« Tax the rich » : de « chimère du PTB » à piste pour combler le déficit, Raoul Hedebouw peut-il vraiment crier victoire ?

Il y a encore quelques années, la taxe des millionnaires faisait presque figure de lubie du PTB. À chaque fois que le parti proposait de « taxer les riches » pour financer les services publics ou répondre aux crises, ses adversaires dénonçaient une solution irréaliste. Georges-Louis Bouchez parlait ainsi des « chimères du PTB », tandis qu’en 2020, face à une contribution exceptionnelle des multimillionnaires, le député Vooruit Joris Vandenbroucke lâchait : « Ce n’est pas sérieux ».
Quelques années plus tard, le contraste est frappant. Le modèle du PTB reste loin de faire consensus, mais faire davantage contribuer les grandes fortunes est désormais une option défendue par le PS, Vooruit et même Les Engagés. Ce qui était présenté hier comme une « chimère » s’est installé au cœur du débat politique.
Les expressions varient un peu : « Taxe des millionnaires », « contribution des grands patrimoines », « taxe des ultra-riches »… Mais plusieurs partis belges défendent aujourd’hui l’idée de faire davantage contribuer les plus fortunés. Pas plus tard que ce week-end, le président du PS, Paul Magnette et l’ex-président des Engagés, Maxime Prévot, ont utilisé une formule similaire. Si le premier a affirmé qu’il fallait qu’ « un euro égale un euro », le second déclare dans nos colonnes que « rien ne se justifie qu’un euro issu du travail soit plus taxé qu’un euro gagné à la Bourse ».
Mais derrière des appellations parfois très proches se cachent des systèmes très différents.
Dès 500.000 euros chez les Engagés
Première différence spectaculaire : le seuil d’entrée. Ou plus clairement : de quels « riches » parle-t-on ? Les Engagés placent le curseur le plus bas, à 500.000 euros. Son partenaire de majorité, Vooruit, fixe pour sa part la barre à un million d’euros. Conner Rousseau avait résumé la philosophie de son parti ainsi : « Si l’on veut réellement réformer ce pays de manière équitable, il faudra mettre sur la table une taxe sur les millionnaires. Dans ce cas, je suis prêt à accepter beaucoup d’économies ».
Écolo retient également le seuil du million d’euros. Tandis que le PS et le PTB fixent le seuil le plus élevé : 5 millions d’euros.
Avec ou sans sa maison ?
Immobilier ou pas ? La différence est fondamentale. Chez Les Engagés, l’immobilier est complètement écarté : seuls les avoirs financiers sont concernés. Le PTB se situe presque à l’opposé. Pour déterminer si quelqu’un dépasse les cinq millions d’euros, le parti additionne les biens immobiliers, mobiliers et les actifs financiers, avant de déduire les dettes. C’est donc bien la fortune nette globale qui sert de référence.
Écolo raisonne également en patrimoine net, mais exclut de sa base l’habitation principale ainsi que certains biens professionnels et agricoles. Au PS, Paul Magnette rassure et précise qu’effectivement, l’outil professionnel et l’habitation sont exclus du calcul. Conner Rousseau (Vooruit) fait quant à lui de même avec la résidence principale, uniquement.
Jusqu’à 3 % au PTB
Autre différence : les taux prévus. Les Engagés commencent par des taux très faibles : de 0,15 % à 0,60 %. À l’autre extrémité, le PTB applique des taux de 2 % puis 3 % au-dessus de 10 millions. Entre les deux, on retrouve Écolo avec des taux allant de 0,5 % à 2 %, Vooruit avec une contribution de 0,3 % et le PS qui prévoit un taux de 1 %, et de 2 % au-delà de 100 millions.
De 1 à 8 milliards par an
Et combien cela rapporterait-il ? Les Engagés avancent une recette comprise entre un et deux milliards d’euros par an. Son partenaire de majorité, Vooruit, parlait à l’époque d’un gain d’un milliard par an.
Pour Écolo, le chiffrage réalisé dans le cadre des élections de 2024 aboutissait à environ 3,66 milliards par an, avec les réserves méthodologiques formulées par le Bureau du Plan. Le PS, lui, vise les 2,5 milliards d’euros.
Enfin, le PTB revendique aujourd’hui un rendement pouvant atteindre 8 milliards d’euros par an. Une précédente estimation portant sur la taxe avait toutefois abouti à un rendement inférieur : environ 4,7 milliards après prise en compte notamment de l’évasion fiscale et de la fuite des capitaux.
Le président du PTB Raoul Hedebouw n’en démord pas : il réclame une « vraie taxe des millionnaires ». Samedi, à Ostende, lors de la Fête de la Solidarité, il a brandi une nouvelle étude de son parti. Selon celle-ci, basée sur des données de la Banque centrale européenne, le patrimoine des 5 % des ménages les plus riches a augmenté de 44 milliards d’euros entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Pour le top 1 %, le PTB estime la hausse à 22 milliards, soit environ 423.000 euros supplémentaires par ménage. « Leur argent leur rapporte et tout cela s’ajoute aux centaines de milliards dont il dispose déjà », résume Sofie Merckx.
À l’inverse, si le patrimoine des 50 % les moins riches a progressé de 2,6 milliards en valeur nominale, le parti calcule qu’il a reculé de 0,5 % une fois l’inflation prise en compte.
Pour Raoul Hedebouw, la réponse doit passer par la taxe des millionnaires défendue par le PTB. Celle-ci viserait uniquement les quelque 50.000 ménages disposant d’un patrimoine net d’au moins 5 millions d’euros. « Très souvent, les ultra-riches sont des gens qui possèdent de très grands groupes industriels, commerciaux, etc. dans lesquels les gens travaillent pour créer cette richesse », poursuit Sofie Merckx. « Finalement, on voit que, la richesse, elle revient à ceux qui possèdent ces entreprises et pas ceux qui y travaillent. »
À l’occasion de la Fête de la Solidarité, le président du PTB a également attaqué Georges-Louis Bouchez, accusé de refuser de faire contribuer les « super-riches » tout en acceptant des mesures qui touchent les travailleurs. Il a également prévenu que la contestation sociale se poursuivrait, notamment lors de la manifestation nationale annoncée le 9 octobre.
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