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Saturday, October 24, 2026

La nouvelle escalade en Cisjordanie peut-elle avoir un effet sur les élections en Israël?

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Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a lancé vendredi une opération militaire « de très grande ampleur » en Cisjordanie occupée, dans la foulée d’une attaque menée par deux assaillants palestiniens à un poste de contrôle militaire à Hébron. Cette nouvelle escalade survient à quelques jours des élections législatives en Israël, alors que la réélection de M. Nétanyahou n’est pas assurée. Pourrait-elle influencer le vote ? Le Devoir fait le point avec des experts.

En réponse à cette attaque, qui a provoqué la mort de deux soldats israéliens en plus d’en blesser cinq autres, Benjamin Nétanyahou a ordonné le bouclage de la ville, ainsi que des perquisitions et des démolitions. Il a également annoncé la préparation d’« une opération de très grande ampleur [en Cisjordanie], comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six Jours », en 1967.

Samedi, selon les estimations transmises par l’Agence France-Presse, entre 150 et 250 familles avaient déjà été chassées de leurs maisons à Hébron, la plus grande ville du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967 — une occupation jugée illégale par la communauté internationale.

Pour Thomas Juneau, professeur titulaire à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, ces événements s’inscrivent d’abord dans la continuité de la multiplication des attaques menées par des colons ou des soldats israéliens en Cisjordanie occupée. « L’explosivité de la situation en Cisjordanie, même si on en parlait moins, surtout depuis le 7 octobre 2023, elle était très claire. Des escalades comme ce qu’on voit depuis 48 heures, c’était entièrement prévisible. »

Toutefois, « dans un contexte où, justement, les élections sont extrêmement serrées, où la survie politique de Nétanyahou n’est pas assurée, c’est évident que le calcul électoral rentre en jeu, au moins en partie, pour le gouvernement israélien », affirme M. Juneau.

« Mobiliser le vote »

À quelques jours du scrutin, prévu ce mardi, les derniers sondages placent le bloc de Nétanyahou et celui de Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar et principal adversaire du premier ministre, au coude à coude. Aucun des deux blocs n’obtiendrait toutefois la majorité des sièges à la Knesset (le Parlement israélien), selon les sondages.

Selon M. Juneau, en ordonnant ces représailles à Hébron, Benjamin Nétanyahou cherche, « au moins en partie, à mobiliser le vote des membres d’extrême droite », en tirant notamment parti des enjeux sécuritaires qui occupent une place centrale dans sa campagne. Ces événements auraient toutefois des répercussions limitées sur le scrutin, fait-il valoir, puisque « le vote est déjà consolidé d’un côté ou de l’autre ».

Même si « les positions sont déjà campées », le professeur à l’Université d’Ottawa note que « l’élection est tellement serrée qu’un ou deux députés de plus peut faire potentiellement une différence ».

Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major, qui se situe moins à droite que M. Nétanyahou sur le spectre politique, s’oppose lui aussi à la création d’un État palestinien. Tout en étant un défenseur de la colonisation en Cisjordanie, il a néanmoins dénoncé les violences des colons radicaux.

Après les attaques de colons sur un maire français et une photographe américaine en territoire palestinien occupé, M. Eisenkot a dénoncé des actes de « terrorisme juif » menés « sous les auspices du gouvernement ».

Pour autant, cela ne signifie pas une rupture fondamentale avec la ligne du premier ministre à l’égard des Palestiniens. « Eisenkot et Nétanyahou sont sur la même ligne, qui est celle de la violence à l’égard des Palestiniens, et, par conséquent, chacun des deux va essayer de mettre à son avantage cet événement-là », affirme Miloud Chennoufi, professeur de relations internationales au Collège des Forces canadiennes. Ce dernier estime que cette nouvelle escalade va « profiter à tous [les candidats] qui préfèrent la méthode brutale à l’égard des Palestiniens, pas uniquement à Nétanyahou ».

Une réponse israélienne « typique »

Au-delà des calculs électoraux, les deux experts rappellent que cette nouvelle opération israélienne s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes en Cisjordanie occupée. Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), les violences commises par des colons israéliens contre des Palestiniens y atteignent des niveaux records.

Pour M. Chennoufi, la réaction du gouvernement israélien est « typique ». « L’objectif [du gouvernement] est toujours de vider les localités palestiniennes de leurs habitants. Et donc il utilise toute fenêtre d’opportunité pour avancer davantage sur cette voie-là, et, bien entendu, le ciblage des soldats israéliens représente une opportunité dans cette perspective », explique-t-il.

Dans ce contexte, l’Autorité palestinienne, menacée la veille par le premier ministre israélien d’une « grosse surprise » à venir, a réclamé samedi des pressions internationales sur Israël allant au-delà de simples « condamnations ».

Face « aux menaces grandissantes de déplacement de population, de destruction, il faut une action internationale urgente », a déclaré le ministère palestinien des Affaires étrangères, demandant des « mesures concrètes et dissuasives ».

L’ONU s’est dite « extrêmement alarmée », vendredi, par l’escalade de la violence en Cisjordanie occupée. Mayy El Sheikh, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme dans le territoire palestinien occupé, a dénoncé un « nouvel épisode dans une série interminable de mesures étouffantes qui rendent la vie des Palestiniens de plus en plus insupportable ».

Au début du mois de septembre, plusieurs pays, dont le Canada, la France, et le Royaume-Uni, ont durci le ton face à Israël en interdisant l’importation de produits en provenance des colonies et en imposant des sanctions ciblées contre les colonies.

« Depuis plus de 70 ans, les gouvernements canadiens successifs soutiennent qu’une solution à 2 États est la voie à suivre pour parvenir à une paix durable qui tient également compte des préoccupations légitimes d’Israël en matière de sécurité. Les colonies de peuplement illégales en Cisjordanie compromettent considérablement ces objectifs », avait alors déclaré Anita Anand, ministre canadienne des Affaires étrangères, sur ses réseaux sociaux.

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