«Le récital des anges» : un premier disque pour Nicolas Ellis et l’Agora
Vendredi paraîtra sur étiquette Aparté Schubert – Cusson : Le récital des anges, le premier disque de l’Orchestre de l’Agora sous la direction de son chef et fondateur, Nicolas Ellis. Le programme offre également une vitrine appréciable à deux voix de la relève, la mezzo Ema Nikolovska et la soprano Élisabeth St-Gelais.
Le projet Le récital des anges a été partiellement présenté en concert sur le thème « Le rêve de Schubert » à la salle Bourgie en septembre 2024, en ouverture de la saison 2024-2025 et inaugurant l’intégrale pluriannuelle des mélodies de Schubert. L’exercice de l’écoute à domicile nous montre que l’atmosphère et la communion d’un public en phase avec des artistes dans une salle lors d’un concert sont plus propices aux programmes conceptuels.
Ainsi, la plongée dans le lied Der Zwerg (Le nain) juste après le premier mouvement de la Symphonie inachevée, qui apparaissait comme un prologue saisissant, avait un sens dramatique accru au concert, alors que le réflexe logique d’un discophile sera forcément de se dire : « Pourquoi ne joue-t-il pas la symphonie au complet ? » Nicolas Ellis s’explique heureusement sur ces choix — des explications qu’Aparté, en bon éditeur français, soucieux de la place de la francophonie dans le monde, imprime évidemment, tout comme la notice, d’abord en anglais !
Le disque a été enregistré entre septembre et novembre 2024 à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus à Montréal. Il en résulte une ambiance acoustique très ample, flatteuse pour les voix, mais un peu « relâchée » pour les passages symphoniques, l’orchestre et le chef marquant nettement plus les esprits, par leurs nuances et leurs phrasés, dans le premier volet de la 5ᵉ Symphonie.
Cycles mélodiques
Ce Récital des anges compte deux volets, dont le compositeur ontarien d’origine métisse, Ian Cusson, est le trait d’union. La partie Schubert orchestrée met en regard des lieder dont l’un (Le roi des aulnes) est orchestré par Berlioz et les autres, par Cusson, ce qui met en évidence la transparence et la subtilité du travail de ce dernier. L’art de Cusson se situe dans une veine très heureuse, dans la lignée de celle relevée en 2023 sur l’album Schubert revisité de Matthias Goerne, qui mettait en vedette des orchestrations d’Alexander Schmalcz. Les intermèdes symphoniques servent ici de ponts entre les atmosphères.
La vedette de cette partie schubertienne est aussi Ema Nikolovska. Violoniste formée à Toronto, qui a ensuite bifurqué vers le chant, Ema Nikolovska est l’une des valeurs les plus sûres du chant canadien. La solidité, la clarté, l’efficacité et le « focus » de cette mezzo impressionnent chaque fois. Par exemple, ici, dans Der Zwerg ou dans Frühlingstraum (Rêve de printemps).
La partie « Récital des anges » proprement dite est un cycle mélodique de Ian Cusson chanté par Elisabeth St-Gelais : six mélodies sur des poèmes d’Émile Nelligan composées pour voix et piano en 2019 et orchestrées en 2023. Ici, le cheminement sera inverse, puisque la parution du disque sur les plateformes de diffusion en continu, vendredi, précède le concert de l’orchestre avec Elisabeth St-Gelais, qui aura lieu à la salle Bourgie le mardi 6 octobre, lancement du CD physique à l’appui.
Le subtil et post-debussyste cycle de Cusson est évidemment hanté par la mort (le clou de l’ensemble est la valse sur Banquet macabre), mais l’accès à l’œuvre se réduit à la présentation du cycle par le compositeur, les textes chantés (de Devant mon berceau à Communion pascale) n’étant pas reproduits, ce qui serait utile, car la prononciation, précise dans les passages pianos narratifs, se floute quand la soprano déploie sa voix.
On espère que la salutaire nécessité de jouer et de programmer un cycle mélodique de cette qualité tiré de notre patrimoine revalorisera parallèlement des œuvres du même genre venues d’ailleurs, dont Miroir de peine de Hendrik Andriessen ou les Neruda Songs de Peter Lieberson. En effet, le genre de la mélodie avec orchestre est très largement sous-représenté dans les programmes symphoniques et reste trop irrémédiablement associé aux Quatre derniers lieder de Strauss.
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