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Saturday, November 7, 2026

De l'occupation russe à Kiev: le long périple des animaux d'Olechky

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Les 31 octobre et 1er novembre 2026, ils ont été les premiers à franchir la frontière nord de l'Ukraine, après avoir parcouru plus de 2 200 kilomètres pour quitter les territoires occupés par la Russie. Plus d'une centaine d'animaux de compagnie, que leurs familles ont refusé d'abandonner, ont ainsi quitté l'enfer d'Olechky, dans le cadre d'une opération humanitaire inédite qui témoigne aussi des conditions de vie extrêmes dans les territoires occupés.

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De notre correspondante à Kiev,

Le 31 octobre, alors que des dizaines de travailleurs humanitaires et de journalistes venus du monde entier attendaient le retour des résidents d'Olechky sur le sol ukrainien libre, le premier véhicule à arriver de Biélorussie ne transportait pas des personnes, mais plus d'une centaine d'animaux de compagnie: des chiens, des chats et quatre perroquets.

Pour la première fois depuis 2022, une mission humanitaire d'envergure a permis le retour d'un grand nombre d'animaux des territoires occupés. Sitôt arrivé, le camion, d'où s'échappaient des aboiements et miaulements stridents, a été ouvert par du personnel de la Croix-Rouge et de la principale ONG de protection animale en Ukraine, UAnimals. Dans une atmosphère presqu'irréelle, seuls les cris des animaux et le bruit des appareils photos se faisait entendre.

Un seul regard sur les cages empilées a suffi pour comprendre à quelle situation sanitaire catastrophique ces animaux venaient d'échapper : celle endurée par tout être vivant à Olechky. Hagards, sales, et au milieu de leurs excréments, des chiens et chats épuisés et émaciés ont émergé du camion, après deux jours de stress intense, et plusieurs trajets en bus et en avion pour traverser les territoires occupés, la région de Krasnodar Krai, la Biélorussie et enfin la frontière ukrainienne. 2 200 km pour retourner en Ukraine, alors qu'Olechky, dans la région de Kherson, se trouve seulement à 5 km des positions ukrainiennes, et à 8 km de la ville de Kherson. Telles étaient les conditions imposées par l'occupant russe.

« Jusqu'au dernier moment, nous ne savions même pas combien d'animaux arriveraient »

Anastasia Heichuk, à la tête du service de secours de l'ONG UAnimals, explique : « Jusqu'au dernier moment, nous ne savions même pas combien d'animaux arriveraient. Les résidents ne savaient pas non plus si leurs animaux faisaient bien partie du convoi, et c'était la première question de beaucoup de personnes une fois arrivées. Sur les 105 animaux qui ont passé la frontière, nous en avons finalement pris en charge soixante à ce moment, puis d'autres nous ont été remis progressivement par les familles pour qu'ils reçoivent des soins. D'autres ont refusé toute séparation, et nous ne les forçons pas ». En tout, UAnimals s'occupe de 88 animaux, dont deux chiens qui ont déjà pu retrouver leurs familles.

C'est dans ta natureUkraine: une guerre contre nature

Dans l'urgence, il a fallu organiser l'accueil des chiens et chats dans des cliniques vétérinaires de Kiev. Tous ont été soigneusement listés, et le personnel répond tout au long de la journée aux appels inquiets des résidents soucieux du sort de leurs chiens et chats. Anastasia Heichuk confie : « Les appels commencent dès 7h du matin, et nous envoyons des photos, vidéos et explications aux familles toute la journée. Certaines personnes n'ont rien emmené d'autres qu'une boîte de transport, une couverture et la laisse de leur chien. »

De fait, malgré plus de quatre années passées sous les bombes quotidiennes, sous occupation russe, et les privations de nourriture et de médicaments, certains des résidents d'Olechky ne seraient pas partis s'ils n'avaient pu emmener leurs animaux. Cette bienveillance contraste avec une toute autre réalité, dont témoignent plusieurs résidents, dont Valera, 29 ans, venu avec son chien : « Certaines personnes ont été obligées de manger de l'herbe pour survivre, et de tuer des chiens errants pour les manger. La vie était devenue horrible, tout était détruit dans la ville. » 

Le sort des animaux, reflet de l'horreur et du chaos de la guerre

Comme tout au long de la ligne de front, le sort des animaux d'Olechky reflète l'horreur et le chaos de la guerre. Et tout comme les humains, ces chiens et chats de tous âges arrivés de cette localité sont marqués par ce qu'ils viennent de traverser. Certains ont dû être opérés pour des blessures et traumatismes liés aux explosions. La plupart souffrent également de malnutrition et de problèmes de santé liés à l'absence de soins. Oleksandr Zhuk, le directeur d'une clinique vétérinaire qui les accueille, explique : « 80% des animaux que nous avons pris en charge souffrent de dermatite, car ils étaient infectés de puces et de vers, et aucun animal n'a été vacciné pendant les années d'occupation, ce qui représente un danger pour les animaux et pour les humains. Certains souffrent de problèmes dentaires, de maladies chroniques, pour la plupart liées à la malnutrition et à leurs conditions de vie. Il va leur falloir du temps pour se rétablir, mais j'ai bon espoir. »

À mesure que les habitants se rétablissent et que les animaux reçoivent les soins nécessaires, les familles pourront se retrouver. Car après cette mission humanitaire inédite, une autre urgence commence : ne pas séparer les habitants de leurs compagnons, alors qu'ils viennent eux-mêmes de traverser une épreuve traumatisante.

Pour UAnimals, le travail continue sur le terrain, comme l'explique Anastasia Heichuk : « Les refuges ukrainiens sont remplis d'animaux sortis des zones de combat. Depuis 2022, nous avons déjà évacué plus de 11 000 animaux, nous en avons soigné plus de 70 000, et aidé environ 766 000. Nous continuerons à le faire, puisque la ligne de front continue de bouger. »

Reportage«Je ne sais pas comment j'ai survécu»: en Ukraine, le retour tant attendu des résidents d'Olechky

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