Thucydide contre Maeterlinck : les deux diplomaties belges à l’ONU

L’année passée, Bart De Wever avait commencé son discours en citant l’historien grec Thucydide : "Les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles subissent ce qu’ils doivent."
Très réaliste, De Wever avait fait l’éloge de Ronald Reagan, d’une certaine idée des États-Unis garants de l’ordre mondial de 45, une certaine idée de l’Occident et de ses valeurs qui repose sur la puissance, la sécurité et l’échange. Il avait insisté sur le réarmement de l’Europe. En creux, pour lui, le droit international ne tient pas sans des puissances occidentales capables de garantir le libre-échange, la prospérité et la sécurité. Bref, un discours qu’on peut qualifier sans trop de difficulté de libéral-conservateur, la ligne politique de De Wever.
Libéral progressiste
Maxime Prévot lui a quelque part répondu hier. Il a évoqué un autre libéralisme, que l’on peut qualifier de libéralisme progressiste, en tout cas plus idéaliste et universaliste.
La réponse à De Wever commence par un effet de discours similaire, une citation. Mais plutôt que l’éloge de la puissance de Thucydide, Maxime Prévot va chercher Maurice Maeterlinck, écrivain belge, Flamand mais francophone.
Il parle d’une de ses pièces, Les Aveugles. C’est l’histoire de douze personnes, aveugles donc, qui se trouvent sur une île. Le guide qui les a conduites jusque-là est mort, mais elles ne le savent pas encore. Les douze aveugles attendent son retour, livrés à eux-mêmes.
Pour Maxime Prévot, c’est la métaphore du monde actuel, un monde d’aveugles qui, pour s’en sortir, doivent retrouver une boussole commune : le droit international.
Une histoire de boussoles
Voilà qui tranche avec la boussole de Bart De Wever. Pour rappel, une certaine idée des États-Unis et de l’Occident défenseurs, par la puissance, d’un ordre international fondé sur des règles (Rules-based international order). La métaphore des aveugles qui ignorent la mort de leur guide peut être interprétée comme la mort de cet Occident rêvé par De Wever. Pour Maxime Prévot, cet ordre occidental est mort et nous sommes des aveugles qui ne le voient pas ou ne veulent pas le voir. L’invitation de Prévot est donc de nous rassembler autour du droit international, aussi imparfait soit-il, pour nous sauver.
Maxime Prévot a donc parlé d’un tas de sujets que De Wever n’avait pas évoqués. Comme le respect du droit humanitaire en Palestine ou au Soudan. Il a défendu l’indépendance des juridictions internationales, et notamment des juges de la Cour pénale internationale, visés par des sanctions américaines. Il a parlé du droit des migrants, des femmes, des LGBT et du climat. En revanche, il n’a quasiment rien dit des sujets dominants chez De Wever : la défense, le crime organisé ou le libre-échange.
À un an d’écart, la Belgique a donc montré deux lectures du monde bien différentes à l’ONU. Au mieux, on dira que ce sont des sensibilités complémentaires. Mais le constat est là : notre diplomatie n’a pas seulement deux visages avec Maxime Prévot et Bart De Wever. Elle a aussi deux lignes qui étalent leurs divergences devant le monde entier.
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