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Sunday, October 25, 2026

Les saisies d’alcool en hausse dans le Grand Nord du Québec

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La quantité d’alcool saisi par le Service de police du Nunavik (SPN) est en hausse en 2026 par rapport à l’année dernière. L’alcool en circulation, qu’il soit légal ou non, cause des problèmes sérieux dans les communautés, notamment des agressions au couteau, des accidents de la route et de la violence conjugale.

De janvier à octobre 2026, près de 1150 litres d’alcool (très majoritairement de l’alcool fort) ont été saisis par la police, ce qui représente une valeur de revente estimée à plus de 360 000 $ sur le marché noir du Nunavik. C’est 400 litres de plus que pour l’ensemble de 2025.

Dans cette région éloignée du Québec, qui est accessible uniquement par avion, la vente d’alcool est autorisée seulement dans certains villages, mais les quantités par jour et par personne est rationnée. Par exemple, à Puvirnituq, une personne peut acheter un maximum de 12 bières ou 1 litre de vin par jour.

La plupart des 14 villages du Nunavik n’ont aucun point de vente. Toutefois, les résidents ont le droit de commander de l’alcool auprès des fournisseurs autorisés. Les cargaisons arrivent par avion ou par bateau, ce qui fait qu’une grande quantité d’alcool débarque d’un coup dans la communauté. Les répercussions peuvent être graves.

« Je ne peux pas me prononcer sur les statistiques officielles. Je peux seulement rapporter ce que j’entends et ce que je vois. Je constate effectivement beaucoup plus de cas d’intoxication. Les conséquences de cas potentiels de violence conjugale, des accidents liés à la conduite avec facultés affaiblies, les enfants placés par les services sociaux : tout cela découle de la consommation d’alcool », a déclaré en entrevue Bobby Epoo, maire d’Inukjuak.

Un enjeu de sécurité publique important, dit la police

La police du Nunavik multiplie les efforts pour minimiser les conséquences de l’alcool. « Il n’est pas rare que des policiers reconduisent chez elles des personnes en état d’ébriété afin de prévenir tout risque pour leur sécurité et celle du public », écrit le SPN dans un courriel à La Presse canadienne.

Les policiers vont parfois détenir une personne arrêtée où « la violence et / ou l’intoxication sont des facteurs probants » jusqu’à ce qu’elle retrouve un état normal, dans le but de protéger les personnes concernées. « Malgré ces efforts, l’alcool demeure un facteur présent dans la grande majorité des interventions policières liées à des situations de violence », affirme le SPN.

Il constate par ailleurs une augmentation importante de la consommation de crack et d’autres drogues dures, notamment la méthamphétamine en cristaux. « Cette réalité, combinée aux problématiques déjà associées à l’alcool, constitue un enjeu de sécurité publique particulièrement préoccupant pour les communautés du Nunavik », commente la police.

M. Epoo pointe un autre enjeu causé par l’alcool, mais qui concerne davantage le bon fonctionnement du village. Cet été, Inukjuak a été confronté à une pénurie d’eau potable en partie parce que les ouvriers qui livrent l’eau dans les maisons ne sont pas présentés au travail pour cause d’alcool. M. Epoo nuance toutefois que certaines absences sont dues aux activités traditionnelles, comme la chasse et la pêche. Néanmoins, il affirme sans retenue que « presque tout l’été a été marqué par une pénurie de personnel due à la consommation d’alcool ».

« On vit ça tous les étés, déplore-t-il. Tout le monde veut sortir et tout le monde veut boire. Personne ne veut travailler. Alors, il n’y a plus d’éducatrices à la garderie, il n’y a plus de caissiers au magasin, plus de chauffeurs de camion pour l’eau, plus de réceptionnistes. »

L’alcool ne fait pas partie de la culture inuite, souligne M. Epoo. « Cela n’aurait jamais dû être introduit chez les Inuits. Certains Inuits gèrent bien leur consommation d’alcool, mais d’autres non. Dans un avenir proche, je ne vois pas Inukjuak être prêt pour la vente d’alcool en magasin. Ça prendra encore 100 ou 150 ans », dit-il.

Manque de ressources

Selon la Dre Geneviève Auclair, qui pratique au Nunavik depuis 19 ans, il peut y avoir plus de consultations dans les centres de santé lorsqu’il y a une rentrée d’alcool sur le territoire, mais le personnel ne sait pas exactement quand ces livraisons arrivent. « On le constate une fois qu’on se fait amener plus de patients, soit pour des comportements plus désorganisés, soit pour des accidents [de VTT ou de motoneiges], soit pour la violence […] contre soi-même ou interpersonnelle », mentionne-t-elle.

Dre Auclair met de l’avant qu’à l’inverse, les communautés qui imposent temporairement un bannissement d’arrivée d’alcool se portent mieux durant ces périodes. Il y a souvent moins de consultations pour les urgences médicales.

Il existe de belles initiatives au Nunavik pour venir en aide aux personnes aux prises avec des dépendances. Dre Auclair cite en exemple Saqijuq, qui offre un programme où les gens font des sorties pour des activités traditionnelles. « Et ça, on sait que ça a des effets protecteurs pour diminuer la consommation », souligne-t-elle.

Il y a aussi le Nunalituqait Ikajuqatigiittut Inuit Association (NIIA), qui agit davantage au niveau de la prévention ainsi que le centre de réadaptation en dépendance Isuarsivik. « C’est sûr que les initiatives par la communauté, pour la communauté, sont toujours plus efficaces, mais ces organismes sont souvent débordés, dépassés par la demande. Et ils ne sont pas nécessairement accessibles dans toutes les communautés », regrette Dre Auclair.

« On se sent souvent démuni comme professionnel de la santé et on aimerait qu’il y ait plus de soutien psychosocial, de soutien en santé mentale, parce que des fois, ce sont des problèmes qui viennent ensemble », ajoute-t-elle.

En septembre, en marge du sommet « Une nouvelle vision de la santé », la Dre Caroline Quach-Thanh, directrice nationale de la Santé publique, a parlé de son récent voyage au Nunavik, où elle a rencontré « des femmes inspirantes en position de leadership qui tentent du mieux qu’elles peuvent de ramener la santé au sein de leur collectivité ».

L’alcool et le tabac sont plus consommés dans le Grand Nord que dans le reste de la province, a soutenu Dre Quach-Thanh. Mais les solutions ne sont pas simples à mettre en place.

« Une infirmière communautaire, elle est vraiment tiraillée entre j’essaye de régler l’urgence et je fais de la promotion et la prévention de la santé. Pour être capable de venir à bout de ces enjeux-là, ça prend de l’éducation, de la sensibilisation, de la promotion », a commenté Dre Quach-Thanh à La Presse Canadienne.

Pour elle, il faut travailler sur plusieurs déterminants de la santé, à commencer par le nombre insuffisant de logements. Par exemple, si on veut ajouter du personnel de la santé, il faut plus de logements. C’est aussi un problème pour les familles qui sont nombreuses dans une même maison, ce qui contribue à la propagation de maladies.

La couverture en santé de La Presse canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

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