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Saturday, October 24, 2026

Ramener l’immigration sur terre… en douceur

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La nouvelle vice-première ministre du Québec devra faire preuve de beaucoup d’adresse pour jongler avec les nombreux mandats que le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon lui a confiés cette semaine.

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En plus d’être leader parlementaire, Catherine Gentilcore a été nommée ministre responsable de l’Accession du Québec à l’indépendance et ministre de l’Immigration et de l’Intégration, tous des rôles très délicats.

En immigration, elle devra faire vite. Légalement, elle doit déposer d’ici quelques semaines le plan fixant le nombre d’immigrants pour la prochaine année.

Il est clair que le Québec doit reprendre le contrôle de son immigration, qui a connu un bond incontrôlé depuis la pandémie.

Sauf que les promesses controversées du Parti québécois (PQ) vont boucher complètement le système, nuire aux finances publiques de la province et altérer le niveau de vie de la population.

Le PQ s’est engagé à réduire à environ 35 000 le nombre d’immigrants permanents acceptés par année (cela inclut les réfugiés, les cas de réunification familiale et les immigrants économiques).

Un seuil aussi bas constitue de la sous-enchère politique par rapport à la Coalition avenir Québec (CAQ), qui avait déjà réduit les admissions à 45 000.

L’ancien gouvernement avait fait preuve d’une grande hypocrisie en diminuant le nombre de places permanentes, très médiatisées, tout en laissant entrer trois fois plus d’immigrants temporaires pour faire plaisir aux universités en mal de financement et aux employeurs à court de main-d’œuvre bon marché.

Aujourd’hui, 531 820 immigrants temporaires vivent au Québec, deux fois plus qu’il y a cinq ans, même si leur nombre se résorbe depuis un an. Ce choc a bousculé l’économie, les services publics et le marché du logement.

Le PQ a promis de réduire de moitié le nombre d’immigrants temporaires sur le sol québécois, pour qu’il revienne autour de 250 000 à 300 000 d’ici quatre ans. C’est rapide. Mais l’objectif correspond à la cible de 3 % de la population que vient de fixer le comité d’experts de l’Institut C.D. Howe1.

Mais il sera difficile d’atteindre cet objectif en réduisant le nombre de places permanentes que convoitent beaucoup d’immigrants temporaires venus chez nous en pensant qu’ils pourraient y rester.

Tout ce beau monde, déjà intégré dans notre société, sera coincé dans un énorme goulot d’étranglement.

Qui passera en premier ?

Le PQ veut accorder un traitement rapide aux dossiers de réunification familiale. D’accord, mais il y a actuellement 34 000 conjoints de fait en attente, ce qui goberait les places permanentes d’une année entière.

Oh, mais attendez… Il y a aussi 42 600 réfugiés, dûment acceptés, dans l’antichambre de la résidence permanente. Au rythme actuel, ils patienteront plus de 10 ans pour qu’on officialise leur statut.

Il y a aussi 20 500 travailleurs qualifiés qui ont déjà obtenu leur certificat de sélection du Québec (CSQ). À ce stade, la permanence devrait être une simple formalité. Mais s’il n’y a pas de places disponibles, leur dossier restera bloqué.

Au total, il y a 97 000 personnes, coincées dans la file d’attente de la résidence permanente, qui se battront pour seulement 35 000 places par année. Cela bouchera le système d’immigration pour des années.

Pendant ce temps, les portes du Québec seront complètement fermées aux immigrants économiques qui voudraient faire une demande de l’étranger. La province aura zéro marge de manœuvre pour accepter une précieuse expertise qui pourrait l’enrichir dans des domaines de pointe.

Ce n’est pas souhaitable.

Mais une baisse de l’immigration permanente aura des conséquences sur toute la population.

À la longue, cela accentuera la pression sur les finances publiques, montre une étude de l’Institut du Québec publiée lundi2. Si les déficits sont plus lourds, les contribuables devront payer davantage d’impôts pour boucler le budget.

De plus, une réduction de l’immigration permanente serait nocive pour le niveau de vie de l’ensemble des Québécois, mesuré par le PIB par habitant, calcule la Chaire de recherche Jacques-Parizeau en politiques économiques de HEC Montréal3.

Son analyse démontre qu’il faudrait viser environ 70 000 immigrants permanents par année. Ce niveau permettrait d’éviter le déclin de la population en âge de travailler au Québec.

Cela permettrait aussi de mieux absorber la vague d’immigrants temporaires à qui on a fait miroiter un projet de vie chez nous.

Mais à l’avenir, le Québec devra être plus sélectif, en favorisant les immigrants économiques qui ont un potentiel de revenus supérieurs, tant pour ceux qui viennent de l’étranger que pour ceux repêchés dans le bassin des temporaires. C’est justement l’orientation qu’Ottawa a annoncée ces derniers jours.

Les employeurs qui comptaient sur des employés à bas salaire, tenus captifs avec des permis de travail fermés, n’auront pas le choix de s’adapter, par exemple en automatisant leurs activités ou en embauchant des demandeurs d’asile qui sont déjà ici et qui cherchent du boulot.

À terme, le Québec devrait revenir vers un système d’immigration à une seule étape, qui sélectionne directement à l’étranger les immigrants ayant les meilleurs profils en fonctions de plusieurs critères (langue, diplôme, etc.).

Ce système faisait l’envie du monde avant qu’on le bousille. Revenons-y !

Mais attention : les gestes politiques brusques, dans un sens comme dans l’autre, n’aideront pas le Québec à rebâtir la confiance dans son système d’immigration, ingrédient essentiel d’une conversation sociale plus apaisée sur la question.

Il faut de la prévisibilité et de la transparence pour ramener l’immigration sur terre… en douceur.

1. LISEZ le rapport de l’Institut C.D. Howe (en anglais) 2. CONSULTEZ le rapport de l’Institut du Québec 3. LISEZ le rapport de la Chaire de recherche Jacques-Parizeau en politiques économiques

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