I Musici «avance avec prudence»
Jeudi à 18 h, à l’Espace Jax, s’ouvrira, avec le concert sans entracte Soleil de Florence, la saison 2026-2027 d’I Musici de Montréal. L’ensemble instrumental, fondé il y a 43 ans par Yuli Turovsky et secoué par de fortes turbulences ces trois dernières années, se stabilise dans une nouvelle organisation.
Il y a un an, Le Devoir faisait le point avec les violonistes Julie Triquet et Amélie Benoît-Bastien sur le fonctionnement d’I Musici nouvelle manière : un ensemble sans chef où les musiciens assumaient tous les rôles, tant sur scène qu’à l’administration et dans le conseil d’administration.
Cette refonte complète était vitale. « C’est sûr qu’avec la crise d’il y a deux ans et la coupe de 62 % de nos subventions [du Conseil des arts et des lettres du Québec, CALQ], nous avançons maintenant avec prudence », résume aujourd’hui Julie Triquet.
Des changements ont toutefois été apportés. Le virage vers ce que nous avions qualifié de « kolkhoze musical » — après l’éviction du directeur musical Jean-François Rivest, la démission du CA et le départ de l’équipe administrative — s’avère aujourd’hui moins radical. C’est le bilan de cette année d’expérience qui retient l’attention.
Enjeu administratif
Le changement le plus perceptible pour le public concerne l’horaire des concerts, désormais fixés à 18 h plutôt qu’à 17 h 30. « Plusieurs spectateurs arrivant du travail avaient du mal à être à l’heure, explique Julie Triquet. Les portes ouvriront dès 17 h pour un véritable format 5 à 7 : le public pourra prendre un verre et échanger avec les musiciens. Le concert se terminera à 19 h, laissant tout le temps d’aller souper dans le quartier. »
L’Espace Jax est ainsi confirmé comme lieu de résidence cette saison pour sa proximité avec le public et son acoustique. La salle Pollack a un temps été envisagée : « Nous y donnerons d’ailleurs notre deuxième concert avec le chœur Schulich, mais la salle est très sollicitée par les étudiants. Les musiciens ont donc préféré renouveler l’expérience à l’Espace Jax. »
Côté projets, I Musici souhaite multiplier les collaborations chorales. Le partenariat avec McGill demeure toutefois suspendu au sort de Jean-Sébastien Vallée, récemment nommé à Boston. « C’était une collaboration prometteuse. On a même eu l’idée, à un moment donné, vu qu’on n’a pas de chef, qu’on pourrait devenir un orchestre de chœur, un orchestre qui se promène d’un chœur à l’autre. »
L’évolution la plus significative s’est néanmoins jouée en coulisses : le conseil d’administration s’est ouvert à des membres non musiciens, sous la présidence de François Colbert, professeur à HEC Montréal, et l’ensemble a engagé, en mai dernier, une nouvelle directrice générale, Yogane Lacombe. Elle succède à Suzanne Careau, altiste retraitée.
« Suzanne a accompli un travail colossal, souligne Julie Triquet. Elle a fait quelque chose qu’elle n’avait jamais fait de sa vie. Elle a sauvé l’orchestre. On l’a épaulée, évidemment, on était là, tous, avec elle, et le CA aussi l’a beaucoup aidée. Mais à un moment donné, même les musiciens savaient qu’il fallait aller vers une vraie professionnelle en gestion. »
La nouvelle directrice générale aura pour mandat de développer et de promouvoir l’ensemble. « La direction artistique demeure collective : nous avons rodé nos méthodes et nos comités. Yogane Lacombe nous épaule, monte les dossiers et gère les collaborations. L’objectif commun est d’accroître nos activités. »
Julie Triquet sait que cette démarche est suivie de près par les bailleurs de fonds : « Le CALQ a été rencontré par notre président du CA et notre vice-présidente. Ce qu’on a su, c’est qu’ils étaient très impressionnés de ce qu’on avait réussi à faire : notre résilience, notre saison. Notre défi est d’abord administratif : il nous faut être mieux organisés, aller chercher des donateurs et repositionner I Musici dans un paysage musical beaucoup plus compétitif qu’à l’époque de Yuli Turovsky. »
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