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Monday, October 19, 2026

L’eau sous tension à Cuba

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À Cuba, les coupures d’électricité ne privent pas seulement les habitants de lumière : elles interrompent aussi l’accès à l’eau. Depuis plusieurs mois, la crise énergétique perturbe fortement l’approvisionnement en eau dans une grande partie du pays. Les stations de pompage, qui dépendent de l’électricité et du carburant, sont régulièrement mises à l’arrêt par les coupures de courant et les pénuries de pétrole, tandis que les infrastructures hydrauliques, vieillissantes, souffrent d’un manque chronique d’entretien et de pièces de rechange. Les autorités cubaines attribuent cette situation au durcissement des sanctions américaines et aux restrictions sur les approvisionnements en carburant. D’autres observateurs soulignent également le rôle de la crise économique, du sous-investissement et de la dégradation progressive des infrastructures.

Selon l’Institut national des ressources hydrauliques, près de trois millions de Cubains sont aux prises chaque jour avec des difficultés d’approvisionnement en eau. Le système ne dispose que de 37 % du carburant nécessaire à son fonctionnement. À La Havane, entre 40 et 70 % de l’eau se perd dans les fuites du réseau avant d’atteindre les habitations. Dans certains quartiers, les habitants peuvent rester plusieurs semaines sans eau courante et dépendent des livraisons par camions-citernes, des quelques stations de pompage encore en activité ou des travailleurs de l’eau, qui acheminent quotidiennement des centaines de litres à vélo, en triporteur ou sur des chariots avant de les revendre aux familles.

À Centro Habana, Dhayamis Hernández Díaz profite de chaque retour de l’électricité pour remplir les réservoirs de son appartement avant une nouvelle coupure. Dans le quartier chinois, Mirella Martinez, 61 ans, parcourt plusieurs kilomètres avec ses jerricans pour aller chercher l’eau nécessaire à sa famille, qu’elle fait ensuite bouillir et qu’elle filtre avant de la boire. Dans le quartier de Los Sitios, Juan Miguel Reyes, ancien médecin aujourd’hui sans emploi, et Carlos Sánchez figurent parmi ces travailleurs qui transportent quotidiennement plusieurs centaines de litres d’eau pour approvisionner des habitants privés d’eau courante. Leur activité témoigne de la manière dont la crise énergétique redessine le quotidien et les moyens de subsistance d’une partie de la population cubaine.

Vue sur les toits de Centro Habana, à La Havane. Les citernes bleues installées sur les immeubles permettent aux habitants de stocker l’eau lorsque celle-ci est disponible. Les fréquentes coupures d’électricité perturbent le fonctionnement des pompes qui alimentent le réseau, laissant certains quartiers sans eau courante pendant plusieurs jours.

Vue sur les toits de Centro Habana, à La Havane. Les citernes bleues installées sur les immeubles permettent aux habitants de stocker l’eau lorsque celle-ci est disponible. Les fréquentes coupures d’électricité perturbent le fonctionnement des pompes qui alimentent le réseau, laissant certains quartiers sans eau courante pendant plusieurs jours.


Photo: Lucien Migné

Un camion-citerne d’eau potable circule dans la municipalité de Cotorro, à La Havane, devant un panneau à l’effigie des dirigeants de la Révolution cubaine. Les coupures d’électricité et le manque de carburant perturbent le fonctionnement des stations de pompage, ce qui rend les livraisons d’eau indispensables dans de nombreux secteurs de la capitale.

Un camion-citerne d’eau potable circule dans la municipalité de Cotorro, à La Havane, devant un panneau à l’effigie des dirigeants de la Révolution cubaine. Les coupures d’électricité et le manque de carburant perturbent le fonctionnement des stations de pompage, ce qui rend les livraisons d’eau indispensables dans de nombreux secteurs de la capitale.


Photo: Lucien Migné

Dans une station de remplissage de camions-citernes de La Havane, un chauffeur attend depuis plusieurs heures de pouvoir remplir son réservoir.

Dans une station de remplissage de camions-citernes de La Havane, un chauffeur attend depuis plusieurs heures de pouvoir remplir son réservoir.


