Enquête sur les chiens dangereux | L’interdiction des chiens de type pitbull ne règle pas tout

Bannir les chiens de type pitbull comme à Longueuil n’est pas une solution miracle selon des experts du milieu qui préconisent notamment la prévention chez les propriétaires
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La Ville de Longueuil est l’une des rares municipalités au Québec à avoir interdit les chiens de type pitbull. Qu’est-ce que cela change ?
Depuis la mise en place de l’interdiction visant les chiens de type pitbull, certains changements ont effectivement été observés, bien qu’ils doivent être interprétés avec prudence. D’une part, le nombre de chiens de ce type officiellement enregistrés sur le territoire semble relativement contrôlé. Cependant, ce constat doit être nuancé, puisque l’interdiction peut entraîner un effet de sous-déclaration, dit la porte-parole du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) Jacqueline Pierre. Certains propriétaires choisissent de ne pas enregistrer leur animal afin d’éviter les contraintes réglementaires, ce qui a pour conséquence de faire passer une partie de cette population sous le radar des autorités, observe-t-elle.
Est-ce un règlement difficile à appliquer ?
La réglementation soulève des enjeux importants sur le plan de son application. Le « type pitbull » ne correspond pas à une race unique, mais plutôt à un ensemble de caractéristiques physiques pouvant résulter de croisements variés, indique la policière du SPAL. Cette réalité rend l’identification des chiens visés particulièrement complexe et parfois subjective, y compris pour les intervenants spécialisés. Interdire un type de chiens n’est pas la solution, affirme pour sa part le vétérinaire de Proanima Vincent Paradis.
Quelle serait la solution ?
Plus de prévention auprès des propriétaires canins, peu importe le type de chiens, est « souhaitable », affirme Anny Kirouac, directrice générale de Proanima. Surtout que les morsures signalées sont plus graves qu’auparavant, observe l’équipe d’agents de prévention de la Ville de Montréal. Pensons à cette femme attaquée par trois chiens dans la cour d’un garage de Saint-Léonard en octobre dernier. Des témoins ont raconté à TVA Nouvelles que les molosses « mangeaient la dame », qui vivra avec des séquelles permanentes.
Pour une histoire qui marque les esprits, la majorité n’est pas médiatisée, si je comprends bien ?
« Je reçois des appels pratiquement chaque semaine de gens victimes de morsures qui veulent poursuivre le propriétaire du chien ou encore la municipalité impliquée », indique l’avocat Jonathan Gottlieb, du cabinet Kugler Kandestin. Ce dernier représentait la coureuse attaquée par trois chiens à Potton, en Estrie. La femme a poursuivi au civil la municipalité pour son inaction et a gagné.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Me Jonathan Gottlieb, avocat spécialisé en litige. Il est associé au cabinet Kugler Kandestin.
Au-delà de l’interdiction d’un type de chiens en particulier, y a-t-il des villes et municipalités qui sont mieux outillées que d’autres pour encadrer les chiens mordeurs ?
Quand on se compare, on se console : de grandes villes n’ont toujours aucun service animalier voué à l’encadrement des chiens mordeurs, explique Anny Kirouac, de Proanima. Un jour ou l’autre, le réveil sera brutal, illustre-t-elle. La municipalité de Potton, condamnée à verser 535 000 $ à la coureuse (460 000 $) et à son conjoint (75 000 $) à la suite de la violente attaque de trois chiens dont la femme a été victime en 2019, en est un exemple tragique, dit-elle. « C’est plate qu’il faille attendre des conséquences comme à Potton pour que les gens se réveillent et comprennent : il n’y a pas juste une loi, il y a aussi une jurisprudence qui prouve que ça peut me coûter cher comme municipalité », lâche-t-elle. Car un service animalier vient avec des coûts, mais l’inaction est encore plus onéreuse.
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