Uber Eats | Des publicités illégales de Bet99 en commandant à la SAQ

Encourager une société d’État, en décourager une autre. Des publicités illégales du site payant de paris sportifs Bet99 s’affichaient ces derniers mois lorsque des utilisateurs d’Uber Eats attendaient leur commande de la Société des alcools du Québec, a constaté La Presse. La plateforme de livraison américaine promet de revoir ses politiques publicitaires.
Publié à
« Votre visite a débloqué 800 $ de bonus chez BET99 » : voilà le genre de messages qui s’imposaient jusqu’à tout récemment aux clients qui commandaient un beaujolais ou un pinot noir sur la plateforme de livraison. Une autre publicité qui incitait à miser sur le site de paris pendant l’attente d’une commande était aussi affichée quelques semaines plus tôt.
« Au Québec, il n’y a pas d’ambiguïté, si ce n’est pas Loto-Québec, ce n’est pas légal », réagit le porte-parole de la société d’État Renaud Dugas par courriel. « Dans ce contexte, il faudrait demander à Uber Eats pourquoi ils acceptent d’afficher des opérateurs qui contreviennent au Code criminel canadien. »
Demande faite : « Nous avons examiné la situation : nos politiques publicitaires n’autorisent pas ce type de publicité, qui n’aurait pas dû apparaître sur Uber Eats », écrit Laura Miller, porte-parole de l’entreprise de San Francisco, dans un courriel.
La plateforme de livraison explique que la publicité a été diffusée par l’intermédiaire d’un partenaire « dont les politiques auraient également dû en interdire la diffusion ». Uber Eats assure que le message a été retiré par la régie publicitaire. « Nous collaborons avec elle pour comprendre comment cela a pu se produire et éviter que cela ne se reproduise, notamment en réexaminant nos politiques et nos processus de validation des publicités. »
De son côté, la SAQ dit n’avoir aucun contrôle sur les publicités affichées dans l’application Uber Eats. « Dès que cette situation nous a été signalée, nous avons interpellé Uber afin que les correctifs nécessaires soient apportés », souligne Linda Bouchard, porte-parole de la société d’État, dans un courriel à La Presse.
Un partenariat controversé
En janvier dernier, la SAQ a noué un partenariat de livraison rapide avec Uber Eats, dont le siège social se trouve en Californie. La société d’État avait essuyé des critiques en pleine guerre commerciale avec les États-Unis. L’entreprise de livraison québécoise Eva, qui fait déjà affaire avec la Société québécoise du cannabis (SQDC), ne répondait pas aux critères de l’appel d’offres.
Les conditions de travail des livreurs Uber et une forme d’encouragement à la consommation d’alcool faisaient aussi partie des préoccupations.
En mai dernier, environ trois Québécois sur cinq se disaient défavorables à un tel partenariat, selon un sondage Léger réalisé à la demande de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). À la lumière de ces résultats, le regroupement avait demandé à la Société de mettre son projet « sur pause ».
Lisez l’article « La livraison d’alcool de la SAQ par Uber Eats ne passe pas »
« Pour nous, déjà, la livraison rapide d’alcool va voir un impact sur les personnes qui ont des antécédents de dépendance », souligne Kim Brière-Charest, directrice, inégalités sociales, à l’ASPQ. « L’accessibilité rapide répond à une impulsivité et ça peut avoir des incidences. »
L’ajout d’un incitatif pour du jeu de hasard lors de l’attente d’une livraison s’ajoute aux risques, croit-elle. « D’avoir des publicités qui se croisent pour des produits et services qui devraient être commercialisés de manière plus responsable par des sociétés d’État, ça questionne certainement. Il y a une notion en santé publique de dire : il faut agir sur les déterminants commerciaux de la santé. »
« Il s’agit précisément du genre d’enseignements que permet un projet pilote : identifier rapidement les irritants, ajuster les pratiques et s’assurer que l’expérience offerte aux clients respecte les standards attendus d’un service associé à la SAQ », indique la porte-parole de la SAQ, Linda Bouchard.
Uber Eats assure que la publicité de Bet99 ne ciblait pas spécialement la SAQ ni les commandes d’alcool. « Elle est apparue dans un emplacement publicitaire général sur l’écran de suivi de commande, lequel peut s’afficher après qu’un utilisateur a passé commande auprès de n’importe quel commerçant. Cela ne justifie toutefois pas le fait que cette publicité spécifique n’aurait pas dû apparaître. »
Depuis peu, le site Bet99 est « exploité, géré et administré par le Conseil des Abénakis de Wôlinak », rapportait La Presse le mois dernier.
Lisez l’article « Bet99 transféré en douce aux Abénakis de Wôlinak »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.