Photo: Lucien Migné

Après plus de quinze heures sans électricité, Dhayamis Hernández Díaz profite du retour temporaire du courant pour remplir un seau d’eau dans la cuisine de son domicile, à Centro Habana, et alimenter son réservoir. Les pompes ne fonctionnant que lorsque l’électricité est disponible, les habitants doivent stocker l’eau dès que le courant revient. « Parfois, nous devons nous réveiller au milieu de la nuit, lorsque l’électricité revient pendant quelques heures, pour stocker de l’eau, cuisiner ou recharger nos appareils électriques avant une nouvelle coupure », raconte-t-elle.

Après plus de quinze heures sans électricité, Dhayamis Hernández Díaz profite du retour temporaire du courant pour remplir un seau d’eau dans la cuisine de son domicile, à Centro Habana, et alimenter son réservoir. Les pompes ne fonctionnant que lorsque l’électricité est disponible, les habitants doivent stocker l’eau dès que le courant revient. « Parfois, nous devons nous réveiller au milieu de la nuit, lorsque l’électricité revient pendant quelques heures, pour stocker de l’eau, cuisiner ou recharger nos appareils électriques avant une nouvelle coupure », raconte-t-elle.


Photo: Lucien Migné

Roberto Pérez Morales, 65 ans, apporte un bidon d’eau au domicile de sa fille, Mabel, dans le centre historique de La Havane. Ancien douanier aujourd’hui retraité, il perçoit une pension d’environ 2000 pesos cubains par mois (environ 3,80 $CA) et augmente ses revenus grâce à de petits travaux, notamment en transportant et en revendant de l’eau dans son quartier.

Roberto Pérez Morales, 65 ans, apporte un bidon d’eau au domicile de sa fille, Mabel, dans le centre historique de La Havane. Ancien douanier aujourd’hui retraité, il perçoit une pension d’environ 2000 pesos cubains par mois (environ 3,80 $CA) et augmente ses revenus grâce à de petits travaux, notamment en transportant et en revendant de l’eau dans son quartier.


Photo: Lucien Migné

Mirella Martinez, 61 ans, ancienne agente de sécurité aujourd’hui retraitée, s’apprête à parcourir près d’un kilomètre avec ses jerricans vides pour aller chercher de l’eau à une pompe située sur le lieu de travail de sa fille. Elle vit avec ses trois filles et son petit-fils dans le quartier chinois de La Havane, où leur appartement est privé d’eau courante depuis trois ans. « C’est une lutte quotidienne. Je dois aller chercher de l’eau trois fois par jour », explique-t-elle.

Mirella Martinez, 61 ans, ancienne agente de sécurité aujourd’hui retraitée, s’apprête à parcourir près d’un kilomètre avec ses jerricans vides pour aller chercher de l’eau à une pompe située sur le lieu de travail de sa fille. Elle vit avec ses trois filles et son petit-fils dans le quartier chinois de La Havane, où leur appartement est privé d’eau courante depuis trois ans. « C’est une lutte quotidienne. Je dois aller chercher de l’eau trois fois par jour », explique-t-elle.


Photo: Lucien Migné

Mirella Martinez filtre l’eau destinée à la consommation après l’avoir fait bouillir. Une fois rapportée à son domicile, l’eau est stockée dans des jerricans et des réservoirs pour couvrir les besoins de toute la famille. « Nous devons faire très attention à ne rien gaspiller. Cette eau sert à boire, à cuisiner, à se laver et à laver les vêtements. Tout est rationné », explique-t-elle.

Mirella Martinez filtre l’eau destinée à la consommation après l’avoir fait bouillir. Une fois rapportée à son domicile, l’eau est stockée dans des jerricans et des réservoirs pour couvrir les besoins de toute la famille. « Nous devons faire très attention à ne rien gaspiller. Cette eau sert à boire, à cuisiner, à se laver et à laver les vêtements. Tout est rationné », explique-t-elle.


Photo: Lucien Migné

À Cotorro, un homme tente de réparer une canalisation endommagée pour rétablir l’alimentation en eau du quartier. Dans cette municipalité située au sud-est de La Havane, de nombreux logements ne disposent parfois que d’une à deux heures d’électricité par jour et sont privés d’eau courante depuis plusieurs mois. Les infrastructures hydrauliques, vieillissantes, se dégradent faute de moyens pour les entretenir, tandis que la crise énergétique, les pénuries de carburant et les difficultés d’approvisionnement en pièces de rechange ralentissent les réparations.

