Attal est le Premier ministre qui a le plus augmenté les moyens de l'éducation nationale en 2024 de ces 15 dernières années. Il faut remettre les chiffres en perspective. Et ce dont nous parlent les lycéens, c'est un problème de remplacement, c'est-à-dire que ce sont des professeurs dont le budget existe, mais qui ne sont pas face aux élèves, parce que les établissements qui les emploient ne sont pas suffisamment attractifs pour retenir ces professeurs. Il faut nommer la réalité des sujets. 

Car leur salaire n'est pas attractif...

Mais c'est ce que je vous dis. Là aussi, c'est Gabriel Attal qui a augmenté les salaires en démarrage de carrière. Ça n'était pas arrivé depuis des années. Vous saviez qu'il y avait le gel du point d'indice. En redonnant de l'attractivité au début de carrière, mais il faut continuer. Et aujourd'hui, un métier de professeur est un métier qui est sous-payé par rapport à la moyenne européenne. Il faut profiter du fait que nous avons une baisse de la démographie de nos élèves, pas pour faire des économies sur leur dos, mais justement pour réinjecter de l'argent, notamment dans la baisse du nombre d'élèves par classe et dans la revalorisation des salaires.

Mais dans le secondaire public, on a quand même moins d'enseignants qu'en 2008, alors qu'on a 250 000 élèves de plus. Puisqu'on parle de budget, est-ce que vous, vous êtes favorable à sanctuariser le budget de l'éducation nationale, même si ça signifie trouver des économies ailleurs ?

Moi, je suis surtout favorable à ce qu'à partir de 2027, on ait une loi de programmation de l'éducation nationale, avec le nombre d'enseignants, la trajectoire et les primes pour les enseignants pour qu'ils puissent aller dans les établissements qui ne sont pas les plus faciles, où on a besoin de professeurs expérimentés et qui restent dans la durée, et qu'on revalorise cette profession des professeurs. C'est une profession qui est essentielle pour notre pays, pour l'avenir des jeunes, et c'est ça aussi qui permettra de rétablir du respect de l'autorité dans les écoles et dans les lycées et les collèges, et qui permettra d'augmenter le niveau.

Une des principales critiques de ce budget, ce sont ces efforts qui sont demandés aux gens qui sont les plus fragiles, aux malades, à ceux qui sont en location avec le gel des APL, aux retraités qui ont des revenus modestes. Pourquoi ce n'est pas aux plus hauts patrimoines ou aux plus riches, aux ultra-riches, de faire un effort pour faire des économies ?

Écoutez, nous, le budget, on le prend tel qu'il nous est présenté aujourd'hui par le gouvernement. Ce qui ressort de ce budget, c'est que des choix ont été faits. Moi, je pense qu'au moment où les salariés ont une baisse de salaire, il faut effectivement qu'il y ait une contribution. Probablement que les retraités n'aient pas une augmentation automatique de leur retraite quand ils sont à des niveaux de retraite élevés, par exemple. Et je partage votre point de vue. L'effort, il doit être juste, il doit être le mieux réparti. Nous allons rentrer dans l'examen du budget. Il faut qu'on y voie un peu plus clair. Certains disent qu'il y a des augmentations d'impôts de l'ordre de 17 milliards d'euros, y compris qui touchent les plus aisés. D'autres disent le contraire.

Donc moi, je veux rentrer vraiment dans la réalité des chiffres et qu'on ne s'envoie pas des fausses informations à la figure, comme malheureusement j'en ai entendu ces derniers jours. Nous, ce que nous voulons, c'est d'abord un budget, parce que c'est une question de stabilité pour la France et de stabilité des taux pour les Français. Lorsque vous voulez acheter un logement, l'augmentation des taux qui touche l'État, ça touche aussi votre crédit logement. Donc vous le voyez tout de suite passer et ça vous rend impossible votre projet d'achat de logement.

Et puis, on sait que le budget sera corrigé en 2027 par celui qui gagnera la présidentielle. Donc je crois qu'il ne faut pas non plus surestimer l'importance de ce budget, et qu'il faut se concentrer pour construire une trajectoire à 5 ans et une trajectoire qui permette de remettre plus de justice sociale, mais effectivement d'apporter des réponses à ce qui est devant nous, et notamment sur l'éducation, à mieux investir sur les jeunes, alors qu'on a beaucoup investi sur les plus âgés ces dernières années.

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