« Si on commence à être en restriction en pleine montagne… » : les signes que la sécheresse a changé d’échelle

Il y a des repères que l'on pensait immuables. Cet air qui pique gentiment les joues à l'aube, cet imperméable qu'on ressort du placard. Ce fameux « temps de rentrée » comme moi, vous l'avez probablement vécu.
Le hic, c'est que la rentrée, c'était il y a quatre semaines déjà. Et ce matin, en ouvrant les volets... la claque !
Sous nos pas, le sol abrite une biodiversité colossale. Elle œuvre en secret pour notre bien. Face à la sécheresse, peut-elle résister ? Dans le premier épisode de cette nouvelle série d’été, le biologiste Marc-André Selosse donne une réponse claire : oui, mais…... Lire la suite
Où donc est passée cette brume qu'on aime voir envelopper les paysages de l'automne ? La terre reste craquelée et l'herbe grillée. Au loin, la petite rivière dans laquelle vous pataugiez, enfant, peine à s'écouler. Pas un soupçon de rosée.
La France fait face à une terrible anomalie climatique : une sécheresse historique qui s'accroche au calendrier en dépit de tout bon sens.
Un mois de septembre qui bat tous les records
« Depuis que je suis né, je n'ai jamais vu la Bretagne aussi sèche », me confiait il y a quelques semaines le biologiste Marc-André Selosse.
Nous le voyons par la fenêtre. Nous le ressentons dans notre quotidien, nos maisons qui se fissurent.
Fissures sur votre maison après la sécheresse : ces signes doivent vraiment vous alerter
Les (trop) fortes chaleurs et la sécheresse qui l’accompagnent semblent s’apaiser à l’aube de l’automne… Car l’été 2026 restera dans les annales comme l’un des plus secs jamais enregistrés en France. Résultat : la vigilance reste de mise dès la baisse des températures et l’apparition des pluies puisque les murs des maisons peuvent laisser apparaître des fissures.... Lire la suite
Les données de Météo-France et des réseaux de surveillance hydrologique le confirment : le déficit de pluie est abyssal. Parfois largement moins de 10 millimètres (mm) enregistrés sur le tiers sud du pays alors qu'un mois de septembre normal s'achève en général avec entre 60 et 70 mm d'eau dans les pluviomètres.
Partout en France, les syndicats d'eau alertent : « Le risque de pénurie est réel. »
Le record de 15 mm en moyenne nationale établi en septembre 1977 est d'autant plus menacé que le temps sec... est parti pour durer. Au moins quelques jours encore.
La France tire la langue
Partout en France, nos agriculteurs, nos élus, nous-mêmes faisons le même constat.
Du côté d'Ajaccio, la dernière pluie « significative », comprenez d'un cumul supérieur à 1 millimètre, remonte... au 20 août ! Et la terre assoiffée ne fait aucune distinction entre les cultures. En Haute-Vienne, le découragement gagne les exploitations : « On n'a pas vu d'eau depuis le mois de mai. Les maïs ne font qu'un mètre de haut », témoigne Jean-Pierre, éleveur laitier bio.
Un peu plus au nord, dans l'Yonne, Sébastien est tout aussi « dépité : jusqu'à 50 % de mes betteraves sont mortes, attaquées par le lixus qui profite de la sécheresse pour atteindre les racines ».
Pis encore, ce manque d'eau chronique commence à frapper là où l'on s'y attendait le moins : en montagne. Dans les Hautes-Pyrénées, la Bouey Debat qui alimente le village d'Arrens-Marsous s'est tarie, laissant le réservoir à sec. Sur ce territoire aux allures pourtant de château d'eau, les habitants sont sidérés. « Je me suis toujours dit qu'on aurait de l'eau à volonté. Mais si on commence à être en restriction en pleine montagne, que va-t-il se passer en plaine ? Ça devient inquiétant. »
Sur Arrens-Marsous, « il n’a pas plu depuis le mois de juin », raconte le maire sur ICI Béarn Bigorre. Le village est à sec depuis le 16 septembre. © LeeSensei, Adobe Stock
Et ce que l'on voit en ouvrant sa fenêtre n'est que la partie émergée du problème...
