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Thursday, October 1, 2026

La gouvernance souverainiste

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Mardi, à la table éditoriale du Devoir, Paul St-Pierre Plamondon a déclaré qu’il consacrerait les 100 premiers jours de son gouvernement à « réparer une tuyauterie qui coule abondamment », autrement dit aux choses les plus urgentes — et il n’en manque pas.

Il y aura au moins une exception, à moins que le chef péquiste ne la considère comme une urgence : l’abolition de la monarchie au Québec. Au premier jour de la nouvelle législature, la lieutenante-gouverneure, Manon Jeannotte, sera priée de ne pas prononcer son traditionnel discours d’ouverture. Un projet de loi suivra pour supprimer son poste.

Cela n’a rien d’étonnant en soi : le 8 décembre 2023, les 100 députés présents à l’Assemblée nationale, y compris ceux du Parti libéral du Québec (PLQ), avaient adopté à l’unanimité une motion à cet effet présentée par l’actuel co-porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti.

Déjà, en 2021, François Legault s’était engagé à abolir le poste, comme cela était prévu dans le « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec », présenté par la Coalition avenir Québec en 2015, mais il avait finalement décidé, comme pour la réforme du mode de scrutin, qu’il y avait d’autres priorités.

Le chef du PLQ, Charles Milliard, a aussitôt salué le retour du « bon vieux Paul St-Pierre Plamondon », « belliqueux et chicanier », qui avait disparu depuis le début de la campagne électorale. Il n’a cependant pas dit que son parti s’opposerait à ce qu’on coupe les vivres à la lieutenante-gouverneure. L’allocation qui lui est versée par Québec serait indéniablement mieux utilisée dans la lutte contre l’itinérance.

À l’époque où Pauline Marois en était la cheffe, le Parti québécois (PQ) avait mis en avant le concept de « gouvernance souverainiste », qui consistait à tester et à démontrer les limites de ce Québec pouvait faire dans le cadre fédéral en attendant le jour où il serait souverain, mais le gouvernement minoritaire élu en 2012 avait été très limité dans ses initiatives.

Un gouvernement majoritaire dirigé par Paul St-Pierre Plamondon pourra aller plus loin. Abolir le poste de lieutenant-gouverneur, un geste que la grande majorité des Québécois applaudiraient, renoue avec la stratégie des « gestes de rupture », que préconisait jadis le directeur de L’Action nationale, Robert Laplante, qui avait reçu l’appui de Jacques Parizeau.

La constitutionnalité d’un éventuel projet de loi sera inévitablement contestée, et le chef du PQ ne demande sans doute pas mieux que de créer d’entrée de jeu un froid dont il pourrait rejeter la responsabilité sur le gouvernement Carney. Il peut également espérer une réaction négative au Canada anglais à l’annonce selon laquelle la mort du monstre séparatiste était prématurée.

Ceux qui doutaient déjà de la volonté d’un gouvernement St-Pierre Plamondon de faire cause commune avec Ottawa contre Donald Trump, et qui craignent de voir le nouveau premier ministre agir plutôt en chef du Oui, verront leur inquiétude renforcée. Mercredi, le chef péquiste préférait rappeler le « poignard planté dans le dos de René Lévesque » durant la nuit des longs couteaux et parlait du fédéralisme comme d’un régime antidémocratique fondé sur l’abus de pouvoir.

Ce serait un euphémisme de dire que la perspective de participer aux réunions du Conseil de la fédération ne l’enthousiasme pas. Dans son entrevue au Devoir, il a dit réserver sa décision à ce sujet, indiquant clairement sa préférence pour des relations individuelles avec chaque province.

L’ancien ministre délégué à la Gouvernance souverainiste dans le gouvernement Marois, Alexandre Cloutier, avait jadis qualifié le Conseil de « bébelle » qui affaiblissait le rapport de force du Québec, mais Mme Marois avait décidé de ne pas le boycotter.

Le chef du PQ n’a pas voulu s’avancer sur ce qu’il pourrait dire à M. Carney lors du tête-à-tête qui devrait suivre rapidement l’élection de lundi, mais l’annonce d’une nouvelle augmentation « contrôlée » de l’immigration, dont le premier ministre canadien a réservé la primeur au New York Times, ne fera rien pour détendre l’atmosphère.

Le naturel « chicanier » de M. St-Pierre Plamondon risque de se répercuter sur les décisions qu’il devra prendra au cours des quatre prochaines années, craint Charles Milliard, tandis que Ruba Ghazal l’a invité à accepter plus facilement les reproches qu’on peut s’adresser dans un débat démocratique.

Il est vrai que son entrevue au Devoir n’a pas été un modèle de zénitude. Après bien d’autres, les médias sont maintenant l’objet de ses récriminations. « Tant qu’on est dans un système médiatique qui consent [à] — et même encourage — la désinformation et la distorsion, ça va être très difficile d’avoir un dialogue serein », a-t-il déclaré. Cela rappelle quelqu’un pas très loin d’ici, mais c’est quand même mieux dit, et personne n’a encore été menacé d’expulsion.

Dans le cas de l’école Roger-Comtois, qui semble avoir fait déborder le vase, il était évidemment plus facile de blâmer les journalistes que de semoncer son équipe pour avoir fourni des données qui ne faisaient pas la distinction entre les enfants immigrants de première génération et ceux de deuxième génération. Les médias ont aussi une fonction d’exutoire.

Pour son propre bien, le futur premier ministre devrait méditer sur la maxime que se plaisait à répéter Jean Charest, qui n’a pourtant pas été épargné : « Un politicien qui se plaint des journalistes, c’est comme un poisson qui se plaint de l’eau. » Autrement, il risque de trouver le temps bien long.

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