Énergie, salaires, logement : de la Grèce à la Belgique, décryptage de la colère qui gagne l’Europe

Partout, les cortèges dénoncent la vie chère et un décrochage entre les prix et les revenus. Cette agitation trouve notamment sa source dans la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, qui durent et font grimper le prix du baril de pétrole, du gaz et du diesel. C’est principalement l’énergie qui a fait remonter l’inflation à 3,8% sur un an dans la zone euro en septembre. Or, selon la BCE, les salaires par tête n’ont progressé en moyenne que de 2,7%.
Pourquoi la crise de 2026 est-elle plus forte qu’en 2022 ?
Lors du premier choc inflationniste, en 2022, les ménages européens pouvaient s’appuyer sur deux amortisseurs : un coussin d’épargne Covid encore disponible et un marché du travail tendu, favorable aux hausses de salaires.
En 2026, le marché du travail s’est détendu et la progression des salaires ne couvre plus l’inflation, ce qui entraîne une nouvelle contraction du salaire réel. D’autant qu’en cinq ans, l’alimentation a renchéri de près de 35% dans l’Union. Cette crise sociale se nourrit donc de prix élevés, d’un nouveau choc inflationniste et d’un amortisseur social qui n’en est plus un.
Le logement, accélérateur de précarité
Le logement est la dépense que l’on ne peut pas réduire, et c’est celle qui grimpe le plus vite. Depuis 2010, selon Eurostat, les prix de vente ont augmenté de 55% dans l’Union et les loyers de près de 27%, alors que le revenu réel n’a progressé que de 20%. Pour un jeune adulte en Espagne ou au Portugal, un deux-pièces absorbe plus de 80% du salaire médian.
Les conséquences s’enchaînent : on reste chez ses parents, on bouge moins pour un emploi, on retarde l’arrivée d’un enfant. C’est ce qui fait du logement un véritable accélérateur de précarité.
Des États sans marge de manœuvre
Dans la rue, on demande donc des comptes aux responsables politiques. La crise du logement a déjà poussé l’Espagne vers des législatives anticipées. En Italie comme en Albanie, la gestion des deniers publics crispe les citoyens : les manifestants italiens rejettent des arbitrages budgétaires qui privilégient les dépenses de défense au détriment de la santé et de l’éducation.
Contrairement à la crise de 2020 ou au choc de 2022, les gouvernements répondent aujourd’hui que leurs marges de manœuvre sont bridées par des dettes publiques très élevées. Bloqués par la hausse des taux d’intérêt et la nervosité des marchés, les États ne peuvent plus distribuer de "boucliers tarifaires". Et face à une forte inflation, la Banque centrale européenne relève ses taux pour renchérir le crédit et refroidir l’économie. Mais ce remède renchérit aussi le crédit immobilier et pèse sur l’activité.
C’est dans cet écart entre le coût de la vie et les moyens d’y faire face que s’enracine une bonne partie de la contestation sociale européenne.
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