L'indicateur national d'humidité des sols se situe désormais à un niveau record pour un mois de septembre. En début de semaine, 84 % de la France était concernée par un épisode comme on n'en vit que tous les 10 ans et 61 % des niveaux des points d'observation des nappes étaient sous les normales. Résultat, 74 départements ont été placés en niveau de crise.
Une situation inédite
En Corrèze ou en Dordogne, dans le Languedoc-Roussillon ou même le Bas-Rhin, la sécheresse atteint des niveaux jamais observés, toutes saisons confondues. Alors que les sols devraient commencer à se recharger en eau, c'est tout l'inverse qui se produit actuellement.
Jusqu'où cet assèchement se poursuivra-t-il ? C'est toute la question.
Sécheresse en France et pluies extrêmes à 10 000 km : ce que cache ce grand écart climatique
Après trois canicules et des dômes anticycloniques à répétition, la France est complètement asséchée. Le nombre de départements concernés par les restrictions d'eau n'a jamais été aussi élevé et les prévisions s'orientent vers un été historiquement sec.... Lire la suite
« Les prévisions météo ne cessent de repousser l'échéance du retour des pluies. Je n'ai plus de mots », commente Serge Zaka, ingénieur agronome, sur X.
Déjà, cette sécheresse 2026 coche toutes les cases des records caractéristiques. Elle est la plus étendue et la plus intense jamais enregistrée en France, mais aussi la plus sévère (un indicateur qui couple l'intensité et la durée) et la plus tardive jamais observée alors qu'elle n'est même pas encore terminée.
— WWF France ???? (@WWFFrance) September 22, 2026???? 1,1 million de Français avec un approvisionnement en eau sous tension. 62 % des nappes sous les normales.
La sécheresse actuelle le rappelle : l’eau n’est plus une ressource que l’on peut considérer comme acquise. Il faut changer d’échelle dans notre gestion de l’eau. pic.twitter.com/648d82CYhP
Pourquoi la machine climatique s’est-elle enrayée ?
En toile de fond, il y a bien sûr le réchauffement climatique. Mais les météorologues avancent quelques explications très concrètes.
Un puissant anticyclone s'est installé sur le pays. Il agit depuis des semaines comme un bouclier qui dévie les perturbations venues de l'Atlantique.
Dans le même temps, l'été étouffant que nous venons de vivre, l'un des plus chauds enregistrés dans notre pays, a dopé l'évaporation, asséchant un peu plus encore les couches superficielles. Avec pour effet collatéral de diminuer la capacité d'absorption des sols. Si un épisode méditerranéen venait à se déclencher, par exemple, les risques de ruissellement et d'inondations seraient énormes.
Ce qui nous attend dans un futur à +4 °C
Demain matin, nous ouvrirons de nouveau nos volets et l'automne nous fera peut-être enfin un clin d'œil. Mais gardons à l'esprit l'avertissement lancé par ce mois de septembre hors norme. Car ce que nous lisons aujourd'hui sur les thermomètres et les sols craquelés n'est plus une simple anomalie passagère : c'est le nouveau visage de nos saisons.
La sécheresse de surface s'améliore sur une partie du pays, mais pour autant, ces derniers jours, le nombre de départements concernés par les restrictions d'eau les plus sévères a continué à augmenter. Regardez si vous êtes concernés.... Lire la suite
Déjà, depuis 50 ans, la sévérité des sécheresses a été presque multipliée par trois dans notre pays. Et les modèles climatiques sont formels : dans une France à +4 °C (la trajectoire que nous traçons actuellement), nous devrons nous habituer à vivre en moyenne 39 jours de sécheresse supplémentaires par an et jusqu'à 8 mois de sols asséchés sur le pourtour méditerranéen. De quoi regarder nos paysages d'un tout autre œil.
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