Élections en Allemagne: «les partis ont peur que ces résultats se répètent aux prochaines élections, au printemps»

Un nouveau coup dur pour la droite en Allemagne. L’Union chrétienne-démocrate (CDU), dont est issu le chancelier conservateur Friedrich Merz, a essuyé une défaite cuisante dans les deux scrutins de dimanche 20 septembre, dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin. Deux semaines après une éclatante victoire en Saxe-Anhalt, le parti au pouvoir est même écarté de toute participation locale, ayant récolté moins de 5 % des voix. Et à Berlin, la CDU est devancée par la gauche radicale Die Linke. Friedrich Merz pourra résister longtemps aux appels à la démission ? L’analyse de Hélène Miard-Delacroix, professeure émérite à Sorbonne Université et autrice de Les Émotions de 1989. France et Allemagne face aux bouleversements du monde, éditions Flammarion.
RFI : Le chancelier allemand s’est exprimé il y a quelques minutes. Il avait déjà pris la parole hier soir, juste après la fermeture des bureaux de vote, pour déminer le terrain. De nouveau, il a exclu toute démission. Cette déclaration était-elle attendue ?
Hélène Miard-Delacroix : Oui, je crois qu’il essaie de maintenir une ligne en séparant un résultat régional, où seulement quatre millions d’électeurs étaient appelés aux urnes, de la situation au niveau national, ou fédéral, comme on dit en Allemagne, dans un pays de 80 millions d’habitants, où il y a plus de 65 millions d’électeurs. C’est-à-dire qu’il rappelle qu’il a été élu par le Parlement fédéral, le Bundestag, pour quatre ans et qu’il continue son travail, même s’il prend acte du « désastre », comme il l’a dit, de cette réelle déroute de son parti aux élections régionales.
A-t-il raison ? Est-ce que les résultats ne doivent-ils être lus « que » comme des résultats et des messages régionaux ?
Je pense que le message est parfaitement arrivé jusqu’à Berlin, au centre du pouvoir fédéral. Les partis, non seulement la CDU, le parti de Friedrich Merz, qui est vraiment en très fort recul, mais aussi le SPD, qui s’en sort pourtant assez bien dans le Mecklembourg mais doit généralement encaisser, lui aussi, des reculs, ont parfaitement reçu le message envoyé par les électeurs lors des différents scrutins.
Ils ont peur que les choses se répètent encore au printemps. Puisqu’au mois d’avril, il y aura de nouvelles élections dans des régions allemandes, dans des Länder, cette fois-ci à l’ouest. Ils reçoivent parfaitement la leçon selon laquelle ils communiquent mal et manquent d’empathie. En particulier, le chancelier est perçu comme tel. Puis, il y a une protestation, une insatisfaction, une inquiétude et une forme de colère dans la population.
Le problème, c’est qu’ils ont un programme de réformes absolument indispensable du point de vue de la démographie de l’Allemagne - comment financer les retraites -, du point de vue de la défense et de la sécurité du pays - donc des dépenses d’armement -, mais aussi tout un ensemble de réformes des infrastructures que l’Allemagne n’a pas réalisées.
C’est justement ce que j’allais vous demander : lorsque le chancelier dit qu’il veut tenir le cap, qu’est-ce que cela signifie dans sa situation ? Qu’il va maintenir sa ligne politique ?
Ah oui. Cela signifie très clairement qu’il s’appuie sur une majorité au niveau fédéral, au Parlement, donc au Bundestag, qui lui fait confiance. C’est l’addition du groupe parlementaire des chrétiens-démocrates, disons du centre droit conservateur, et du groupe parlementaire du SPD, social-démocrate, disons du centre gauche. Ensemble, ils ont un programme de gouvernement pour quatre ans. On ne peut pas, tous les trois mois, à l’occasion d’une élection régionale, changer de cap lorsqu’un programme de réformes est lancé.
