Hospitalisation à domicile | « Je libère un lit »

Il y a six mois encore, Robert Jeannotte ne se doutait pas qu’il se retrouverait à l’hôpital pour un problème cardiaque. Encore moins qu’il contribuerait à désengorger le système de santé en se faisant hospitaliser chez lui, avec des outils connectés pour mesurer ses signes vitaux.
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« Je trouvais l’idée tellement bonne ! dit l’ancien gestionnaire de 75 ans. Je libérais un lit. Avec tout ce qui se passe dans les hôpitaux et la surpopulation de patients, je me disais : “Je fais mon petit bout.” »
M. Jeannotte se rend le 23 juin aux urgences du Centre multiservices de santé et de services sociaux de Sainte-Agathe pour des douleurs à la poitrine, au bras et au dos. Il apprend qu’il fait de la fibrillation auriculaire et des crises d’angine.
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Robert Jeannotte a pu être hospitalisé à domicile l’été dernier.
Pour déterminer si des artères sont bloquées, il passe une coronarographie à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal, un des principaux centres de référence pour les Laurentides pour les examens et tests spécialisés. Le verdict ? Un pontage s’impose.
D’ici l’opération, il doit rester à l’hôpital de Sainte-Agathe. Mais une solution de rechange existe : l’unité virtuelle de soins (UVS) des Laurentides. Grâce à une tablette et des à objets connectés (notamment un tensiomètre), des infirmières et un médecin peuvent le suivre à distance, 24 heures sur 24, alors qu’il est chez lui.
Ma plus grande crainte au début, c’était : “Je sors de l’hôpital. Est-ce que je sors du système [de santé] ?”
L’équipe le rassure : un lit l’attend au centre hospitalier, en cas de problème. « Content », il abandonne la chemise d’hôpital pour retourner à domicile avec sa femme.
« Manger de la bouffe maison […], m’asseoir sur le patio. Je pouvais marcher en avant [de chez moi] », raconte l’amateur de vélo, assis dans le salon de sa maison de Saint-Sauveur, située dans une rue tranquille, bordée d’arbres matures. « Je n’étais pas à l’article de la mort. » Mais son état requérait un suivi serré. Chaque jour, une quinzaine de médicaments étaient livrés à sa résidence.
Bientôt à Saint-Eustache
L’hôpital de Sainte-Agathe a lancé son unité virtuelle de soins (UVS) en 2024, deux ans après le Centre hospitalier universitaire général juif, un pionnier qui l’a inspiré. Santé Québec compte étendre le service aux patients de l’hôpital de Saint-Eustache au cours des prochaines semaines. Ailleurs au Québec, plusieurs projets sont en suspens (voir capsule).
À Sainte-Agathe, l’UVS accueille des malades souffrant de divers problèmes de santé, comme une aggravation d’une maladie pulmonaire, une pneumonie ou une infection requérant la prise d’antibiotique (par exemple une cellulite). Elle prend aussi en charge des patients en attente d’une coronarographie ou d’un pontage – le cas d’une trentaine de patients entre le 25 janvier 2025 et le 17 septembre 2026, selon Santé Québec Laurentides.
Depuis sa mise en place, l’UVS a recensé, au total, quelque 320 épisodes de soins.
« Si on dégage deux semaines d’hospitalisation à l’hôpital, c’est quand même deux semaines où il y a un lit libre pour quelqu’un d’autre », dit la Dre Colette Lachaîne, l’une des initiatrices de l’UVS à Sainte-Agathe.
Ici comme ailleurs, des patients demeurent coincés aux urgences, faute de places aux étages. L’hôpital de Sainte-Agathe compte 85 lits de soins aigus.
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La trousse du patient lorsqu’il quitte l’hôpital pour être hospitalisé à domicile
« [L’UVS] était comme une opportunité de créer des lits sans créer des murs, ce qui est un processus long et périlleux », explique la Dre Lachaîne.
Grâce à cette initiative, Santé Québec Laurentides a dégagé plus de 1600 journées d’hospitalisation, indique Roxane Roy, directrice des services hospitaliers, aussi derrière le projet.
Aucun « évènement indésirable » n’est survenu chez un patient hospitalisé à domicile, selon l’établissement. Mais certains malades doivent parfois retourner à l’hôpital, selon le Dr Éric Belleville, directeur médical de l’UVS. « Ils ont de nouveaux besoins, autant que des patients qui sont hospitalisés », explique-t-il.
La première nuit de son hospitalisation à domicile, Robert Jeannotte a été pris de vertiges en se levant rapidement pour aller à la salle de bain. Sa fille, présente à la maison avec sa femme, a utilisé le petit dispositif d’urgence – qui fait office de cloche – pour joindre une infirmière. La réponse a été « immédiate », selon M. Jeannotte.
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L’infirmière Marlène Nantel présente le dispositif d’urgence (dans sa main gauche) qui fait office de cloche. Dans sa main droite, un oxymètre de pouls. Les données sont transmises immédiatement à l’équipe soignante.
« Puisque j’étais branché, elle avait ma pression, mes signes vitaux. Elle pouvait me prendre en charge pour finalement me dire : “Je pense, monsieur Jeannotte, que vous devriez relaxer un petit peu” », dit-il, en éclatant de rire.
Les 48 premières heures sont « les plus stressantes », selon sa conjointe, Diane Moreau. « Les médicaments, prendre la pression et la température, le médecin, l’infirmière… On n’a pas de routine, dit-elle. Mais après, quand on a eu établi ça, ç’a été super bien. » Même l’injection d’un médicament dans le ventre de son conjoint.
Les patients suivis à l’UVS prennent « beaucoup plus en charge » leurs problèmes de santé, constate l’infirmière Marlène Nantel. « Ils apprennent à connaître leur maladie », dit-elle.
M. Jeannotte dit avoir pu établir un bon lien avec les soignants lors de son séjour de deux semaines et demie à l’UVS. « Je pouvais parler à l’infirmière quatre fois par jour. Je n’avais pas l’impression de déranger. Je me sentais totalement enveloppé. »
Des projets en suspens
L’hospitalisation à domicile devait être progressivement implantée dans 15 hôpitaux au printemps 2025, selon le ministère de la Santé du Québec. Or, le service n’est actuellement offert que dans six hôpitaux. Quatre autres centres hospitaliers prévoient toujours le lancer, selon Santé Québec. Mais les établissements indiquent à La Presse avoir mis le projet sur pause.
« Bien que cette avenue ait été explorée dans le cadre de réflexions visant à optimiser l’offre de soins, le financement récurrent requis pour soutenir son implantation et son fonctionnement n’a pas été obtenu », écrit Santé Québec Chaudière-Appalaches.
Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire affirme ne pas avoir les ressources pour déployer un tel service à l’hôpital Notre-Dame et à l’hôpital de Verdun. « Une telle approche demande des équipes de télésurveillance 24/7, des équipements, de la technologie et du financement additionnel », écrit-on dans un courriel.
Santé Québec Lanaudière, de son côté, affirme avoir suspendu le déploiement du projet « en raison, entre autres, des enjeux de dotation pour assurer une couverture clinique 24/7 ».
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