France: la maison de l'Amérique latine menacée de disparition, un choc pour toute une communauté

C'est une institution parisienne qui est menacée de disparition. Fondée en 1946, la Maison de l'Amérique latine pourrait devoir quitter ses murs du boulevard Saint-Germain. En cause : la mise en vente par la Banque de France de cet immense hôtel particulier de 6 000 mètres carrés, estimé à 100 millions d'euros. Le nom du repreneur doit tomber fin novembre. Usagers, artistes et président de l'institution tentent le tout pour le tout.
Dans la grande salle de cet hôtel particulier du XVIIIe siècle, une soixantaine de personnes s'empressent dès l'entrée. Avant même que la soirée commence, les organisateurs appellent à signer la pétition en ligne contre la fermeture. Environ 30 000 signatures ont déjà été récoltées depuis son lancement. Ce soir-là, c'est Tribune Musicale, la soirée mensuelle de musique. Sur scène, un seul musicien prend place : Matias Gobbo, bandonéoniste argentin, qui joue de l'instrument emblématique du tango, est venu partager son art malgré un climat pesant.
Pour cet artiste, perdre ce lieu mythique du VIIe arrondissement de Paris serait un choc pour toute la communauté latino-américaine. « C'est très important, car c'est un lieu qui ouvre ses portes à toute l'expression culturelle latino-américaine : la musique, la danse, le théâtre ou les arts plastiques. Paris a toujours su accueillir cette culture, et il est essentiel que ces liens restent forts et ne soient pas rompus », explique-t-il.
Le public aussi apprécie cet espace de liberté et de rencontres. Ce soir, se trouvent dans la salle des habitués de longue date et des visiteurs plus récents. Naiva, anthropologue brésilienne, ne cache pas son inquiétude : « C'est un espace très important et significatif. Il permet le dialogue. Nous sommes l'Amérique latine à Paris, et c'est fondamental de présenter toute cette richesse musicale. Il faut que cette maison continue à exister. »
Un sentiment partagé par ces deux habitués. « Ça me rend très triste et très déçue. Depuis des années, c'est une institution pour les personnes qui habitent ici », regrette Célinda. « Ça fait 15 ans que je viens ici chaque mois. La Maison de l'Amérique latine couvre un large champ culturel qui est inimaginable. Je n'arrive pas à comprendre qu'on arrive à se priver de tout cela, de toute cette variété, du Mexique aux Caraïbes. C'est le seul endroit à Paris où l'on a une vision transversale de l'Amérique latine », déclare un habitué.
La réalité du marché immobilier
Mais face à l'attachement culturel, la réalité du marché immobilier s'impose avec brutalité. Le site est quasi autofinancé et ne coûte presque rien à l'État, mais ses 6 000 mètres carrés et son jardin d'un hectare, en plein cœur de Paris, appartiennent à la Banque de France qui veut vendre. Prix estimé : 100 millions d'euros.
Les locaux qu'elle abritait sont en vente. Il s'agit de deux superbes hôtels particuliers. Oscar, animateur bénévole de la Tribune Musicale, explique qu'il y a « une offre, celle du gestionnaire actuel du restaurant de la Maison de la América Latina, qui s'est proposé de garder la maison sur place ». « Mais cette offre est bien en dessous de l'estimation des 100 millions pour la vente de ces locaux. Ça serait vraiment dommage qu'un espace culturel aussi important disparaisse du jour au lendemain », poursuit-il.
Du côté de la direction, la pilule ne passe pas. Jean-Marc Laforêt, le président de la Maison, dénonce un choix purement financier de la Banque de France, en contradiction totale avec la diplomatie française – Emmanuel Macron s'est rendu à plusieurs reprises en Amérique du Sud ces dernières années.
« Entre les premières discussions avec la Banque de France et la situation actuelle, il y a eu un glissement, privilégiant la logique financière et immobilière aux considérations politiques et diplomatiques. L'Amérique latine, qui semble être une priorité de la diplomatie française, verra disparaître son unique espace dédié depuis 80 ans. Les ambassadeurs sont déçus, ils ne perçoivent pas cela comme un signe d'amitié », déplore-t-il.
Le nom du futur propriétaire sera connu fin novembre. S'il ne renouvelle pas le bail, l'institution de 80 ans devra quitter ses murs et remettre en cause toute son activité culturelle.
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