«Unabomber»: portrait du terroriste en jeune homme
Entre 1978 et 1995, des bombes dissimulées dans des colis firent trois morts et 23 blessés un peu partout aux États-Unis. L’enquête qui mena à l’arrestation du coupable, Theodore Kaczynski, fut la plus longue de l’histoire du FBI. Dans Unabomber, un thriller historique raconté en deux temps, on assiste, en alternance, à la « mise au monde » du futur terroriste endogène, et aux derniers mois de sa traque. Sans être dénué de qualités, le résultat déçoit.
Au rayon des atouts, il y a l’interprétation, uniformément irréprochable. Jacob Tremblay (Room / Room : Le monde de Jack) incarne, au début des années 1960, un jeune Theodore Kaczynski brillant, mais influençable. Tremblay, dans une excellente décision de jeu, instille une impression d’immaturité du personnage en cassant ses inflexions vocales, comme si Kaczynski n’avait pas fini de muer.
Pour mémoire, Kaczynski fut admis à Harvard à 17 ans à peine grâce à ses dons en mathématiques. Cela étant, outre la philosophie, c’est la psychologie qui le passionnait. D’où son inscription au cours du professeur Henry Murray (Russell Crowe). Murray qui menait à cette époque des expérimentations sur des étudiants, dont Kaczynski, jugées depuis non éthiques.
Dans le film, le programme de Murray est explicitement financé par la CIA. Le recours par les coscénaristes Sam Chalsen et Nelson Greaves (qui ont aussi écrit la série Sleepy Hollow) à cette hypothèse largement admise, mais jamais prouvée, était prometteur. À savoir, montrer comment les autorités en viennent à pourchasser un tueur en série qu’elles ont elles-mêmes « en partie » créé jadis (selon la thèse présentée dans le film, s’entend).
Or, le scénario ne fait finalement pas grand-chose de cette supputation présentée comme vérité.
Potentiel gaspillé
Pour le compte, le film ne parvient jamais à réellement captiver : le volet se déroulant dans le passé est assez mou, dramatiquement parlant, tandis que les passages campés au présent donnent à voir une version de l’enquête pétrie de clichés.
Prenez cette décision de faire du personnage de Shailene Woodley (inspiré du profileur et linguiste légal James R. Fitzgerald) une figure féminine entourée d’hommes (à la Silence of the Lambs / Le silence des agneaux) qui ne reconnaissent pas son expertise : c’est traité de manière tellement peu subtile qu’on décroche d’emblée. À titre d’exemple, le collègue agent interprété par Alexander Ludwig est juste trop caricatural pour qu’on y croie.
Bref, là encore, c’est du potentiel gaspillé.
Lumière évocatrice
Tournée à Montréal et dans ses environs, la production bénéficie cela dit, et il ne s’agit pas de chauvinisme, d’une direction photo très soignée du vétéran québécois Yves Bélanger (Laurence Anyways ; Dallas Buyers Club ; Brooklyn). La lumière se révèle particulièrement évocatrice lors des séquences universitaires, dans les années 1960.
La réalisation de Janus Metz Pedersen, en revanche, est on ne peut plus banale. Quoique c’est tristement en phase avec des va-et-vient temporaux plus mécaniques qu’organiques. En somme, et on pardonnera le mauvais jeu de mots, ce film, ce n’est pas « de la bombe ».
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