Voici le visage du Dénisovien, cousin de Sapiens et de Néandertal

Est-ce vraiment ce à quoi ressemblait le Dénisovien? Des chercheurs chinois ont reconstitué l'apparence de l’espèce éteinte du genre Homo à partir d’ossements fossilisés découverts à Xujiayao, en Chine, et dont l’appartenance a été confirmée dans des travaux publiés dans la revue Nature (nouvelle fenêtre) (en anglais).
La paléoanthropologue Song Xing et ses collègues de l’Académie des sciences de Chine ont eu recours à des analyses du protéome et à des comparaisons morphologiques pour classer la vingtaine de fossiles mis au jour dans les années 1970 qui comprennent des fragments de mâchoires, de crânes, et des dents.
Ces ossements appartenaient à une quinzaine d’individus de différents âges qui ont vécu il y a environ 160 000 ans.
Pour l’anthropologue Michelle Drapeau, professeure à l’Université de Montréal, le recours aux analyses génomiques ou moléculaires permet aujourd’hui de confirmer hors de tout doute l’appartenance des fossiles de Xujiayao à des Dénisoviens, ce qui n'aurait pas été possible il y a encore quelques années.
Avant, on ne se fiait qu’à des caractéristiques morphologiques pour classer les fossiles, ce qui laissait place à beaucoup d’interprétations.
Le saviez-vous?
Le terme protéome
est issu de la contraction entre protéine
et génome
. En gros, il désigne l’ensemble des protéines exprimées par une cellule. L’ADN donne beaucoup d’informations génétiques, mais lorsqu’il est dégradé, l’analyse des séquences de protéines permet tout de même d’établir des liens de parenté.
La mosaïque de Xujiayao
Dans leurs travaux, les chercheurs chinois ont aussi reconstitué des traits physiques de la tête de l’espèce, dont certaines caractéristiques anciennes rappellent celles d’Homo erectus, tandis que d’autres s’apparentent davantage à celles de lignées plus récentes du genre Homo.
Par exemple, la morphologie des parties supérieure et postérieure du crâne, notamment sa calotte qui abrite le cerveau, était basse et large, ce qui est semblable à Homo erectus.
Aussi, des os plats situés sur les côtés du crâne sont similaires à ceux observés chez Néandertal et Sapiens.
Certains détails morphologiques ne sont toutefois observés que chez le Dénisovien, tels que la forme aplatie et allongée de son crâne.
Selon Michelle Drapeau, son visage était fort probablement marqué par une arcade sourcilière très massive incurvée vers l’arrière, un front bas et fuyant, des orbites de forme rectangulaire, des pommettes assez plates et une arête du nez modérément surélevée
.
Il avait un nez plutôt plat et évasé avec une ouverture nasale inférieure large. Par comparaison, sa projection nasale était moins prononcée que chez Néandertal
, ajoute l'anthropologue.
Mais Michelle Drapeau tempère la justesse de la partie de l’étude consacrée à la reconstitution de la morphologie de l’espèce, qui demeure floue et sujette à débat
, et affirme que son portrait risque encore de changer dans les prochaines années.
Leur reconstitution du visage s’appuie sur un petit nombre de fossiles, dont plusieurs proviennent de spécimens d’autres régions que Xujiayao, notamment d'un crâne découvert à Harbin en Chine.

Le crâne de Harbin.
Photo : Cell/Q. Fu et al
Une présence mystérieuse sur Terre
Si ces travaux permettent d’ajouter les ossements fossiles de Xujiayao aux archives de l’espèce et de mieux la décrire, il reste que l’on connaît peu de choses du passage des Dénisoviens sur Terre.
Leur existence n’a été révélée qu’en 2010, lorsque l’analyse génétique d’un fragment de phalange découvert dans la grotte de Denisova en Russie a montré que ce dernier n’appartient ni à un humain ni à un néandertalien.

Fragment de phalange de l'homme de Denisova, et sa position dans la main.
Photo : Musée des sciences naturelles de Bruxelles.
Plusieurs dents ont ensuite été découvertes dans la même grotte russe, mais aussi dans des grottes du Laos et du Tibet. En outre, un crâne presque complet a été découvert à Harbin, en Chine, et une mandibule a été trouvée dans le fond marin proche de Taïwan.

Cette mâchoire partielle a été trouvée lors d'une opération de dragage du fond marin d'un canal près du détroit de Taïwan.
Photo : YOUSUKE KAIFU
Des chemins différents
Depuis l’apparition de l’humain moderne (Homo sapiens) il y a environ 300 000 ans en Afrique, au moins six autres espèces du genre Homo ont foulé la surface planétaire avant de disparaître.
Selon l’état actuel des connaissances, des groupes d’Homo erectus ont commencé à quitter le continent africain il y a environ 1,8 million d’années pour prendre la direction de l’Europe et de l’Asie.
Ensuite, il y a environ 600 000 à 800 000 ans, un ancêtre commun des Dénisoviens et des Néandertaliens – qui aurait évolué à partir d’Homo erectus – est apparu en Europe et en Asie. Il y avait à ce moment deux espèces Homo à l'extérieur de l'Afrique : Homo erectus et cet ancêtre mystérieux.

Reconstitution de Néandertal.
Photo : Université de York/Allan Henderson
Puis, il y a environ 400 000 ans, deux lignées distinctes seraient nées de cet ancêtre : les Néandertaliens à l’ouest et les Dénisoviens à l’est.
Homo sapiens serait pour sa part sorti d’Afrique en deux vagues, il y a 130 000 ans et il y a 50 000 ans, pour éventuellement atteindre les territoires peuplés par ses deux cousins Homo.
Il est maintenant admis que les Néandertaliens et d’autres groupes, comme les Dénisoviens, croisaient Homo sapiens physiquement, et parfois sexuellement, dans des cavernes d’Europe, de Sibérie, et d’Asie.
Disparition et survie génétique
La disparition des Néandertaliens et des Dénisoviens demeure mal comprise, car, remarque Michelle Drapeau, il n’existe aucune certitude absolue pour expliquer leur sort
.
L’hypothèse principale repose sur la pression écologique et concurrentielle exercée par l’arrivée d’Homo sapiens. Sa colonisation du territoire et la compétition directe pour les ressources ont probablement contribué à leur disparition. Et cela s’est peut-être produit sans affrontement direct entre les espèces.
Si les Néandertaliens et les Dénisoviens sont des espèces aujourd’hui éteintes, une partie de leur héritage génétique survit encore dans nos gènes sapiens.
Par exemple, toutes les populations humaines non africaines présentent de l’ADN néandertalien. Et les populations de certaines régions d’Asie et d’Océanie présentent aussi de 3 à 4 % d’ADN dénisovien
, rappelle la professeure Drapeau.
Certains des gènes hérités des espèces disparues jouent d’ailleurs un rôle dans le système immunitaire face aux pathogènes locaux.
À lire aussi :
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.