À Cotorro, un homme tente de réparer une canalisation endommagée pour rétablir l’alimentation en eau du quartier. Dans cette municipalité située au sud-est de La Havane, de nombreux logements ne disposent parfois que d’une à deux heures d’électricité par jour et sont privés d’eau courante depuis plusieurs mois. Les infrastructures hydrauliques, vieillissantes, se dégradent faute de moyens pour les entretenir, tandis que la crise énergétique, les pénuries de carburant et les difficultés d’approvisionnement en pièces de rechange ralentissent les réparations.


Photo: Lucien Migné

Paul Molina, 52 ans, ancien conducteur de camion-citerne aujourd'hui privé de travail faute de carburant, attend depuis plusieurs heures de pouvoir remplir le réservoir d'eau fixé sur son triporteur électrique. « C'est une torture, rien ne fonctionne. Nous n'avons ni essence, ni eau, ni électricité. Tout est cher. C'est très difficile de vivre ainsi », raconte-t-il.

Paul Molina, 52 ans, ancien conducteur de camion-citerne aujourd'hui privé de travail faute de carburant, attend depuis plusieurs heures de pouvoir remplir le réservoir d'eau fixé sur son triporteur électrique. « C'est une torture, rien ne fonctionne. Nous n'avons ni essence, ni eau, ni électricité. Tout est cher. C'est très difficile de vivre ainsi », raconte-t-il.


Photo: Lucien Migné

À la station de pompage d’Escobar, dans le quartier de Centro Habana, Juan de la Cruz Villalón, 66 ans, et Juan Carlos Reyes, 55 ans, remplissent des bidons d’eau qu’ils vont ensuite aller vendre à des habitants privés d’eau courante. Tous deux diplômés de l’université, ils se sont tournés vers cette activité en janvier, faute de trouver un emploi. « On essaie de survivre comme on peut. La vie n’est pas facile en ce moment », expliquent-ils.

À la station de pompage d’Escobar, dans le quartier de Centro Habana, Juan de la Cruz Villalón, 66 ans, et Juan Carlos Reyes, 55 ans, remplissent des bidons d’eau qu’ils vont ensuite aller vendre à des habitants privés d’eau courante. Tous deux diplômés de l’université, ils se sont tournés vers cette activité en janvier, faute de trouver un emploi. « On essaie de survivre comme on peut. La vie n’est pas facile en ce moment », expliquent-ils.


Photo: Lucien Migné

Juan Miguel Reyes, Juan de la Cruz Villalón et Juan Carlos Reyes rapportent sur un chariot un réservoir d’eau à une station de pompage située à près de deux kilomètres de leur domicile. Ils effectuent jusqu’à trois allers-retours par jour pour approvisionner des habitants privés d’eau courante dans le quartier populaire de Los Sitios, à La Havane.

Juan Miguel Reyes, Juan de la Cruz Villalón et Juan Carlos Reyes rapportent sur un chariot un réservoir d’eau à une station de pompage située à près de deux kilomètres de leur domicile. Ils effectuent jusqu’à trois allers-retours par jour pour approvisionner des habitants privés d’eau courante dans le quartier populaire de Los Sitios, à La Havane.


Photo: Lucien Migné

Juan Miguel Reyes, 58 ans, livre de l’eau au domicile d’un habitant du quartier de Los Sitios, à La Havane. Ancien médecin aujourd’hui sans emploi, il s’est reconverti dans cette activité en janvier 2026 avec son frère et son oncle, avec lesquels il vit. Ils vendent un réservoir de 200 litres d’eau 1500 pesos cubains (environ 2,80 $CA) et gagnent entre 3000 et 4000 pesos par jour, soit de 5 $CA à 8 $CA environ au taux du marché informel.

Juan Miguel Reyes, 58 ans, livre de l’eau au domicile d’un habitant du quartier de Los Sitios, à La Havane. Ancien médecin aujourd’hui sans emploi, il s’est reconverti dans cette activité en janvier 2026 avec son frère et son oncle, avec lesquels il vit. Ils vendent un réservoir de 200 litres d’eau 1500 pesos cubains (environ 2,80 $CA) et gagnent entre 3000 et 4000 pesos par jour, soit de 5 $CA à 8 $CA environ au taux du marché informel.


