Une famille d’immigrants « bien intégrés » doit repartir en Colombie

Une famille colombienne installée au Québec depuis trois ans quittera le pays vendredi. Puisque le permis de travail de l’éducatrice à la petite enfance, Carolina Grisales Patino, n’a pas été renouvelé, elle et sa famille se retrouvent sans statut légal et risquent l’expulsion. La mère se dit attristée de devoir quitter Saint-Lambert, une communauté qu’elle juge avoir « bien intégrée ».
L’année scolaire venait à peine de commencer pour Miguel, le fils de Carolina. À 11 ans, il a passé les trois dernières années dans le système scolaire québécois. Il est en sixième année à l’école Rabeau, à Saint-Lambert.
À la fin de la semaine, alors que amis se souhaiteront une bonne fin de semaine en quittant l’école, lui, s’envolera pour la Colombie. Carolina devient émotive lorsqu’elle en parle. C’est très triste. Ce n’est pas facile. Mon mari et moi, nous pouvons gérer la situation, mais pour Miguel, c’est les amis, la graduation, c’est beaucoup de choses pour un enfant.
Elle aurait au moins souhaité que son fils puisse terminer son année scolaire.
Un taux de chômage trop élevé
Carolina Grisales Patino est arrivée au Québec en 2024 comme étudiante à l’attestation d’études collégiales en Techniques d'éducation à l'enfance au Collège Canada à Montréal. Pendant ses études, elle travaillait à temps partiel comme éducatrice à la petite enfance dans un CPE de Boucherville.
Elle cumulait 20 ans d’expérience dans le même domaine en Colombie et avait obtenu un permis de travail fermé qui lui permettait d’exercer son métier au Canada. Il est arrivé à échéance le 15 avril dernier.
Pour le renouveler, son employeur devait fournir une demande d’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT). Ce document prouve que l’embauche d’un travailleur étranger vient répondre à un besoin de main d'œuvre.
Il lui a été refusé en février puisqu'ils n'avaient pas réussi à démontrer un besoin raisonnable, légitime et justifié
, peut-on lire dans une lettre reçue par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Sans ce document, impossible de faire la demande pour un nouveau permis de travail.
Le 7 juillet, elle a su que son employeur ne pourrait pas soumettre une nouvelle demande d’EIMT. Selon le site web d’IRCC une nouvelle demande ne peut pas être traitée si le poste est considéré comme un emploi à bas salaire et que le taux de chômage de la région métropolitaine atteint 6 % ou plus au moment de la demande.
En juillet, le taux de chômage pour la région métropolitaine de Montréal s’établissait à 6,6 %. La décision a donc été prise, à contrecœur, de quitter le Canada volontairement avant de perdre leur statut légal pour ne pas nuire à leurs chances de revenir au Canada à court terme. Leur billet est acheté, ils s’envoleront vers la Colombie le vendredi 2 octobre et poursuivront les démarches d’immigration de là-bas.
Quitter en pleine année scolaire
Si le français de Carolina est encore un peu hésitant, celui de Miguel est fluide. Il raconte la dernière fin de semaine passée avec ses amis, il y a quelques jours seulement. C’était la fête d’un ami. Il l’a fait plus tôt pour que je sois là
, explique-t-il.
J’ai beaucoup d’amis et ils me demandent tous pourquoi je dois partir.
Miguel a passé plus du quart de sa vie au Québec. Pour un projet scolaire, les élèves de l’école Rabeau devaient se projeter dans l’avenir en répondant à la question: Que voudriez-vous ajouter à la ville de Saint-Lambert?
Le projet d’une piste de BMX a fait surface. Les élèves se sont donc rendus à la consultation publique sur l’aménagement du skatepark. Je me suis présenté devant le maire de Saint-Lambert et d’autres personnes pour lui donner une carte qu’on a faite qui expliquait ce qu’on voulait.
Le projet a finalement été accepté et sera réalisé en 2027. Miguel ne sait pas s’il verra un jour le fruit de ses efforts, du moins avant un long moment.
Le maire de Saint-Lambert, Loïc Blancquaert, se souvient très bien du passage de Miguel et de ses camarades à la consultation. Il racontait qu’en Colombie il faisait du BMX et qu’il aimerait beaucoup avoir accès à ça ici à Saint-Lambert
.
Si le maire se désole du départ de la famille, il explique que les municipalités sont impuissantes en matière d’immigration.
Un parcours d’immigration inachevé
À son retour en Colombie, la famille entreprendra un nouveau processus d’immigration. Une démarche longue et coûteuse alors qu'ils ont déjà dépensé beaucoup d’argent pour se tenir à flots ici, au Québec.
Depuis que son permis de travail est arrivé à échéance, Carolina n’a pas pu travailler. Finalement, on retourne dans notre pays sans argent
, laisse tomber la mère de famille. Elle soutient que c’est grâce à la générosité des gens qui les entourent que sa famille a pu payer les billets d’avion pour retourner en Colombie.
Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec et le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue.
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