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Monday, September 28, 2026

Espagne: Maricarmen Abascal retrouve son logement alors que la mobilisation pour un décret-loi continue

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L'avocat de Maricarmen Abascal, l'octogénaire devenue symbole de la crise du logement, a annoncé ce 28 septembre qu'elle pourrait retrouver son habitation, alors que se déroule la troisième nuit consécutive sous les tentes à la Puerta del Sol en plein centre de Madrid. Les manifestants maintiennent la pression sur le gouvernement alors que va être présenté au Parlement le décret-loi sur le logement.

Maricarmen Abascal, la retraitée espagnole de 87 ans dont l'expulsion de son logement madrilène a déclenché des manifestations à l'échelle nationale contre la crise du logement dans le pays, peut y retourner après un accord conclu avec les propriétaires du bien, a déclaré lundi 28 septembre son avocate. « Si l'accord que nous avons conclu est signé, ce sera évidemment une issue meilleure et plus heureuse pour tout le monde », a déclaré Beatriz Duro aux journalistes, en ajoutant qu'il pourrait « contribuer à changer le paradigme en matière de logement en général ».

À quelques heures de la présentation au Parlement du décret-loi sur le logement promis par le gouvernement socialiste, la tension monte à la Puerta del Sol, relate notre correspondante à Madrid, Diane Cambon. Les assemblées s’enchaînent entre les tentes quechuas et les activistes mettent la barre très haute pour obtenir des solutions à la crise du logement.

Paco, qui fait partie du syndicat des locataires, à l’origine de la mobilisation, estime que le bras de fer avec le gouvernement ne fait que commencer. « Avec l’expulsion de Maricarmen, nous avons vu comment notre propre grand-mère, notre mère ou nous-mêmes, on pouvait être dans une situation de grande précarité », explique-t-il. « Si le gouvernement ne présente pas de solutions claires et ambitieuses, on envisage une paralysie générale du pays avec une grève des loyers pour défendre la population, on se sent armé de force et prêt à lutter pour obtenir des changements radicaux. »

Comme de nombreux militants, qui ont vécu le mouvement des indignés il y a onze ans, Paco espère des faits concrets et ne croit plus aux belles paroles. « Le décret-loi, c’est une bonne chose s’il est approuvé, mais cela ne va servir à rien si cela n’est pas appliqué. On ne veut plus de belles promesses. C’est pour cela que nous sommes ici à camper. Nous voulons aller plus loin, notamment en mettant fin aux expulsions, et nous voulons voir une véritable politique de logement public », martèle-t-il.

Le syndicat des locataires exige également des contrats de location indéfinis et le gel des prix des loyers. Deux conditions qui ne font pas l’unanimité au sein de la coalition gouvernementale et pourraient faire capoter le si attendu décret-loi.

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À Barcelone, la contestation ne retombe pas

La semaine dernière, le mouvement de contestation s'est étendu à Barcelone. La colère ne retombe pas malgré les messages envoyés par le Premier ministre ce lundi, rapporte notre correspondante à Barcelone, Elise Gazengel. Ils sont en ce moment des milliers de personnes qui coupent la circulation de la diagonale. C'est le principal axe d'entrée et de sortie de la ville face au Palais des Congrès, où Pedro Sanchez donne un discours.

« Ils crient : Maricarmen, tu n'es pas seule ». Et même si ce symbole de cette crise est une octogénaire, ici, il y a beaucoup de jeunes. Une jeune doctorante a dit qu'elle réclamait simplement le droit de vivre où elle est née. Cette mobilisation ne faiblit pas, même si Pedro Sanchez a essayé de calmer cette colère en envoyant plusieurs messages aujourd'hui à Barcelone ce midi en expliquant que son gouvernement va agir sur le sujet du logement, ou encore cet après-midi avec une visite à Barcelone, de la construction de 42 nouveaux appartements sociaux.

Ces annonces ne répondent pas aux revendications des manifestants ici, qui nous disent vouloir absolument une mesure concrète, notamment la mise en place de baux locatifs renouvelables indéfiniment. Pedro Sanchez doit toutefois convaincre une majorité de députés aussi parce que même s'il approuve un décret demain, ce texte devra passer au Congrès. Personne ne sait encore le contenu du texte et si le socialiste écoutera finalement la colère de la rue.

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L'affaire Maricarmen Abascal remet en lumière la question du logement

En 10 ans, les prix des loyers ont doublé en Espagne et la tendance ne ralentit pas : à Madrid, ils ont encore flambé de plus de 10 % depuis 2025, dépassant les 1 700 euros pour un 75 m². De plus en plus de locataires consacrent donc près de la moitié de leur budget au logement, car les salaires sont loin de suivre cette inflation alimentée par la spéculation immobilière : la capitale espagnole fait partie des villes européennes les plus prisées des investisseurs.

La mobilisation autour de Maricarmen Abascal illustre ainsi le ras-le-bol des Espagnols, alors que le gouvernement peine à encadrer cette explosion des prix. Mais le défi est immense : la crise des années 2008-2010 a mis à terre le secteur immobilier qui depuis n'a pas retrouvé son niveau antérieur de production. Il manque ainsi un million de logements pour satisfaire la demande dans les grandes zones urbaines. Sans parler de la pression que fait peser la présence massive de meublés touristiques dans de nombreuses grandes villes : à Barcelone, jusqu'à 45 % des appartements ont été inscrits sur Airbnb.

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Un phénomène qui s'étend à toute l'Europe

L'Espagne n'est pas seule à subir une telle crise du logement. Elle sévit dans toute l'Europe et s'est aggravée depuis la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid. Il aurait fallu 2,5 millions de logements supplémentaires l'an dernier pour satisfaire la demande en hausse des ménages et des étudiants européens. Mais la construction a ralenti depuis la crise de 2008. Celle du Covid a renchéri les matériaux, retardé les chantiers et raréfié la main-d'œuvre dans le bâtiment.

Le parc privé existant, lui, est de plus accaparé par les locations touristiques de courte durée de type Airbnb – jusqu'à 90 % des logements dans l'hypercentre d'Athènes. Alors que le parc social, quand il existe, est débordé et qu'avec la hausse des taux d'intérêt, beaucoup de locataires ne peuvent pas devenir propriétaires. Le marché locatif européen se resserre dangereusement et les loyers augmentent beaucoup plus vite que les salaires. Selon la fondation Eurofound, 6 % des locataires européens s'estimeraient menacés de quitter leur logement dans les 3 mois, parce qu'ils ne peuvent plus le payer.

Confrontés à une hausse de plus de 60 % des loyers en 10 ans, les maires de quinze grandes villes européennes, d'Amsterdam à Budapest, en passant par Paris, Rome, Zagreb et Varsovie, ont constitué une alliance pour interpeller la Commission européenne. Cette dernière n'a pas la compétence des États, mais elle s'est engagée à limiter l'incidence des locations touristiques, à débloquer les investissements dans la construction et à remédier aux pénuries de main-d'œuvre dans ce secteur.

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