Photo: Lucien Migné

Juan Miguel Reyes, 58 ans, verse de l'eau dans le réservoir de son logement, qu'il partage avec son frère et son oncle dans le quartier de Los Sitios, à La Havane. L'eau n'y revient que de manière intermittente, parfois seulement tous les deux ou trois jours.

Juan Miguel Reyes, 58 ans, verse de l'eau dans le réservoir de son logement, qu'il partage avec son frère et son oncle dans le quartier de Los Sitios, à La Havane. L'eau n'y revient que de manière intermittente, parfois seulement tous les deux ou trois jours.


Photo: Lucien Migné

Carlos Sánchez, 46 ans, et son neveu montent des seaux d’eau dans un immeuble de Centro Habana, à La Havane. Ils approvisionnent des habitants privés d’eau courante lorsque les coupures d’électricité empêchent les pompes d’alimenter les réservoirs installés sur les toits des immeubles. L’eau ne peut alors plus atteindre les appartements des étages supérieurs.

Carlos Sánchez, 46 ans, et son neveu montent des seaux d’eau dans un immeuble de Centro Habana, à La Havane. Ils approvisionnent des habitants privés d’eau courante lorsque les coupures d’électricité empêchent les pompes d’alimenter les réservoirs installés sur les toits des immeubles. L’eau ne peut alors plus atteindre les appartements des étages supérieurs.


Photo: Lucien Migné

Carlos Sánchez, 46 ans, remplit le réservoir d’habitants du quartier de Centro Habana. Pour gagner sa vie, il loue chaque jour un taxi-vélo pour 2000 pesos (moins de 4 $CA au taux de change informel), qu’il utilise pour transporter des passagers, mais aussi pour aller chercher de l’eau, qu’il revend dans le quartier. « Je commence à avoir des problèmes de dos à force de monter l’eau, mais je n’ai pas le choix. Je dois faire vivre ma famille », confie-t-il.

Carlos Sánchez, 46 ans, remplit le réservoir d’habitants du quartier de Centro Habana. Pour gagner sa vie, il loue chaque jour un taxi-vélo pour 2000 pesos (moins de 4 $CA au taux de change informel), qu’il utilise pour transporter des passagers, mais aussi pour aller chercher de l’eau, qu’il revend dans le quartier. « Je commence à avoir des problèmes de dos à force de monter l’eau, mais je n’ai pas le choix. Je dois faire vivre ma famille », confie-t-il.


Photo: Lucien Migné

Un habitant se lave avec l'eau s'écoulant d'un camion-citerne en attente de remplissage dans une station de distribution d'eau, à La Havane. Pour certains habitants, ces camions représentent l'une des seules occasions d'accéder à de l'eau courante.

Un habitant se lave avec l'eau s'écoulant d'un camion-citerne en attente de remplissage dans une station de distribution d'eau, à La Havane. Pour certains habitants, ces camions représentent l'une des seules occasions d'accéder à de l'eau courante.


Photo: Lucien Migné

À La Havane, un habitant profite de l'eau s'échappant d'une bouche à incendie défectueuse pour faire sa lessive. Les fuites du réseau deviennent parfois une ressource de fortune pour des habitants confrontés aux pénuries d'eau.

À La Havane, un habitant profite de l'eau s'échappant d'une bouche à incendie défectueuse pour faire sa lessive. Les fuites du réseau deviennent parfois une ressource de fortune pour des habitants confrontés aux pénuries d'eau.


Photo: Lucien Migné

Des clients profitent de la piscine d’un hôtel de luxe, dans le centre historique de La Havane. Alors que des millions de Cubains subissent des pénuries d’eau et d’électricité, les grands hôtels et les foyers les plus aisés peuvent plus facilement s’équiper de réservoirs, de générateurs ou de panneaux solaires, ce qui atténue les conséquences des coupures.

Des clients profitent de la piscine d’un hôtel de luxe, dans le centre historique de La Havane. Alors que des millions de Cubains subissent des pénuries d’eau et d’électricité, les grands hôtels et les foyers les plus aisés peuvent plus facilement s’équiper de réservoirs, de générateurs ou de panneaux solaires, ce qui atténue les conséquences des coupures.


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