Les dérives de la révolution radar dans les communes wallonnes ? « On ne va pas en mettre à chaque coin de rue »


Journaliste à la Rédaction générale
Suivre Sudinfo sur GoogleDepuis 2021, la Flandre permet aux autorités locales de traiter elles-mêmes les petits excès de vitesse sur les routes soumises à une limitation de 30 ou de 50 km/h, via des SAC (sanctions administratives communales). Trois conditions sont requises : le dépassement ne doit pas dépasser 20 km/h, le radar doit être financé par la commune et aucune autre infraction ne doit avoir été commise. L’argent va alors dans les caisses communales. Certaines localités ont couvert leur territoire d’appareils répressifs, laissant penser que la sécurité routière n’était peut-être pas leur préoccupation première.
A la demande des autorités flamandes, l’Institut Vias, en collaboration avec l’université de Gand, a étudié la manière dont les autorités locales ont intégré les SAC contre les excès de vitesse dans leur politique de sécurité routière. Premier constat, un peu plus de la moitié des communes flamandes (53 %) utilisent désormais les SAC pour les excès de vitesse et 12 % envisagent de le faire.
On observe d’importantes disparités dans le montant total des recettes annuelles en fonction de la commune.
Interrogées par Vias, les collectivités locales indiquent que l’amélioration de la sécurité routière et de la qualité de vie constituent les principales motivations.
Une critique importante à l’encontre des SAC est que les collectivités locales considèrent la sécurité routière comme un modèle de rentabilité, sur lequel misent les acteurs privés.
L’étude révèle que 22 % des communes citent les recettes supplémentaires comme une considération importante pour adopter les SAC.
Et parmi les villes qui ont l’intention de les mettre en place, 33 % indiquent que les recettes supplémentaires sont (très) importantes.
Disparités
On observe d’importantes disparités dans le montant total des recettes annuelles en fonction de la commune. En général, 60 % des recettes reviennent aux communes. Dans 57 % des communes, cet argent n’a pas d’affectation spécifique : il est versé au budget général, bien qu’il soit souvent (en partie) utilisé pour des investissements dans la sécurité routière. Environ 20 % des recettes issues des amendes reviennent à des partenaires privés.
Selon l’étude de Vias, les SAC ont rapporté 441,96 € en moyenne par habitant en 2024 à la commune de Lo-Reninge qui caracole en tête du top 3 flamand des rentrées, devant Wommelgem (296,06 €) et Bocholt (191,05 €).
« Les radars tronçon ne peuvent pas devenir un modèle financier rentable pour le partenaire privé », souligne Benoît Godart, porte-parole de l’Institut Vias.
Deux modèles d’organisation existent : la concession et la prestation de services. Lorsqu’il est en concession, le partenaire privé prend en charge l’investissement initial, la mise en œuvre et l’exploitation des contrôles de vitesse, en échange d’une rémunération fixe par infraction constatée. Dans le modèle de prestation de services, la collectivité locale investit elle-même.
Elles retiraient les chicanes
Après avoir analysé l’étude de Vias, la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder, va réformer le système : « L’ère du modèle de concession historique, dans lequel les partenaires privés étaient rémunérés par infraction constatée, est définitivement révolue. Ce modèle crée des incitations financières perverses ». Seize communes ont retiré les ralentisseurs physiques au profit de l’installation de radars.
« Lorsque le contrôle de la vitesse repose sur des besoins objectifs en matière de sécurité routière, qu’il fait l’objet d’une communication transparente, qu’il est appliqué de manière proportionnée et qu’il s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures, le système des SAC semble avoir le potentiel pour contribuer à la sécurité routière et à un changement de comportement. Sans ces conditions préalables, le système risque d’être remis en cause », analyse Benoît Godart.
« En fait, notre étude montre ce qui fonctionne et ce qui ne va pas. C’est important car la Wallonie va instaurer à son tour le dispositif des sanctions administratives pour les petits excès de vitesse », précise notre interlocuteur. Les communes wallonnes pourront récupérer l’argent de leurs radars à partir de 2028 selon des modalités fixées par le gouvernement wallon.

« La Région mène un très beau travail depuis quelques années en assurant la mise en place de radars. Mais il y a toujours un pourcentage de demandes des communes qui n’est pas accepté. Cela va donc permettre à celles-ci d’investir elles-mêmes après — bien entendu — avoir reçu l’autorisation de la Région quant au choix du lieu », commente Bertrand Caroy, responsable du service circulation dans la zone La Boraine.
« On ne va pas mettre des radars à chaque coin de rue »
Le policier rassure : il n’est pas question d’installer des radars à chaque coin de rue, même si les plaintes relatives à la vitesse excessive et au sentiment d’insécurité sont nombreuses et régulières au sein de la population. « On regarde d’abord s’il n’est pas possible de faire baisser la vitesse avec des chicanes ou des ralentisseurs. Le radar n’est mis qu’en dernier recours si l’aménagement ne suffit pas. Et il ne faut pas croire que l’argent récupéré servira nécessairement à acheter de nouveaux radars. Il servira aussi à des aménagements routiers », conclut Bertrand Caroy.
Contenus sponsorisés
Vidéos
Nos partenaires vous proposent
A ne pas rater
Le Danemark inaugure l’un des premiers cimetières de CO2 européen
Grève chez Skeyes : BSCA s’attend à supprimer 34 vols lundi sur le tarmac carolo
Carburants : les prix vont rester très élevés pendant plusieurs semaines, « je ne vois pas pourquoi cela pourrait fortement baisser »
Un constat alarmant : 11.000 milliards de tonnes de glace des calottes glaciaires ont été perdues depuis 1970
Auto-moto
Carburants : les prix vont rester très élevés pendant plusieurs semaines, « je ne vois pas pourquoi cela pourrait fortement baisser »
Carburant : l’Allemagne prépare une baisse des prix, de quoi réjouir les frontaliers belges
Le Toyota Hilux passe aussi au H2
L’Europe « demande » à la Chine de ralentir sur les hybrides
Plus besoin de brancher votre Porsche électrique
Carburants : les prix vont rester très élevés pendant plusieurs semaines, « je ne vois pas pourquoi cela pourrait fortement baisser »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.