Votre âge ne dit peut-être pas tout sur votre vieillissement : le microbiote fait mieux sur la plupart des marqueurs étudiés

C'est aujourd'hui parfaitement documenté. L'inflammation chronique dite « de bas grade » est une réaction immunitaire silencieuse et persistante qui endommage les tissus sains et fait le lit de diverses pathologies chroniques, dont les maladies cardiovasculaires, le diabète et l'obésité.
Quels sont les vrais moteurs de l’inflammation ?
Cette inflammation à bas bruit - caractérisée par une augmentation de plusieurs biomarqueurs comme la protéine C-réactive (CRP), l'interleukine 6 (IL-6) ou le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α) - se développe progressivement dans l'organisme à mesure que l'on vieillit. On parle ainsi parfois d'« inflammaging », mot qui vient de la contraction de « inflammation » et de « aging » (vieillissement en anglais).
Elle est influencée par différents facteurs parmi lesquels on retrouve le mode de vie, la génétique, le métabolisme, ou encore la composition du microbiote intestinal dont les effets sur la réponse immunitaire et le métabolisme sont aujourd'hui bien connus.
Et si le vrai problème du vieillissement, ce n’était pas l’âge mais la façon dont on vit aujourd’hui
On croyait l’inflammation chronique liée à l’âge inévitable. Mais dans certaines populations reculées, elle ne suit pas du tout le même schéma. Une étude menée auprès de peuples vivant loin du confort moderne remet en question l’idée même de « vieillissement inflammatoire ». Il se pourrait que l'âge ne soit pas le seul problème.... Lire la suite
Mais qu'est-ce qui joue le plus dans le processus d'inflammaging et donc le risque ultérieur de maladie : le vieillissement - donc l'âge -, la composition du microbiote... ou bien les deux en même temps ?
Pour le savoir, des chercheurs danois de la Technical University of Denmark ont recruté 1 199 adultes faisant partie de la cohorte de la Danish Study of Functional Disorders. À partir d'échantillons de selles, ils ont analysé la composition du microbiote intestinal de l'ensemble des participants. Ils ont également prélevé chez chacun des échantillons de sang pour mesurer 30 marqueurs de l'inflammation (cytokines), ainsi que 19 marqueurs biochimiques et physiologiques permettant d'évaluer leur risque de maladies liées au vieillissement. Objectif : déterminer s'il existait des liens entre ces quatre grands paramètres.
Les individus qui présentaient une plus grande diversité de bactéries intestinales avaient moins d’inflammation et un risque réduit de maladie ultérieure. © A2Z AI, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Le microbiote prédit mieux les maladies que l’âge
Publiés dans Nature Communications, les résultats montrent que la composition du microbiote intestinal explique une part de variance plus importante que l'âge pour 97 % des cytokines et 84 % des paramètres physiologiques.
Il apparaît notamment que la composition du microbiote intestinal offre une capacité de prédiction robuste et généralisable pour la majorité des cytokines plasmatiques et des paramètres physiologiques.
Selon les chercheurs, les individus présentant un profil de microbiote intestinal déséquilibré, caractérisé par une surreprésentation des bactéries du genre Bacteroides et une faible diversité microbienne présentaient :
- des taux plus élevés de cytokines pro-inflammatoires et des profils métaboliques plus défavorables dès le début de l'âge adulte ;
- des signes d'inflammaging jusqu'à 37 ans plus tôt que les porteurs d'autres profils de microbiotes ;
- un risque accru de survenue ultérieure de maladies touchant divers systèmes organiques.
Le profil de cytokines inflammatoires élevées chez eux pourrait expliquer en partie leur risque accru de développer une maladie sur une période allant jusqu'à 9 ans.
La fontaine de jouvence n’est pas un mythe : elle vit en nous, dans notre microbiote, selon le Pr Bill Sullivan, professeur de microbiologie. Le maintien d'un microbiote jeune favorise un vieillissement en bonne santé et la longévité. Voici comment en prendre soin.... Lire la suite
En revanche, les individus qui présentaient une plus grande diversité de bactéries intestinales, c'est-à-dire un microbiote enrichi en certains taxons comme Eubacterium siraeum, Lachnotalea, Paludicola et des membres de la famille des Ruminococcaceae, présentaient des taux plus faibles de marqueurs inflammatoires précoces ainsi qu'à un risque réduit de maladie ultérieure.
Des métabolites bactériens qui atténuent l’inflammation
Ces résultats confortent donc l'idée que l'âge n'est peut-être pas le seul facteur déterminant du vieillissement inflammatoire et concordent avec des études antérieures associant une grande diversité du microbiote intestinal à un vieillissement en meilleure santé.
On sait en effet qu'une plus grande diversité bactérienne est généralement associée à une production plus importante de métabolites appelés « acides gras à chaîne courte » que les bactéries produisent dans le côlon quand elles fermentent les fibres indigestibles. Connus pour renforcer l'intégrité de la barrière intestinale et atténuer l'inflammation intestinale, ceux-ci pourraient en effet contribuer à retarder ou à prévenir l'accélération du vieillissement cellulaire induit par l'inflammation, réduisant ainsi potentiellement le risque de développer des maladies liées au vieillissement.
Cette étude présente quelques limites, puisque les chercheurs une sous-représentation des individus en mauvaise santé et une surreprésentation de personnes âgées dont le microbiote intestinal était très diversifié, l'inflammation systémique moindre et la présence de maladie réduite. Quoi qu'il en soit, ses résultats mettent en évidence des associations solides entre la composition du microbiote intestinal, l'inflammation systémique, la physiologie de l'hôte et le risque ultérieur de maladie tout au long de la vie adulte. D'autres études devront cependant être menées avant de confirmer un lien de causalité.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.