Le concours de l’Association des professeurs de musique du Québec s’ouvre au grand public
La salle Marie-Stéphane de l’école de musique Vincent-d’Indy accueillera dimanche à 14 h le concert Étoiles montantes, un événement-bénéfice au profit du Festival de musique classique de Montréal (FMCM), organisé depuis plus de 50 ans sous l’égide de l’Association des professeurs de musique du Québec (APMQ).
L’événement propose une formule inédite : faire entendre une sélection de jeunes musiciens qui se sont distingués lors du concours aux côtés d’un pianiste de carrière invité, Serhiy Salov, qui couronnera le programme avec la Rhapsodie espagnole de Liszt.
« J’ai 40 ans d’expérience d’enseignement, ça fait au moins 25-30 ans que j’envoie des élèves à ce festival », explique le pianiste et pédagogue Tristan Lauber, membre du comité d’organisation du FMCM. « La nouveauté, c’est que, d’habitude, le concert s’adressait aux parents des élèves ; là, il s’ouvre au public avec le potentiel d’attraction d’un grand pianiste invité. »
La vente des billets (35 $, ou 50 $ pour la formule VIP) servira à bonifier l’aide financière accordée aux jeunes. « L’année dernière, deux de mes élèves ont gagné de bons prix dans la même catégorie à 10 ans, un chèque de 80 $ chacun. À 16 ou 18 ans, ça peut aller à 150 $ ou 200 $, avec des trophées et des médailles. Ce concours a moins de moyens que d’autres, mais on veut y remédier en vendant des billets pour ce concert et en trouvant des commandites. »
Jeunes étoiles
Le concours, qui s’adresse aux 5 à 23 ans en piano, en violon et en chant, a réuni ses lauréats devant leurs familles en juin dernier. Pour les participants appelés à rejouer dimanche, la perspective a déjà agi comme un stimulant. « Ils se sont mis à pratiquer pendant l’été ! » se réjouit Tristan Lauber.
Face aux exigences redoutables du Concours de musique du Canada, le FMCM favorise une plus grande accessibilité. « Ce ne sont pas tous les jeunes qui pratiquent 2 à 3 h par jour à 10 ans », rappelle M. Lauber. « Le FMCM est un merveilleux tremplin pour les jeunes, et, en même temps, il donne la chance à ceux qui sont moins avancés de se présenter quand même, d’avoir du plaisir et l’honneur de jouer côte à côte avec des jeunes qui vont, de toute évidence, aller très loin. »
Le concours a d’ailleurs vu passer des futures vedettes : « Bruce Liu a gagné quand il avait 12 ans. La première fois que je l’ai découvert, il avait 11 ans et avait joué le dernier mouvement de la Sonate au Clair de lune de Beethoven, c’était époustouflant. Il a eu 98 %, et après ça, il était tellement bon que son professeur a décidé d’arrêter de l’envoyer parce qu’il gagnait tout le temps. »
Cette disparité des niveaux de compétence ne risque-t-elle pas de décourager des élèves plus « normaux » ? Tristan Lauber s’en défend, et loue le discernement du jury. Il cite l’exemple d’un élève de 14 ans, « bon, mais pas d’un niveau très, très élevé », guidé par lui vers l’Opus 118 n° 2 de Brahms, pour miser sur la musicalité plutôt que sur la démonstration technique : face à un jeune pianiste noté 98 % dans Chopin par Dominique Morel, son élève a obtenu un deuxième prix, avec 92 %.
« C’est une des raisons pour lesquelles j’aime beaucoup ce concours en tant que professeur : j’ai toujours apprécié le fait que les juges sont sélectionnés pour être très raisonnables », fait valoir M. Lauber.
Le rôle du pédagogue demeure toutefois central à une époque où le niveau technique explose : « Comme tout bon pédagogue, avant d’envoyer un élève à un concours, on va écouter l’année d’avant chaque catégorie, et là, on sait. Rien qu’en regardant un programme, on peut gagner beaucoup de temps. Car tout a changé depuis 30 ans ; notamment depuis qu’il y a beaucoup d’Asiatiques à Montréal, le niveau a sérieusement monté. Par exemple, un élève qui joue la Fantaisie-Impromptu de Chopin, c’est bien, mais s’il a 14 ans, dans ce concours-là, le niveau est tellement élevé désormais que ce serait peut-être 12 ans le maximum pour présenter cette œuvre. Plus vieux que ça, c’est un peu en dessous du niveau. »
Tristan Lauber nous confirme ainsi ce que nous disait récemment Janina Fialkowska : « La barre a monté partout dans le monde, dans tous les concours, et même, donc, dans les concours locaux. Mais la force de ce concours, le FMCM de l’APMQ, c’est qu’il a toujours gardé un aspect plus démocratique. Je dis toujours à mes élèves : “Tant que tu joues des pièces de niveau tout à fait acceptable pour ton groupe d’âge, que tu joues bien et que tu pars la tête haute, ça n’a aucune importance s’il y a un petit prodige qui joue un truc délirant à 8 ou 10 ans. Ça ne t’enlève rien à toi.” »
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