Alléchant contingent québécois au TIFF
Une semaine après avoir été balayée par une tempête, avec importants dégâts à la clé, la ville de Toronto s’est prestement refait une beauté. Et pour cause ! Du 10 au 20 septembre, la Ville Reine accueille le gratin du cinéma mondial au Festival international du film de Toronto. Comme de coutume, l’événement offre un mélange de gros canons et de petites perles, perles qu’il faut parfois chercher au sein de la (trop ?) vaste programmation. Comme à l’habitude, encore, plusieurs productions québécoises ont été sélectionnées par l’équipe de Cameron Bailey.
À noter que, pour l’heure, lorsque le mot « tarifs » est prononcé en contexte festivalier, c’est pour regretter la hausse des prix des billets cette année, davantage que pour évoquer le voisin du Sud. « Ce n’est plus un festival pour le public », titrait récemment CBC.
Après avoir été primé à Locarno, Denis Côté vient présenter Violence du corps de l’autre, une œuvre délicieusement déroutante portée par la toujours exquise Larissa Corriveau, collaboratrice assidue du cinéaste.
Deux ans après avoir dévoilé son remarquable Bergers au TIFF, Sophie Deraspe est de retour avec, cette fois, non pas une fiction, mais un documentaire : Le dernier acte, qui aborde la délicate question de la fin de vie.
Dans L’autre, Alexandre Franchi, dont on avait beaucoup aimé Happy Face, s’inspire de sa propre hospitalisation prolongée, mais avec des accents absurdes, voire insolites. Avec Pierre-Yves Cardinal et le regretté Marc Messier. On a hâte.
En guise de film de clôture, le TIFF a opté pour le très attendu drame biographique Villeneuve. L’ascension d’une légende, de Yan Lanouette Turgeon, à propos du défunt coureur automobile québécois Gilles Villeneuve. C’est Being Heumann, de Siân Heder (CODA), sur la militante pour les droits des personnes handicapées Judith Heumann, qui ouvrira.
Auparavant, toutefois, une autre biographie risque de faire jaser. En effet, pièce de résistance du volet Midnight Madness du TIFF, le documentaire Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney (Mesdames et messieurs, Brian Mulroney), de Matthew Rankin, retrace l’ascension du politicien québécois Brian Mulroney, mais en optant pour une approche tout à la fois satirique et psychédélique. Un incontournable.
Sans oublier la coproduction Marie Madeleine, de et avec Gessica Généus, dans laquelle, de nos jours à Jacmel, une travailleuse du sexe croise la route d’un évangéliste. Ça sonne une cloche ? Le film arrive précédé de chaleureux échos cannois.
Fragments cannois
Parmi les morceaux de choix internationaux, il faut évidemment mentionner le film Fjord, de Cristian Mungiu, gagnant à Cannes de la Palme d’or, du Prix du jury œcuménique et du Prix de la critique internationale. On y suit, en Norvège, un père (Sebastian Stan) et une mère (Renate Reinsve) soupçonnés de violenter leurs enfants, dont ils perdent momentanément la garde.
Or, la famille est évangéliste et a des valeurs très traditionnelles, ces dernières se trouvant en porte-à-faux avec celles qui prévalent dans la petite communauté. Le père est par surcroît d’origine roumaine, un élément que Mungiu utilise, à l’instar du susmentionné choc des valeurs, pour explorer les possibles biais et préjugés des uns et des autres.
Autre fragment cannois : Soudain (ou All of a Sudden), de Ryūsuke Hamaguchi, ce cinéaste japonais prodigieusement doué à qui l’on doit Conduis mon char (Drive My Car en festival) et Le mal n’existe pas (Evil Does Not Exist en festival). Tourné en bonne partie à Paris, ce nouvel opus relate l’amitié qui se fait jour entre une Française, directrice d’une clinique pour personnes souffrant de démence, et une Japonaise, metteuse en scène atteinte d’un cancer en phase terminale.
Ah, et il y a bien sûr Wild Horse Nine, de Martin McDonagh, réalisateur des excellents Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois affiches près d’Ebbing, Missouri) et The Banshees of Inisherin (Les banshees d’Inisherin). Reconnu pour donner des rôles en or à ses acteurs, le cinéaste irlando-britannique fait ici de John Malkovich un agent de la CIA atteint, tiens, d’un cancer en phase terminal, sur fond de coup d’État chilien.
Théâtre amateur et autres merveilles
En provenance du champ gauche arrive Bucking Fastard, de l’inénarrable Werner Herzog. Les sœurs Rooney et Kate Mara incarnent des jumelles qui, en quête du grand amour, se mettent à creuser un tunnel dans une montagne (Herzog et les montagnes : voir Scream of Stone ; The Dark Glow of the Mountains ; Fitzcarraldo).
On est également curieux de découvrir The Debut, de Jesse Eisenberg (A Real Pain), dans lequel Julianne Moore joue une ménagère qui voit sa vie — et sa réalité — basculer après qu’elle a décroché un rôle dans une production de théâtre communautaire.
Produit par la réputée boîte A24, Club Kid (Club Kid. Enfant de la nuit), de Jordan Firstman, est une pure merveille. Sur papier, ce récit d’un promoteur toxicomane « sur le party » qui se découvre un fils de 10 ans avait pourtant de quoi faire craindre un ramassis de quétaineries. Sauf qu’il n’en est rien.
Tour à tour hilarant et poignant, ce premier long métrage est d’une honnêteté, et d’une crudité, désarmante. Irrésistible. Pour l’anecdote, Firstman est devenue une star d’Instagram avec sa série de vidéos Impressions durant la pandémie.
Bref, il y a au menu de quoi sustenter tous les cinéphiles, quels que soient leurs appétits.
François Lévesque est à Toronto en partie grâce au soutien de Téléfilm Canada.
Ensemble, soutenons la réflexion
Média rigoureux et lucide, Le Devoir ne se contente pas de relater les faits.
Nos journalistes vous offrent les clés pour mieux comprendre l'actualité
d'ici et d'ailleurs. En soutenant notre mission, vous assurez la pérennité
d'un journalisme indépendant, exigeant et engagé.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.