Leur idée, si vous voulez, c’est que le message envoyé vise probablement la personne de Friedrich Merz, mais que la ligne doit être maintenue et poursuivie parce que, comme aurait dit Mme Merkel, « il n’y a pas d’alternative ».
Il n’y a pas d’alternative. D’ailleurs, il a utilisé comme argument non seulement les réformes que vous évoquez, mais aussi l’avenir démocratique de l’Allemagne. C’est pour cette raison qu’il dit vouloir rester. Est-ce un argument qui peut être entendu par les Allemands, selon vous ?
Probablement, parce qu’il faut bien voir qu’il y a cette poussée, en particulier celle de l’extrême droite, qui est tout de même très impressionnante. Cela contrarie beaucoup d’Allemands qui ne votent pas pour l’AfD et qui ont l’impression que le navire Allemagne est très secoué. Pour eux, la tâche du gouvernement est de maintenir la barre et de ne pas se laisser secouer ni emporter par des formations politiques telles que l’AfD, dont l’objectif est d’utiliser les possibilités offertes par la démocratie et la représentation parlementaire pour déconstruire le système grâce auquel elle arriverait éventuellement au pouvoir au niveau régional, voire fédéral.
C’est aussi probablement l’une des leçons de l’histoire que veulent retenir les Allemands : il ne faut pas sacrifier la démocratie au hasard d’une crise momentanée, dont on ne sait d’ailleurs pas si elle ne sera que momentanée. Comme cela a été fait sous Weimar, changer de gouvernement en permanence ne constituerait peut-être qu’une accélération d’un processus de minage et de déconstruction de la démocratie.
Ce qui est tout de même très clair, c’est qu’il a déclaré hier [dimanche 19 septembre 2026 - NDLR], dans son message, qu’une fascination pour l’autoritarisme était perceptible en Allemagne, comme elle l’est dans beaucoup de pays européens. Il faut répondre à cette fascination pour l’autoritarisme, que l’on peut comprendre selon lui, par la solidité du pluralisme, des règles démocratiques et donc du respect de l’interlocuteur, non pas comme un ennemi, mais comme un adversaire. Les responsables politiques sont là pour diriger le pays, le réformer et essayer de sortir l’Allemagne de l’ornière dans laquelle elle se trouve actuellement.
C’est donc ce qu’il prévoit de faire avec ses alliés du SPD. Le parti de centre gauche a maintenu son soutien ce matin, tout en prenant soin de préciser qu’il fallait écouter les électeurs. Comment faut-il interpréter ces mots, selon vous ?
C’est une petite mise en garde adressée au style de M. Merz. Ce soutien va bien dans le sens de ce que je dis : ils ont une mission pour quatre ans. Ils se sont mis d’accord sur un programme de gouvernement qu’ils veulent mener à son terme. Mais on a bien compris que cela ne date pas d’hier. M. Merz dégringole dans les sondages d’opinion depuis quasiment un an et demi, depuis qu’il est au pouvoir. Pour certains, il aurait trahi la tradition de la CDU en forçant le recours à des dettes spectaculaires, alors qu’elles sont normalement interdites par la Constitution. Certaines personnes lui en veulent pour cela, mais la plupart de celles qui n’aiment pas Friedrich Merz n’aiment ni son style ni sa façon de communiquer : une manière un peu sèche, perçue comme autoritaire et, surtout, comme manquant d’empathie.
Je pense que c’est vraisemblablement ce qu’auront révélé ces scrutins régionaux : les gens se sont mobilisés pour se tourner vers des responsables politiques proches d’eux, qui les écoutent et qui, peut-être, leur racontent des salades, mais qui font attention à eux et leur donnent l’impression, en tant que citoyens, d’avoir tout de même leur mot à dire et de ne pas être une quantité négligeable. C’est probablement cela, s’il en est capable compte tenu de son caractère, que M. Merz doit entendre et modifier dans sa façon de communiquer avec la population.
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