Diffuser une exécution en direct, le nouveau «spectacle» du gouvernement Trump
En annonçant vouloir possiblement diffuser en direct l’exécution par peloton de Nidal Hasan, le gouvernement Trump cherche à « offrir un autre spectacle » et à affirmer son autorité, selon des experts. Cette annonce, qui a suscité de vives réactions, soulève aussi des questions sur le plan juridique.
« Le but, c’est de montrer à quel point ils sont durs (“tough”), rien de plus, et de le faire de manière performative », a affirmé Eugene R. Fidell, chargé de cours invité à la faculté de droit de l’université Yale, et spécialiste du droit militaire. « Et c’est aussi pour accaparer davantage l’attention, offrir un autre spectacle, comme le combat de catch que Trump a organisé à la Maison-Blanche. »
Nidal Hasan, psychiatre militaire, « sera fusillé par des soldats, comme il se doit, et nous veillerons à ce que le public puisse y assister, à ce que ce soit public », a affirmé le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, dans une vidéo tournée mercredi, confirmant ensuite aux médias américains que l’exécution sera « diffusée en direct ».
Secretary Hegseth was asked about the execution of Nidal Hasan: "No-brainer—execution by firing squad... Of course we're doing it at Fort Hood. We're going to do it at 1 o'clock—which is when he did it. It's going to be soldiers with rifles executing the firing squad."
— DOW Rapid Response (@DOWResponse) October 8, 2026
Cet Américain musulman d’origine palestinienne a tué 13 soldats le 5 novembre 2009, dans un centre médical de la base de Fort Hood, au Texas, pour les empêcher de se rendre en Afghanistan et de tuer ses coreligionnaires musulmans.
Donald Trump a toutefois semé le doute vendredi soir sur cette diffusion en direct. « Ils sont en train de prendre une décision, mais il sera tué, par peloton d’exécution », a dit le président américain.
« Les exécutions publiques ont généralement lieu dans les pays autoritaires afin de semer la peur au sein de la population et de démontrer la puissance et le contrôle du gouvernement », souligne Robin Maher, directrice générale du Death Penalty Information Center, dans une déclaration écrite transmise au Devoir.
Le département américain de la Défense n’a pas encore précisé le canal via lequel sera diffusée l’exécution, prévue le 3 décembre. « On peut supposer que les chaînes d’extrême droite seraient plus que ravies de la diffuser », affirme M. Fidell.
Alors que la pression montait vendredi sur M. Hegseth pour qu’il renonce à cette diffusion en direct, le vice-président américain, J.D. Vance, a pris ses distances avec cette proclamation. « Je vois ces annonces. Je ne sais pas si cela va avoir lieu », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse. « Si c’est diffusé en direct, je ne regarderai pas. »
Des élus républicains ont également exprimé publiquement leur opposition.
Enjeux juridiques
L’annonce du secrétaire à la Défense a rapidement provoqué un tollé, des experts et des organisations internationales s’inquiétant d’une violation du droit américain et international.
« Je pense que cela résisterait à un examen juridique [aux États-Unis] », estime M. Fidell en entrevue avec Le Devoir, évoquant plusieurs « enjeux ».
Déjà, « le département de la Justice dispose d’un règlement interdisant les exécutions publiques, mais celui-ci ne s’applique pas au département de la Défense », qui a l’autorité sur les exécutions militaires.
Mme Maher souligne pour sa part un flou en ce qui concerne le droit américain. « Nous n’avons connaissance d’aucune réglementation ni d’aucun précédent historique autorisant la diffusion en direct sur Internet, ou à grande échelle auprès du public, d’une exécution militaire. »
Du point de vue des droits de l’homme et du droit international, « il ne fait aucun doute que c’est illégal », affirme Eugene R. Fidell, rappelant que les États-Unis ont signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies.
Même si celui-ci n’interdit pas totalement la peine de mort, il interdit « la torture » et « les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Selon l’ONU, une exécution publique relève de cette catégorie. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a averti vendredi que la diffusion en direct d’une exécution par peloton équivaudrait à une exécution publique et constituerait une violation de l’interdiction absolue de la torture.
« Même si les États-Unis sont signataires [du pacte], nous n’avons pas intégré cette obligation dans notre législation nationale », fait valoir M. Fidell.
«Un martyr»
Nidal Hasan pourrait-il chercher à contester la diffusion de son exécution ? « D’après ce que je sais, il veut être un martyr », répond le chargé de cours de Yale. « Ironiquement en organisant ce cirque, le gouvernement Trump lui a donné exactement ce qu’il voulait, voire plus. »
En effet, M. Hasan a déclaré à un panel d’experts en santé mentale qu’il aurait souhaité être tué lors de l’attaque en 2009, car cela aurait signifié que Dieu l’avait choisi pour le martyre, selon des documents obtenus par le New York Times en 2013. « Cependant, même si je meurs par injection létale, je serais un martyr », a déclaré M. Hasan.
La dernière exécution publique aux États-Unis remonte aux années 1930, selon le Death Penalty Information Center. « Nous n’avons aucune trace d’une exécution qui aurait été diffusée en direct », précise Robin Maher.
Selon Amnesty International, les exécutions publiques recensées ces dernières années se sont principalement concentrées en Iran et en Afghanistan.
L’exécution de M. Hasan serait la première par peloton d’exécution menée par l’armée américaine depuis celle d’Eddie Slovik en 1945, reconnu coupable de désertion pendant la Seconde Guerre mondiale.
Cette affaire survient environ une semaine après la tentative ratée de l’exécution par injection létale de Christa Pike dans le Tennessee, qui a relancé le débat sur la manière dont les États-Unis appliquent la peine de mort.
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