Marcher et se rassembler en mémoire des victimes des pensionnats pour Autochtones
Tambours, chandails orange, messages de sensibilisation et chants traditionnels ont donné le ton au rassemblement organisé mercredi à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Plus de 300 personnes, aux racines autochtones comme allochtones, se sont réunies au parc Westmount pour reconnaître les tragédies des pensionnats canadiens pour Autochtones.
« Ils leur arrachaient leur identité, ils leur mettaient un uniforme, puis ils leur donnaient un numéro en plus de leur faire subir des tests. C’étaient des camps de concentration », s’est indigné la militante autochtone Karen Lajoie Petiquay.
Le 30 septembre, férié fédéral depuis 2021, marque la mémoire des enfants disparus et des survivants des pensionnats pour Autochtones. Ces écoles, gérées par des religieux et financées par le gouvernement du Canada, avaient pour but d’assimiler les jeunes Autochtones.
Environ 150 000 enfants des Premières Peuples ont fréquenté ces établissements, dont le dernier a fermé ses portes en 1996. Beaucoup ont été arrachés de force à leur famille, et les traumatismes qu’ont causés les pensionnats se font toujours sentir. « Moi, en 1996, j’avais 19 ans. J’ai des amis de mon âge qui sont allés au pensionnat », a raconté Mme Lajoie Petiquay.
L’artiste atikamekw estimait important d’être présente au parc Westmount pour faire entendre sa voix et celles de ses « sœurs » : elle voulait que leurs douleurs soient entendues. « Les souffrances que nos aînés ont vécues au pensionnat, on les ressent », a-t-elle affirmé.
Elle était aussi sur place en mémoire de tous ceux qui n’ont pas pu témoigner de leurs souffrances : plus de 6000 enfants sont décédés dans ces pensionnats sans que leurs proches n’en soient avisés. « Ça me bouleverse que des [petits] soient morts, qu’on leur ait fait du mal », a-t-elle confié en regardant des jeunes courir dans l’herbe. « Chaque enfant compte. »
Le chandail orange
« On travaille avec les communautés autochtones depuis longtemps et on tenait à être présents », a indiqué Marion Daul, conseillère aux communications internes et aux événements pour la Fondation du Grand Montréal. Comme la majorité des personnes mobilisées mercredi, Mme Daul portait un chandail orange.
La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation s’inspire de la Journée du chandail orange, lancée en 2013 par la militante autochtone Phyllis Webstad. En 1973, lors de son entrée dans un pensionnat en Colombie-Britannique, Mme Webstad, alors âgée de six ans, s’était fait confisquer un chandail orange vif que lui avait offert sa grand-mère pour l’occasion. Cette pièce de vêtement est depuis devenue un symbole de la perte d’identité et de culture dans les pensionnats pour Autochtones.
« C’est beau, ça me donne envie de pleurer de voir des gens non autochtones ou racisés porter [eux aussi] de l’orange » en signe de solidarité, a confié Mme Lajoie Petiquay, un trémolo dans la voix.
« C’est une opportunité pour se rassembler, pour en apprendre plus sur les communautés autochtones et pour rebâtir des ponts », a noté de son côté Marie-Lise Drapeau-Bisson, venue avec des collègues de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.
Otcekipanaskw, un militant d’origine atikamekw et innu croisé non loin, a souligné qu’il restait encore bien du chemin à faire, mais qu’il était important de « s’unir pour la compassion et l’empathie envers ceux qui ont perdu leur fratrie ».
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