Après l'ISS, une nouvelle ère se dessine : voici où pourraient vivre les prochains astronautes européens

Lors du du 77e Congrès international d'astronautique qui se tenait à Antalya, en Turquie, l'Agence spatiale européenne (ESA) a signé un protocole d'accord avec la société américaine Vast, dans la continuité d'un premier texte conclu en 2024 à Berlin, lors du salon ILA. Ce nouveau document le remplace et en élargit le périmètre : vols habités, science, technologie et commercialisation. Il s'inscrit dans les préparatifs de l'ESA en vue de la fin de vie et de la désorbitation de la Station spatiale internationale (ISS), initialement prévue en janvier 2031 mais dont l'échéance devrait être repoussée.
La coopération entre les deux entités est déjà tangible. « L'ESA et Vast collaborent déjà sur quatre missions habitées vers la Station spatiale internationale et Haven-1 prévues pour 2027, y compris la première mission habitée vers la station Haven-1,», tient à préciser Max Haot, P.-D.G. de Vast. « Ce protocole d'accord va au-delà de ces missions et se projette dans l'ère post-ISS. Nous concevons la station Haven afin de garantir à l'ESA, à ses astronautes et à ses scientifiques un accès continu à l'orbite basse, siège d'une future économie, tout en poursuivant la solide collaboration internationale qui a caractérisé la Station spatiale internationale », souligne t-il.
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Concrètement, ce protocole fournit un cadre pour une collaboration potentielle sur plusieurs volets :
- des missions d'astronautes européens à bord de la station Haven, actuellement en développement ;
- l'utilisation de Haven par l'ESA : campagnes de recherche définies conjointement, espaces dédiés à la science, capacités de chargement et de déchargement, temps d'équipage ;
- des équipements ou des contributions européennes à l'infrastructure spatiale de Vast ;
- des échanges d'informations en vue de permettre à de futurs véhicules européens de ravitaillement et de transport d'équipage de desservir la station.
Une destination en orbite pour l’Europe
Pour l'Europe, l'enjeu est double. Dépourvue de station propre, elle doit garantir à ses astronautes des opportunités de vol et à ses chercheurs un accès continu à l'orbite basse. Comme l'a souligné Daniel Neuenschwander, directeur de l'exploration humaine et robotique, il s'agit d'être prêt lorsque la coopération autour de l'ISS prendra fin.
Les intérêts de Vast
Pour la société californienne, la signature d'une agence spatiale de premier plan constitue une légitimation précieuse sur un marché des stations commerciales très concurrentiel. Elle lui permet d'afficher sa crédibilité technologique auprès des investisseurs et des partenaires, tout en préfigurant l'émergence d'un client institutionnel de long terme.
Plusieurs questions demeurent sans réponse : le financement et le modèle économique, la maturité technique de Haven, le cadre juridique applicable aux astronautes et équipements européens à bord d'une station privée, ainsi que la réalité du programme de véhicules européens. Le véritable test sera la conversion de ce protocole en accords contraignants, assortis d'engagements budgétaires et techniques précis, probablement tributaires des arbitrages des États membres de l'ESA. Rien n'est cependant moins sûr : l'agence hésite depuis plusieurs années sur l'opportunité de se doter d'une infrastructure habitée en orbite basse, ainsi que d'une capacité autonome de ravitaillement et de desserte.
Cela dit, cet accord constitue un signal politique positif et une démarche prudente, peu coûteuse et réversible. Il confirme une orientation stratégique de l'Europe vers le modèle commercial en orbite basse, tout en laissant ouvert l'ensemble de ses options. Les conclusions de l'étude de faisabilité, attendues dans les trois prochaines années, diront si ce partenariat est appelé à devenir un pilier de la présence européenne dans l'espace après l'ISS.
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