Le secrétaire général de l’ONU parle d’une «heure de vérité» pour la lutte climatique
Alors que les discussions des Nations unies sur le climat s’ouvrent lundi en Turquie, le secrétaire général António Guterres adresse un message urgent aux dirigeants mondiaux : « C’est l’heure de vérité. »
Au cours des dix dernières années, il a formulé à plusieurs reprises des avertissements de ce type concernant le changement climatique, causé par la combustion de combustibles fossiles, tels que le pétrole et le gaz, en utilisant souvent un langage de plus en plus hyperbolique.
Il y a trois ans, il avait même déclaré que « l’ère de l’ébullition mondiale était arrivée », faisant référence à la hausse des températures et à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, deux conséquences du changement climatique.
Mais il s’agira cette fois de son dernier discours sur le climat à la tête des Nations unies, son deuxième et dernier mandat expirant à la fin de l’année. Le sentiment d’urgence est palpable dans un monde où s’aggravent les vagues de chaleur meurtrières, les tempêtes, les inondations et les sécheresses, sur fond de températures toujours plus élevées et, pour couronner le tout, d’El Niño, un phénomène climatique naturel qui perturbe les systèmes météorologiques à l’échelle mondiale.
« C’est l’heure de vérité. Nous ne pouvons plus attendre, nous ne pouvons plus mener des discussions interminables où chacun tente de rejeter la responsabilité sur quelqu’un d’autre. Chacun doit en faire davantage, chacun doit en faire davantage dès maintenant », a déclaré M. Guterres, ajoutant qu’il tiendrait ces propos aux dirigeants de la conférence des Nations unies sur le climat, la COP31, prévue du 9 au 20 novembre.
L’appellation « d’heure de vérité » a utilisé par le secrétaire général à 3 reprises en l’espace de 20 minutes lors d’une récente entrevue exclusive accordée à l’Associated Press.
Il a évoqué son dernier élan dans la lutte contre les changements climatiques et son mandat de dix ans, au cours duquel il est devenu l’un des plus importants défenseurs du climat, exhortant des pays souvent récalcitrants à faire davantage pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
« L’une des journées les plus difficiles »
La gravité de la réalité du réchauffement climatique pèse également lourdement sur son esprit lorsqu’il évoque son moment d’éveil personnel à propos du climat. Ce fut, a-t-il déclaré, « l’une des journées les plus difficiles de ma vie ».
Cela s’est produit l’année dernière, alors qu’il consultait des scientifiques avant un discours majeur sur le climat. Comme il l’avait déjà fait pendant neuf ans, M. Guterres allait insister sur le fait que l’objectif principal de l’Accord de Paris de 2015 — limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle — était toujours d’actualité. Il prévoyait affirmer que le monde devait faire bien davantage pour rester en dessous de ce seuil, mais que c’était faisable.
« Les scientifiques m’ont dit que je ne pouvais pas affirmer cela, car ce n’était plus vrai », a raconté M. Guterres, qui était ingénieur avant de se lancer dans la politique. Trop de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre, issus de la combustion de combustibles fossiles, avaient été relâchés dans l’atmosphère.
« Cela a été un choc énorme pour moi », a-t-il déclaré, comparant cela à un échec.
« Mais ce n’est pas le monde qui a échoué, ce sont les dirigeants politiques qui ont échoué », a précisé M. Guterres. Protéger la planète, a-t-il ajouté, nécessite une vision stratégique à long terme.
Or, dans de nombreux systèmes politiques, « il n’y a pas de vision stratégique. Et les politiques changent fréquemment, ce qui ne permet pas le type d’investissement constant et déterminé qui est nécessaire », a expliqué M. Guterres.
Il a évoqué son mandat de premier ministre du Portugal, à la fin des années 1990, pour montrer qu’il est possible d’investir à long terme dans un avenir plus vert. Il a ajouté que l’essor mondial de l’énergie éolienne et solaire lui donnait de l’espoir.
Avec les guerres qui font rage en Ukraine et en Iran et les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle — sujet sur lequel il a également tenté de rallier les dirigeants mondiaux —, les menaces sont nombreuses, a prévenu M. Guterres.
« Le problème, c’est que tous ces facteurs se combinent », a-t-il noté, soulignant l’énorme consommation d’électricité et d’eau ainsi que les émissions de carbone liées à l’IA.
Les chocs énergétiques générés par les conflits montrent que la dépendance aux combustibles fossiles constitue un problème de sécurité fondamental, a-t-il ajouté.
Mise en garde contre une catastrophe
Il y a trois ans, M. Guterres a parcouru les plus hauts sommets du Népal, mettant en garde contre un avenir où déborderaient les lacs alimentés par les glaciers et par des inondations et glissements de terrain dévastateurs.
« Je suis ici aujourd’hui pour crier du toit du monde : arrêtez cette folie, avait déclaré M. Guterres en 2023. Les glaciers reculent, mais nous ne pouvons pas faire de même. Nous devons mettre fin à l’ère des combustibles fossiles. »
« Malheureusement, ces catastrophes sont survenues plus tôt que je ne l’avais prévu », a-t-il remarqué lors de l’entrevue. Les inondations du mois d’août ont fait plus de 1400 morts et 5600 disparus. Des scientifiques ont indiqué que le changement climatique avait joué un rôle dans ces catastrophes.
M. Guterres a déclaré que quelqu’un devait assurer l’aide aux victimes du changement climatique, qui, bien souvent, ne sont pas à l’origine du problème.
« Les entreprises du secteur des combustibles fossiles engrangent d’énormes bénéfices et, de toute évidence, ces profits exceptionnels devraient être taxés ; ces taxes devraient servir à soutenir les pays qui subissent les effets les plus dramatiques du changement climatique », a soutenu M. Guterres.
S’adressant au début du mois à une équipe de scientifiques sur une plate-forme dérivante dans l’océan Arctique, M. Guterres a évoqué le fait que son voyage au mont Everest et ses échanges avec les chercheurs l’avaient transformé. Il a expliqué que ces conversations avaient fait naître en lui « un sentiment de rage à l’égard de ceux qui continuent, si ce n’est de nier, du moins à refuser de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette folie ».
Salué comme un champion du climat
« António Guterres s’est toujours montré éloquent, fort et très pertinent dans l’ensemble de ses nombreuses déclarations et initiatives de lutte contre la crise climatique », a déclaré l’ancien vice-président américain Al Gore. « Il s’est montré autant actif sur cette question parce qu’il comprend clairement qu’il s’agit du plus grand défi auquel l’humanité est confrontée. »
Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, qui a présidé les négociations ayant abouti à l’Accord de Paris, a affirmé que M. Guterres avait « fait ce qu’il pouvait, allant même bien plus loin que n’importe quel autre secrétaire général, au point d’avoir parfois été représenté de manière très conflictuelle ».
Comme les pays ne sont pas tenus de se plier aux demandes de l’ONU ou de ses dirigeants et que les superpuissances disposent d’un droit de veto, M. Guterres a avancé que son poste de secrétaire général « n’avait aucun pouvoir réel. »
« Nous n’avons pas beaucoup d’argent, vous savez. Mais il y a une chose que nous avons : une voix. »
C’est pourquoi il n’a que trois mots de conseil à adresser à celui qui lui succédera : « Dites la vérité. » Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas encore décidé qui sera le prochain secrétaire général.
Le seul message que M. Guterres souhaite que le public retienne au sujet du changement climatique : « prenez-le au sérieux, car il s’agit d’une menace existentielle. Et la première chose pour laquelle nous devons nous battre, c’est notre propre survie. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.