Étude | Le Canada n’atteindrait même pas d’ici 2050 l’objectif d’émissions fixé pour 2030

(Ottawa) Une nouvelle étude suggère que le Canada est en passe de ne pas atteindre son objectif de réduction des émissions pour 2030 fixé dans le cadre de l’Accord de Paris — et qu’il ne l’atteindra même pas d’ici 2050, année où il devait atteindre la carboneutralité.
Publié à
Nick Murray La Presse Canadienne
L’analyse, publiée vendredi par l’Institut climatique du Canada, avance que les récents reculs du gouvernement fédéral en matière de politique climatique ont fait prendre plus de 20 ans de retard au Canada dans la réduction de ses émissions.
Sous Stephen Harper, le Canada s’était engagé à ramener ses émissions à un niveau inférieur de 30 % à celui de 2005.
En 2021, le gouvernement de Justin Trudeau a relevé cet objectif à une fourchette comprise entre 40 % et 45 % et s’est fixé pour but d’atteindre la carboneutralité — c’est-à-dire un bilan où toutes les émissions sont compensées par la nature ou la technologie — d’ici le milieu du siècle.
Bien que le premier ministre Mark Carney et ses ministres aient répété à plusieurs reprises, au cours des derniers mois, que le Canada restait attaché à ses objectifs climatiques, M. Carney a reconnu en juin que les émissions du pays seraient plus élevées au cours des prochaines années que ce qui était prévu.
À son avis, les politiques de l’ère Trudeau étaient trop coûteuses et étaient une source de divisions.
Une étude publiée en février par l’Institut climatique du Canada — qui reçoit les trois quarts de son financement du gouvernement fédéral — suggérait déjà que le Canada était en retard pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050.
Mais le rapport de vendredi, qui intègre les récents changements de politique dans la modélisation des émissions de l’Institut, indique que le Canada « pourrait tout juste atteindre son objectif d’émissions pour 2030 en 2050, sans même parler de la carboneutralité ».
« Ce que le pays a déjà démontré, c’est que nous pouvons réduire les émissions tout en assurant la croissance économique », a plaidé le président de l’Institut climatique du Canada, Rick Smith, en entrevue avec La Presse Canadienne.
« Mais cela ne se fera pas comme par magie. »
Plusieurs reculs
M. Carney, qui a déjà été envoyé spécial des Nations unies pour l’action climatique, a été accusé de faire marche arrière en matière de politique climatique pendant la majeure partie de la dernière année.
Il a supprimé la « taxe carbone » pour les consommateurs dès son premier jour au pouvoir, en mars 2025. Bien qu’il ait promis un renforcement du système de tarification du carbone pour l’industrie, il a été accusé d’avoir affaibli ce système au moyen d’un accord conclu en mai avec l’Alberta, qui a des répercussions sur toutes les autres provinces et tous les territoires.
Son gouvernement s’apprête également à abroger l’obligation de vente de véhicules électriques — Ottawa a promis des normes d’émissions à l’échappement plus strictes, mais celles-ci ne seront pas en vigueur avant plusieurs années — et à retirer le plafond d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier. Son gouvernement a aussi reporté la mise en œuvre de la réglementation sur le méthane en Alberta.
M. Carney s’est par ailleurs fixé pour objectif de porter le taux d’adoption des véhicules électriques à 75 % d’ici 2035, dans l’espoir d’atteindre 90 % d’ici 2040. La Stratégie nationale d’électrification du gouvernement fédéral, publiée en mai, promettait également de réduire les émissions, mais Ottawa n’a pas encore présenté de plan pour mettre en œuvre cette stratégie.
« Pour l’instant, ce ne sont que des intentions : aucune politique gouvernementale concrète n’y est associée », a déploré M. Smith.
« Nous n’avons pas pu intégrer ces éléments dans l’analyse que nous publions. Mais à mesure que les détails de ces politiques se concrétiseront, au cours des prochains mois, ce sont là les types de mesures significatives qui permettraient d’améliorer ces calculs », a-t-il expliqué.
Ottawa maintient le cap
Un rapport du commissaire à l’environnement Jerry DeMarco, datant de 2024, indiquait que le pays avait encore environ 20 à 30 ans de réductions d’émissions à réaliser pour atteindre son objectif de 2030.
Selon les dernières données du gouvernement, le Canada n’avait atteint qu’une réduction de 10,3 % par rapport aux niveaux de 2005, avec une baisse totale des émissions de 78 millions de tonnes en 21 ans — ce qui en fait le pays le moins performant du G7.
Ainsi, le Canada doit toujours réduire ses émissions de l’équivalent de 102 millions de véhicules particuliers à essence pour atteindre l’objectif de 2030.
Dans un communiqué en réponse à cette étude, le cabinet de la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, a assuré qu’Ottawa restait déterminé à atteindre la carboneutralité d’ici 2050 grâce à « une approche pragmatique et durable ».
« Cela passe par la mise en œuvre de grands projets d’énergie propre à travers le pays, la promotion d’une électrification à grande échelle et des investissements significatifs dans l’économie à faibles émissions de carbone », a soutenu le porte-parole Keean Nembhard, citant le projet de ligne de transport d’électricité de la côte nord, qui, selon Ottawa, permettra de réduire les émissions de trois millions de tonnes par an.
« Atteindre la carboneutralité nécessite également de mettre en place un approvisionnement en électricité propre, abordable et fiable dans tout le pays, et nous agissons rapidement pour construire les infrastructures d’énergie propre qui rendront cela possible », a poursuivi M. Nembhard.
« Cela passe notamment par le doublement du réseau électrique canadien prévu dans notre stratégie en matière d’électrification, la réalisation de grands projets d’énergie propre et la rénovation d’un million de logements pour améliorer leur efficacité énergétique. »
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