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Tuesday, October 6, 2026

«Renaud symphonique»: Morgane de lui depuis 50 ans

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En avance sur le 75e anniversaire de naissance du chanteur, le Québec rendra hommage à Renaud le 9 octobre à la Place des Ats et le 11 au Grand Théâtre de Québec avec un programme « symphonique » de ses chansons, interprétées par une quinzaine d’artistes, dont Diane Dufresne, Mara Tremblay et fiston Édouard, Luc De Larochellière, Keith Kouna, Édith Butler, Daniel Boucher et Marie-Jo Thério. Afin de lui redire qu’on l’aime — en personne puisqu’il doit assister aux représentations — et de le faire surtout pendant qu’il est encore temps. L’icône de la poésie militante a répondu par courriel à nos questions, et le chef d’orchestre et arrangeur Antoine Gratton nous a fait part de sa passion nouvelle pour le musicien.

« J’ai toujours apprécié la chaleur du public québécois, c’est un des meilleurs publics du monde », nous écrit Renaud, dont la santé fragile l’empêchait de nous répondre de vive voix. « J’aime le Québécois de la rue, son humour et sa spontanéité, sa bienveillance à mon égard. Une carrière n’est pas vraiment accomplie si l’on n’a pas le public québécois avec soi », avance-t-il.

Et Renaud a toujours pu compter sur le public d’ici, même ces dernières années, alors que l’homme n’avait manifestement plus la capacité de livrer de grandes performances sur scène, comme en témoigne sa dernière tournée chez nous, il y a deux ans. Le septuagénaire a néanmoins accepté l’invitation de Pascal Obispo de participer au concert Solidarité incendies pour venir en aide aux sinistrés du climat en France, poussant sur scène la note de Dès que le vent soufflera, entouré des collègues : « Quand il y a tellement de gens désespérés d’avoir tout perdu, la main tendue des artistes est indispensable », souligne-t-il.

Dans l’oreille de l’arrangeur

Cinquante ans qu’il est comme ça, Renaud. La chanson, d’accord, c’est beau, mais quand c’est utile, n’est-ce pas encore mieux ? Recruté à titre d’arrangeur et de chef de l’Orchestre national de jazz qui mettra ses talents au service de l’œuvre de Mister Renard, Antoine Gratton a véritablement découvert le travail du chanteur en lui faisant porter des orchestrations de son cru.

« À force de travailler sur les chansons, j’ai compris qu’il était impossible de passer à côté du texte et du propos parce que c’est très chargé, explique Antoine Gratton. Chez lui, le texte et la musique se servent mutuellement. Donc [avec mes arrangements], j’essaie de raconter l’histoire de la chanson d’une autre façon — car, veut, veut pas, ces chansons sont très musicalement datées dans l’esthétique, dans le son. Il y a le Renaud des années 1970, celui des années 1980, des années 1990, et ça, on l’entend tout de suite. J’essaie de planter de petits clins d’œil [dans les arrangements] parce que les gens y sont attachés. »

De son propre aveu, Antoine Gratton ne connaissait qu’en surface l’œuvre de Renaud. « J’ai découvert des trésors de chansons, ainsi qu’un personnage attachant » et un talent de mélodiste « efficace ». « On retient une mélodie sans vraiment la retenir, c’est-à-dire que la mélodie n’est pas la vedette de la chanson. Elle sert le texte, elle sert sa prosodie, la cadence, très particulière », du chanteur Renaud, note-t-il.

« Moi, je suis un grand fan de Brel, explique Antoine Gratton. Or, en travaillant sur ce spectacle hommage, je n’ai pas pu m’empêcher de les comparer, mélodiquement. Chez Renaud, la mélodie est souvent répétitive dans une même chanson : il pose un thème, raconte son histoire en plusieurs couplets, et c’est toujours un peu la même mélodie qui est répétée. Brel fait souvent ça, comme si la mélodie devenait le fil conducteur de la chanson. Je suis allé chercher dans mon amour pour Brel comment poser les bons repères dans mes orchestrations pour Renaud. »

Les grandes et les perles

Le choix du répertoire a été déterminé par le metteur en scène, Yann Perreau, « fan fini de Renaud, et fin connaisseur de son œuvre », affirme Antoine Gratton. « On garde les classiques de Renaud, en y ajoutant quelques perles méconnues. » Au hasard, on énumère : Mistral gagnant, ça va de soi, non ? « Cette chanson appelle un grand orchestre », reconnaît Antoine Gratton. Au contraire de son premier succès Laisse béton, « que je n’avais pas le choix de réinventer un peu, d’amener ailleurs sur le plan orchestral, tout en préservant l’attitude de Renaud, car, lorsqu’on l’entend chanter, on sent tout de suite s’il est fâché, triste ou heureux. Il est transparent dans ses émotions. »

Quant aux perles cachées, Renaud a des suggestions : « J’aurais beaucoup aimé entendre en version symphonique P’tite conne, La blanche, Le sirop d’la rue, par exemple. Des chansons qui sont moins connues du grand public, mais qui ont une place très précieuse à mes yeux dans mon répertoire et dans mon cœur. » On ignore si elles seront au programme, mais Antoine Gratton nous confirme que Miss Maggie y sera, confiant même « qu’elle fut assez difficile à orchestrer. Comme aussi La mère à Titi — je ne sais pas pourquoi celle-là. Tu sais, ce sont toutes comme de petits films, ces chansons-là ; au bout du compte, il faut juste trouver la bonne musique » pour accompagner les images.

« Miss Maggie, c’est mon bel hommage aux femmes », affirme Renaud (à part peut-être Madame Thatcher, évidemment !). « J’affectionne aussi beaucoup Son bleu, ode à la classe ouvrière, et aussi La médaille, car c’est une chanson d’une rare impertinence, et ça, j’aime bien. »

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