Fraude de 1,6 million de dollars | Un pirate informatique condamné à trois ans et demi de pénitencier

Un pirate informatique qui a commis une fraude de 1,6 million de dollars, infecté 1500 ordinateurs et volé des centaines d’identités a été condamné à trois ans et demi de pénitencier. L’usurpation d’identité est un « fléau » et doit être suffisamment punie pour dissuader les criminels, selon la juge.
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« Le genre de stratagème frauduleux exploité par le délinquant emporte un coût sociétal faramineux, qui force toute la société civile à mettre en place des mesures de protection complexes. Ce type de criminalité insécurise tous les citoyens et en fait des victimes indirectes », a affirmé la juge Nadia Bérubé, de la Cour du Québec.
Jeffrey Kenol, un Montréalais de 38 ans, espérait s’en tirer avec une peine moindre de deux ans de prison en raison de ses problèmes de santé mentale. Le délinquant souffre d’un trouble schizoaffectif de type bipolaire. Cependant, « la maladie mentale n’explique pas tout et ne peut servir de justificatif » pour ce crime, a tranché la juge.
« Le délinquant avait toutes ses facultés lorsqu’il a décidé d’investir 1000 $ afin de récupérer 1,6 million de dollars », a conclu la juge, la semaine dernière, au palais de justice de Montréal.
En 2019, Jeffrey Kenol était bien équipé pour exécuter ses stratagèmes frauduleux. Il détenait des trousses d’hameçonnage imitant plus d’une dizaine de banques et de plateformes de paiement. Il consultait d’ailleurs souvent les données bancaires de ses victimes.
Les policiers ont trouvé dans son ordinateur plus de 2 millions d’adresses courriel, 1,6 million de numéros de téléphone, 886 numéros de comptes bancaires, 964 numéros de cartes de crédit et 109 numéros d’assurance sociale. Il a aussi infecté des centaines d’ordinateurs au Canada avec des programmes malveillants.
Jeffrey Kenol a frappé son grand coup en ciblant une plateforme spécialisée dans la gestion des paiements de loyers. Pour ce faire, il a créé une entreprise immobilière fictive à l’aide d’une identité volée. Il prétendait gérer un complexe immobilier à Montréal. Il a réussi à conclure une entente commerciale avec sa victime.
En quelques jours, en mai 2019, il a soutiré 1,6 million à sa victime avec de faux débits préautorisés. Il a transféré 1 million de dollars vers son compte personnel. Heureusement, les fonds ont presque entièrement été récupérés par la victime.
Au moment de commettre sa fraude, Jeffrey Kenol était « détenu » à la maison pour une affaire d’entreposage négligent d’une arme à feu.
Même si l’entreprise victime a récupéré ses fonds, elle a subi d’importants dommages collatéraux. « Le temps et l’attention considérables nécessaires pour faire face à cette fraude ont engendré à l’entreprise des coûts d’opportunité significatifs », a indiqué la juge Bérubé.
Il est « déçu de s’être fait prendre », selon la juge
Devant la cour, Jeffrey Kenol s’est décrit comme un cancre en informatique. « Tout ce que je sais faire, c’est d’aller sur YouTube », a-t-il témoigné. La juge ne l’a pas cru une seconde.
« Il explique ce que sont les bots, le prix qu’il faut payer par ordinateur infecté, le virus “à signer”, le “back door” et le “ransomware”. Il admet également être courtisé pour son “expertise par un membre de sa famille” », a conclu la juge.
La magistrate a relevé de nombreux facteurs aggravants à l’égard du délinquant, dont l’ampleur et la complexité de la fraude, son risque élevé de récidive et son laxisme dans le respect de ses conditions.
De plus, Jeffrey Kenol n’a pas « véritablement » de remords, observe-t-elle.
Le Tribunal a la nette impression que le délinquant est davantage déçu de s’être fait prendre et, en conséquence, de ne pas avoir réussi à engranger le pactole escompté.
Son plaidoyer de culpabilité demeure un important facteur atténuant, selon la juge. De plus, il a amorcé sa réhabilitation en purgeant récemment une peine de pénitencier pour une affaire d’arme à feu. N’eût été cela, la juge lui aurait imposé une peine plus sévère.
« Au dossier de la Cour, on indique que le délinquant a tendance à se procurer des armes lorsqu’il est instable sur le plan de sa santé mentale », a retenu la juge.
Ainsi, la juge Bérubé a conclu qu’une peine de trois ans et demi était adéquate. Celle-ci se situe « au milieu » des peines généralement imposées dans des cas similaires. La Couronne réclamait cinq ans de pénitencier.
Me Sarah-Audrey Daigneault a représenté le ministère public, alors que Me Gaétan Bourassa a défendu le délinquant.
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